Affaire Fiona : « Indifférence », « détachement », l’étrange attitude de Cécile Bourgeon depuis le début du procès

PROCES Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés en appel, depuis la semaine dernière, devant les assises du Rhône pour la mort de la petite Fiona en 2013

Caroline Girardon

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Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés en appel jusqu'au 16 décembre devant le Assises du Rhône pour la mort de Fiona.
Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés en appel jusqu'au 16 décembre devant le Assises du Rhône pour la mort de Fiona. — Zziig/AFP
  • Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés depuis la semaine dernière devant les assises du Rhône pour la mort de l’enfant.
  • Depuis le début, la mère de famille affiche une étonnante indifférence lorsqu’il s’agit d’évoquer sa petite fille.
  • Elle maintient ne pas l’avoir tuée.

Jugée depuis une semaine en appel devant les assises du Rhône pour la mort de sa petite fille Fiona, Cécile Bourgeon affiche une étonnante et dérangeante indifférence. Emmitouflée dans son épais manteau à capuche noir qu’elle ne quitte jamais, la jeune femme a fait le choix, depuis le début, de tourner le dos à son coaccusé Berkane Makhlouf. De tourner également le dos au public afin d’éviter les regards. Prostrée et seule face aux jurés.

Les jours s’égrainent mais pas une trace de larmes sur les joues, pas un sanglot dans la voix. Sauf quand il s’agit de dénoncer l’attitude des photographes contre lesquelles elle s’est emportée jeudi matin. Lorsque les débats tournent autour de Fiona, la mère de famille reste de marbre, comme étrangère. Elle répond aux questions, se défend de toute violence sans qu’aucune émotion ne transparaisse. Pas même l’once d’un sursaut de colère.

« Elle n’a jamais montré la moindre émotion, elle faisait preuve de détachement »

Cécile Bourgeon jure pourtant qu’elle « aime ses enfants ». Au premier jour du procès, elle évoque Fiona, ce « bébé-pilule » qu’elle a fait le choix de garder. « J’étais heureuse d’être enceinte. Cela allait changer ma vie. On était content », explique-t-elle d’une voix monocorde sans parvenir à convaincre la salle. Ni les enquêteurs, venus témoigner au deuxième jour du procès.

« Lorsque nous l’avons entendu en garde à vue, Cécile Bourgeon a coopéré. Contrairement à Berkane Makhlouf, elle a toujours manifesté la volonté de retrouver sa petite fille, se remémore François Bernard, ancien directeur régional de la PJ de Clermont-Ferrand. Mais elle n’a jamais montré la moindre émotion. Elle faisait preuve de détachement ». L’enquêteur a même été frappé par des « propos déplacés ». C’était quelques jours après la disparition de Fiona. La jeune femme, tenant le rôle de la mère éplorée, avait fait croire que son enfant avait été kidnappé.

« Les gens s’étaient mobilisés pour retrouver Fiona. Mais elle se préoccupait davantage de détails, se souvient le policier. Elle n’avait pas l’attitude d’une mère qui venait de perdre son enfant. Elle demandait à son compagnon si elle avait grossi ou si sa robe lui allait bien », se souvient le policier.

« Stratégie du mensonge »

Clément Maurice, chef de division de la SRPJ, a longuement décrypté ce qu’il appelle « la stratégie du mensonge ». « Dix à quinze jours après la disparition Fiona, Cécile Bourgeon est allée jusqu’à envoyer un texto à Berkane Makhlouf pour lui dire qu’elle avait une lueur d’espoir car une rumeur disait que sa fille avait été aperçue à Villeurbanne », développe-t-il. Une attitude glaçante lorsque l’on sait que la fillette était déjà décédée depuis près de deux semaines.

« J’ai été une mauvaise mère mais je n’ai jamais frappé mes enfants », assure l’accusée pourtant incapable de se souvenir de l’âge qu’aurait eu Fiona le 3 décembre 2020. De quoi interloquer le président de la cour mettant cet oubli « sur le compte de l’émotion ».

Au cours de la première semaine de procès, Cécile Bourgeon n’a jamais chancelé, incapable même d’adresser le moindre regard à sa mère lorsque celle-ci se livre à la barre, confiant « l’aimer et ne l’avoir jamais lâchée ». Cécile Bourgeon n’aura pas eu, non plus, de réactions face à Nicolas Chafoulais, le père de Fiona, venu l'implorer de dire la vérité. « Si je savais où était le corps de ma fille, je l’aurais dit », répond-elle une énième fois… Avec toujours la même indifférence.

Les débats se poursuivront jusqu’au 16 décembre. Les deux accusés encourent trente ans de réclusion criminelle.