Attaque du Thalys : Ayoub El Khazzani « voulait tuer tout le monde », raconte l’un des ex-soldats américains

PROCES Spencer Stone, un ancien soldat de l’US Air Force, a raconté ce jeudi à la cour d’assises spéciale comment il avait maîtrisé l’accusé, Ayoub El Khazzani, le 21 août 2015

Thibaut Chevillard
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Le soldat Spencer Stone (G), l'un des héros de l'attaque du train Thalys, quitte l'hôpital de Lesquin (Nord de la France), le 22 août 2015
Le soldat Spencer Stone (G), l'un des héros de l'attaque du train Thalys, quitte l'hôpital de Lesquin (Nord de la France), le 22 août 2015 — Philippe HUGUEN AFP
  • Quatre hommes, impliqués dans l’attaque d’un Thalys reliant Paris à Amsterdam en août 2015, comparaissent devant la cour d’assises spéciale depuis lundi. Deux personnes avaient été blessées.
  • Ayoub El Khazzani, qui avait ouvert le feu à l’intérieur du train, répond de « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Ce citoyen marocain, alors âgé de 26 ans, agissait sur instruction d’Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de la cellule terroriste ayant frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016.
  • Ce jeudi, la cour a entendu le témoignage de Spencer Stone, un militaire américain qui avait maîtrisé El Khazzani dans le Thalys.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

« Comment allez-vous ? », demande le président Franck Zientara. Chemise blanche, cravate bleue, Spencer Stone enlève son masque pour que l’interprète de la cour d’assises puisse voir ses lèvres bouger. « Je me sens beaucoup mieux, merci beaucoup », répond cet ancien soldat de l’US Air Force. Il aurait dû venir témoigner à la barre de la cour d’assises spéciales le 19 novembre dernier, aux côtés de ses amis Anthony Sadler et Aleksander Skarlatos. Mais Stone a été malade dès sa descente de l’avion et il est reparti quelques jours plus tard aux États-Unis, en Californie, sans être passé par le palais de l’île de la cité.

C’est donc par visioconférence que le héros américain raconte à la cour ce jeudi comment il a maîtrisé Ayoub El Khazzani, le 21 août 2015, après que ce dernier a ouvert le feu sur un passager d’un Thalys, le blessant grièvement. Cet été-là, il voyageait en Europe avec son ami Anthony Sadler. Aleksander Skarlatos les a rejoints à Amsterdam. Ils ont acheté des billets de train, direction Paris. Ils ont changé de wagon à cause d’un problème de wifi. Stone s’endort en écoutant de la musique. Soudain, un contrôleur passe en courant devant lui.

« Il fallait que les autres s’en sortent vivant »

« Quand j’ai enlevé mes écouteurs, j’ai entendu un bruit de vitre qui explose et des gens qui criaient. Je me suis retourné, et j’ai vu Ayoub El Khazzani ramasser une AK-57 », raconte ce blond aux cheveux très courts et à la carrure imposante. « Aleksander m’a donné une tape sur l’épaule et m’a dit : "vas-y". J’ai commencé à courir vers El Khazzani, il a pointé son arme dans ma direction. D’après le bruit que j’ai entendu, il a essayé de tirer. J’ai été surpris que le coup ne soit pas parti. Je l’ai plaqué au sol, on s’est battu, il m’a frappé, il m’a blessé à l’œil gauche. »

Stone, qui pratique le ju-jitsu, lui fait une prise d’étranglement. Mais le djihadiste, poursuit-il, est parvenu à se saisir de son pistolet. « Il l’a mis sur ma tête et il me semble qu’il a appuyé sur la détente. C’était la deuxième fois qu’il essayait de me tuer. » Skarlatos, arrivé en renfort, parvient à saisir l’arme. El Khazzani saisit un cutter et s’attaque au pouce et au bras du militaire américain. Stone crie à son ami de tirer sur le terroriste, « même s’il y avait un risque que je sois blessé, il fallait que les autres s’en sortent vivant. » Mais le coup ne part pas. « On a compris qu’il n’y avait plus de munition dans le pistolet ». Stone pense l’assaillant a fait tomber le chargeur un peu plus tôt.

« Je pense qu’on a empêché un massacre »

Quelques coups de kalachnikov sur la tête plus tard, El Khazzani finit par perdre connaissance. « Il voulait tuer tout le monde, assure-t-il. A aucun moment il n’a cessé d’être agressif. » A quelques mètres de là, Mark Moogalian, un passager blessé, perd beaucoup de sang. Stone, qui était secouriste dans l’armée, va mettre ses doigts dans la plaie pour arrêter le saignement en faisant pression sur l’artère. « J’ai pensé qu’il n’arriverait pas à s’en sortir, alors je lui ai proposé de prier avec moi ». 30 minutes plus tard, le train arrive à Arras et la victime est secourue. « Je pense qu’on a empêché un massacre », insiste-t-il.

L’accusé, lui, affirme qu’il n’avait l’intention de ne cibler que les trois Américains qu’Abaaoud, le coordinateur des attaques du 13-Novembre, lui aurait désigné. Mais il aurait renoncé au dernier moment. L’accusation estime qu’El Khazzani a bien essayé de tirer avec sa kalachnikov et qu’il comptait s’en prendre aussi à des civils. Mais les balles seraient restées bloquées dans le canon du fusil d’assaut. Stone, qui a souffert de dépression après l’attaque, souhaite que El Khazzani écope de la peine la plus élevée. Avant de partir, il lâche ces quelques mots en français : « Merci beaucoup ». Le verdict doit être rendu le 17 décembre.