Disparition d’Estelle Mouzin : Des fouilles ordonnées dans l’ancien château de Fourniret

ENQUETE Les abords du château du Sautou dans les Ardennes vont être fouillés, à partir de ce lundi, dans l’espoir de retrouver le corps de la petite Estelle Mouzin

Vincent Vantighem

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Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine.
Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte de deux corps enterrés dans le domaine. — F.NASCIMBENI/AFP
  • Michel Fourniret a reconnu être à l’origine de la disparition de la petite Estelle Mouzin, en 2003, à Guermantes (Seine-et-Marne).
  • La juge Sabine Khéris semble croire qu’il a dissimulé son corps dans les Ardennes d’où il est originaire.
  • Elle a ordonné des fouilles aux abords du château du Sautou à Donchéry où Michel Fourniret a vécu et où deux de ses victimes ont déjà été découvertes.

Une volée de marches évasées qui donne sur une imposante façade ocre de trois étages. Deux tourelles pointues aux extrémités. Et autour, une forêt de 15 hectares. Quand, en 1871, le maire de Charleville-Mézières (Ardennes) a fait construire le château du Sautou pour ses « parties de chasse », il n’imaginait sans doute pas qu’un tueur en série du nom de Michel Fourniret s’en servirait pour les mêmes raisons un gros siècle plus tard. Sauf que la « chasse » n’a pas la même signification pour lui…

Des opérations de fouilles doivent être menées, à partir de ce lundi après-midi, aux abords de cette vaste demeure dans le but de retrouver le corps d’Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003. Elles ont été ordonnées par la juge Sabine Khéris qui est parvenue à obtenir les aveux de « l’ogre des Ardennes » dans la disparition de la fillette dont l’avis de recherche a orné les murs des commissariats pendant plus de quinze ans.

Fourniret a pointé des endroits précis sur une carte

« Le Sautou est une piste que la juge suit depuis longtemps, indique une source proche de l’enquête. Elle sait ce qu’elle fait. Et où elle va… » Et pour cause : ce lundi, ce sera la troisième fois qu’elle envoie les enquêteurs sonder le sol du secteur en moins de sept mois. La première campagne, en juin, n’avait rien donné. Mais lors de la seconde, au mois d’octobre, Michel Fourniret a livré quelques indices. « Il était toujours avec une carte, poursuit notre source. Et il a pointé des endroits très précis… »

Sale, les cheveux hirsutes, la barbe en broussaille et une chaussure droite à chaque pied, Michel Fourniret est peut-être parvenu, à ce moment-là, à surmonter ses « troubles neurologiques », sa vieillesse et son état de délabrement actuel en revoyant ces lieux si particuliers à ses yeux. Pour le comprendre, il faut remonter à 1989. A l’époque, à peine sorti d’un premier séjour en prison, il s’empare du magot du Gang des postiches en tuant Farida Hammiche, la compagne d’un truand et s’offre le château pour 1,2 million de francs en liquide avec l’aide d’un notaire véreux.

Elisabeth enterrée derrière la cuisine, Jeanne-Marie sur le chemin

« C’est là que le petit Fourniret, le forestier, est devenu le châtelain, commente Jean-Luc Ployé, le psychologue qui a expertisé Fourniret à trois reprises depuis 2004. Accompagné de Monique Olivier et de leur fils Selim, « l’ogre » ne restera que deux ans au Sautou. Suffisant pour tuer deux jeunes filles et les enterrer sur place. Elisabeth Brichet juste derrière la cuisine. Et Jeanne-Marie Desramault à droite sur le chemin menant à l’entrée.

« Il a fallu creuser jusqu’à trois mètres de profondeur pour les sortir, rappelle Corinne Herrmann, l’avocate d’Eric Mouzin, le père d’Estelle. Il les avait enterrées avec une pelleteuse… » Surtout, lors de ses opérations d’excavations de 2004, Michel Fourniret a bien tenu à montrer qu’il restait le maître à bord. Il a laissé les enquêteurs fouiller pendant plusieurs heures avant de leur dire brutalement de reculer d’1,5 mètre pour qu’ils parviennent enfin à trouver les cadavres.

« Michel Fourniret veut toujours montrer qu’il est supérieur aux autres, témoigne encore Jean-Luc Ployé. Il veut faire comprendre que sans lui, il ne peut rien arriver. » Et l’expert de raconter que le tueur lui a attribué la « bonne note de 4/20 » après sa première expertise et qu’il lui a proposé un « bras de fer » lors de la troisième.

Monique Olivier convoquée ce vendredi pour les derniers détails

Mais aujourd’hui Michel Fourniret n’est plus le même. Le 20 novembre, il a été hospitalisé après un malaise survenu dans sa cellule de la prison de Fresnes (Val-de-Marne). Et bien malin qui peut dire si les indications qu’il a livrées à la juge sont vraiment les bonnes. C’est sans doute pour cette raison que Sabine Khéris a convoqué Monique Olivier ce vendredi. Pour tenter de savoir si les endroits indiqués par son ex-mari correspondent à quelque chose.

Et surtout si elle a le sentiment qu’il aurait pu retourner dans le parc de ce château plus de dix ans après avoir quitté les lieux simplement pour le « plaisir » d’y enterrer la petite Estelle Mouzin. Cela peut paraître étrange… Mais bien malin qui peut prétendre connaître le degré de perversité de Fourniret. Ne dit-on pas qu’un meurtrier revient toujours sur les lieux de ses crimes ?