Attentat de la rue des Rosiers : L’un des suspects, extradé par la Norvège, est arrivé en France

ENQUETE Cet homme de 62 ans, qui s’est installé en Norvège en 1991, doit être placé en centre de rétention administrative

20 Minutes avec AFP

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Le 9 août 1982,lors de l'attentat de la rue des Rosiers à Paris
Le 9 août 1982,lors de l'attentat de la rue des Rosiers à Paris — AFP

On apprenait il y a quelques jours que la Norvège avait autorisé l'extradition de l'un des suspects de l’attentat de la rue des Rosiers vers la France. Ce dernier est désormais arrivé.

Trente-huit ans après l’attentat, qui avait fait six morts en 1982 à Paris, l’un des auteurs présumés, Walid Abdulrahman Abou Zayed, a été extradé en France ouvrant la voie à un procès, tant attendu par les victimes.

Présenté à un juge d’instruction samedi

Arrivé à l’aéroport de Roissy, peu avant 20 heures à bord d’un vol Air France en provenance d’Oslo, cet homme de 62 ans qui s’est installé en Norvège en 1991, devait être placé en centre de rétention administrative avant d’être présenté samedi à un juge d’instruction du pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris.

La France avait émis le 20 février 2015 un mandat d’arrêt international contre ce Palestinien né en 1958 en Cisjordanie et naturalisé norvégien en 1997, soupçonné d’avoir participé à l’attentat qui avait fait six morts et 22 blessés le 9 août 1982 dans le quartier juif historique du Marais, le « Pletzl », dans le 4e arrondissement de Paris.

Ce jour-là, un commando de trois à cinq hommes avait lancé une grenade dans le restaurant Jo Goldenberg, puis mitraillé l’intérieur de l’établissement ainsi que des passants. L’opération avait rapidement été attribuée au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d’Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

« L’un des tireurs de l’attentat »

La justice française soupçonne Abou Zayed, père de quatre enfants, d’avoir été « l’un des tireurs de l’attentat ».

« Je n’aime pas la France. Je ne veux pas aller en prison en France », avait déclaré Abou Zayed, connu sous le nom d’Osman en Norvège, lors d’une comparution devant la justice norvégienne en septembre. L’homme, qui clame son innocence, assurant qu’il était à Monte-Carlo au moment de l’attentat, s’opposait à une extradition vers la France.

Oslo n’avait pas donné suite à une précédente demande de Paris en 2015 car elle n’extradait alors pas ses ressortissants. Mais l’entrée en vigueur l’an dernier d’un accord judiciaire avec l’UE et l’Islande le lui permet désormais.

La justice française a émis trois autres mandats d’arrêt internationaux visant deux individus localisés en Jordanie et un troisième en Cisjordanie, soupçonnés d’avoir préparé ou participé à l’attaque. La Jordanie a refusé à plusieurs reprises d’extrader les deux suspects présents sur son territoire, dont le cerveau présumé de l’attentat.

Un procès très attendu

L’extradition d’Abou Zayed, près de quatre décennies après les faits, ouvre la voie à un procès attendu de longue date par les victimes. « Toute la communauté tzigane attend ce procès depuis des années pour pouvoir boucler cette tragédie », a indiqué Steve Demeter, petit fils de George Demeter, pasteur de la mission évangélique des tsiganes de France tué dans l’attentat. « Pendant 33 ans (jusqu’au mandat d’arrêt international en 2015), on n’a rien eu, pas une preuve, pas un nom, rien. Ça a mis du temps, mais ça va avancer. Aujourd’hui, oui, on y croit. C’est un combat, il faut continuer à se battre pour avoir un procès », a-t-il rappelé.

« Un procès, oui, mon dieu, c’est tout ce que je demande. Mais je ne veux pas me réjouir trop tôt. Tout ce que j’espère, avant de mourir, c’est d’en avoir au moins un en face de moi lors d’un procès », a réagi Manuel Hezkia, 61 ans, fils d’André Hezkia Niégo, tué dans l’attentat.