Attentats de janvier 2015 : Un plaidoyer pour ne « pas renoncer » à la liberté et aux caricatures

PROCES L’avocat de « Charlie Hebdo » a appelé à ne pas « renoncer à ce droit si merveilleux d’emmerder Dieu ! »

20 Minutes avec AFP

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Attentat de janvier 2015
Attentat de janvier 2015 — Hollandse Hoogte/J. van G/SIPA

Au procès des attentats de janvier 2015, l’avocat de Charlie Hebdo a appelé vendredi à ne « pas renoncer » à la liberté et aux caricatures, lors d’un hommage vibrant aux dessinateurs disparus.

« Les caricatures ne sont pas coupables. Ce qui est coupable, c’est la barbarie, et rien d’autre », a martelé Richard Malka, dernier des avocats de parties civiles à prendre la parole face à la cour d’assises spéciale de Paris, après cinq jours de plaidoiries.

« Ce serait renoncer à notre histoire, à la raison »

« On ne peut pas renoncer à la libre critique des religions. Ce serait renoncer à notre histoire, à la raison. Ce serait renoncer à l’indomptable liberté humaine, renoncer à ce droit si merveilleux d’emmerder Dieu ! », a-t-il prévenu, lors d’un plaidoyer pour l’impertinence et l’esprit de liberté.

Avocat historique de l'hebdomadaire satirique et ami proche de plusieurs dessinateurs tués lors de l’attaque contre Charlie Hebdo, Richard Malka assure souffrir encore, cinq ans après, de « l’absence » de ses compagnons, et notamment du dessinateur Charb, qui l'« inspirait chaque jour ».

Mais il « refuse » d’abandonner le « combat », au nom de leur lutte commune contre le « fanatisme » : « Ce qui souille l’humanité, ce ne sont pas les caricatures, c’est ce puissant venin de l’idéologie victimaire qui transforme des êtres humains en machines à tuer ! »

Un procès à la « dimension symbolique »

Quatorze personnes ont été renvoyées devant la cour d’assises spéciale, dont trois sont jugées par défaut, en raison de leur soutien logistique présumé aux frères Kouachi et à Coulibaly, tués par les forces de l’ordre. Le procès, qui s’est ouvert le 2 septembre, doit prendre fin le 16 décembre. 

Quel sens donner à ce procès, qualifié d'« historique », mais où l’absence des auteurs des attentats a sans cesse plané sur les débats ? Pour Richard Malka, le rôle de la cour ne doit pas être seulement de juger les accusés mais de prendre en compte la « dimension symbolique » du procès. « Ce procès a été épique, tragique, mouvementé, parfois romanesque… Il a déclenché la fureur du monde, de la Turquie au Pakistan en passant par l’Afghanistan », rappelle l’avocat, en référence aux manifestations suscitées par la republication des caricatures au premier jour d’audience.

Pendant le procès, « un enseignant » a par ailleurs « été coupé en deux, pardon pour ces mots horribles, mais c’est la triste réalité », insiste Me Malka, en évoquant l’assassinat le 16 octobre de Samuel Paty, décapité après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Dans ce contexte, « ce procès ne peut pas être un procès comme un autre », martèle l’avocat, en appelant des « valeurs ». « N’abandonnons pas nos idéaux ! »

« Un crime d’indifférence, de complaisance »

Dans la salle d’audience, où de nombreux survivants et proches de victimes de l’attaque de Charlie Hebdo ont pris place, dont la mère de Charb, ancien directeur de la publication, un lourd silence s’est installé. Dans le box, les accusés écoutent eux aussi, immobiles.

Interrogés durant de longues semaines, ces délinquants déjà condamnés à de plusieurs reprises pour des affaires de droit commun, mais jamais pour terrorisme, ont tous nié avoir eu vent de quoi que ce soit, en multipliant les explications brouillonnes et les oublis. Stratégie de défense délibérée ? « Je ne me prononcerai pas sur la culpabilité des hommes qui sont derrière ce box. Mais pour moi, ceux d’entre eux qui ont connu Coulibaly ont tous commis un crime, qui n’est nulle part dans le Code pénal : un crime d’indifférence, de complaisance », déplore Me Malka.

Le tueur de l’Hyper Cacher était en effet « antisémite depuis des années, profondément, et ça se voyait forcément », estime l’avocat, pour qui les accusés n’ont « pas voulu voir ». « Or, à un moment, ne pas se poser de questions, cela pose un problème ! » Un avis partagé par deux de ses consœurs, Me Marie-Laure Barré et Me Nathalie Senyk, qui ont dénoncé dans leurs plaidoiries la « confusion soigneusement organisée » par les accusés. « Les victimes avaient besoin de justice, pour comprendre et tenter d’apaiser. Les accusés ne l’ont pas permis. »

Les réquisitions de l’avocat général auront lieu lundi et mardi, avant les plaidoiries de la défense.