Affaire des écoutes : Au procès Sarkozy, les grands principes contre les secrets inavouables

PROCÈS Nicolas Sarkozy est jugé pour « corruption active » et « trafic d’influence » dans l’affaire « Paul Bismuth »

Vincent Vantighem

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Paris, le 30 novembre 2020. Thierry Herzog, l'avocat historique de Nicolas Sarkozy, arrive au tribunal où il est jugé avec l'ancien chef de l'Etat pour « corruption active » et « trafic d’influence ».
Paris, le 30 novembre 2020. Thierry Herzog, l'avocat historique de Nicolas Sarkozy, arrive au tribunal où il est jugé avec l'ancien chef de l'Etat pour « corruption active » et « trafic d’influence ». — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Nicolas Sarkozy est jugé, depuis le 23 novembre pour « corruption active » et « trafic d’influence » devant la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Il encourt dix ans de prison et 1 million d’euros d’amende. Son procès doit s’achever le 10 décembre.
  • Dans l’affaire « des écoutes de Paul Bismuth », l’ancien chef de l'Etat est accusé d’avoir noué un pacte de corruption avec le haut magistrat Gilbert Azibert. Ce dernier lui aurait communiqué des informations sur la procédure « Bettencourt » en échange d’un coup de pouce pour obtenir un poste prestigieux à Monaco.
  • Mais l’enquête menée par le Parquet national financier a été vivement critiquée, notamment en raison des écoutes réalisées sur la ligne utilisée par Nicolas Sarkozy et son avocat historique, Thierry Herzog.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Forcément, du haut de ses 86 ans, il est entré d’un pas lent dans le prétoire. Presque chancelant… Il n’avait donc pas atteint la barre que le silence s’était déjà fait autour de lui. Un silence de cathédrale. De ceux qui précèdent une parole rare. Attendue. Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des droits de l’homme, éternel défenseur des libertés et icône des avocats – dont il porte la robe depuis soixante-cinq ans –, est venu dire, jeudi, devant la 32e chambre du tribunal judiciaire, pourquoi il ne faut pas intercepter les conversations téléphoniques entre un avocat et son client si l’on veut sauver « la démocratie ».

C’est le nœud gordien de l’affaire dite des « écoutes de Paul Bismuth » qui vaut à Nicolas Sarkozy de comparaître pour « corruption active » et « trafic d’influence » depuis le 23 novembre. L’ancien chef de l’État est accusé d’avoir noué un pacte de corruption avec le magistrat Gilbert Azibert : un « coup de pouce » pour lui obtenir un poste prestigieux à Monaco en récompense d’informations sur la procédure dite « Bettencourt ».

« Je dis à certains clients d’arrêter de parler au téléphone »

Tout le dossier repose sur les fameuses écoutes de la ligne secrète ouverte au nom de « Paul Bismuth ». Celles de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog, son avocat historique, qui partage le banc des prévenus avec lui. On les entend y évoquer le dossier Bettencourt, les informations de leur « ami » Gilbert et « l’intervention auprès du Prince [de Monaco] » que Nicolas Sarkozy pourrait faire.

Problème : tout ça n’aurait jamais dû arriver devant un tribunal, selon Henri Leclerc. Cité à témoigner par la défense de Thierry Herzog, il est venu dire, avec des mots simples, qu’il ne connaissait « rien » au dossier. Mais que cela ne l’empêcherait pas de parler des grands principes. A commencer par celui du « secret professionnel ». « Pour qu’un client fasse confiance à son avocat, il doit être sûr que celui-ci n’est pas un membre de l’appareil judiciaire, qu’il ne va pas trahir son secret », explique ainsi Henri Leclerc, évoquant son expérience auprès des « malheureux » qui avaient besoin d’un avocat dans les années 1960.

Et pour cela, il ne faut pas que l’avocat puisse être placé sur écoute. « Parfois, je dis à certains clients d’arrêter de parler au téléphone. Et je le déplore… » La preuve, selon lui, que tout cela peut conduire à un dévoiement de la démocratie et du droit à chacun à être défendu.

Thierry Herzog refuse de répondre sur les écoutes

Aussi puissant soit-il dans la bouche du ténor, l’argument n’est pas nouveau. Depuis le début de cette affaire, la défense de Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de dénoncer les « écoutes sauvages ». Mais la justice les a validées à plusieurs reprises. Et voilà pourquoi l’ancien président de la République encourt aujourd’hui une peine de dix ans de prison. Mais les avocats sont attachés à leurs principes.

Dans un drôle de ballet tout en noir, ils sont donc descendus en nombre dans le prétoire soutenir leur confrère Thierry Herzog avant qu’il ne soit, à son tour, appelé à la barre pour être interrogé. Comme le résume leur bâtonnier : « Si on écoute un cabinet d’avocat, il y aurait forcément matière à aller pêcher des éléments qui peuvent intéresser la justice… »

Introduction idéale pour Thierry Herzog. « Jamais, jamais je n’ai été corrupteur, jamais je n’ai corrompu. Ce serait bien mal me connaître, bien mal connaître celui que je défends [Nicolas Sarkozy] de penser le contraire », a-t-il balancé avant de… refuser de répondre à toutes les questions portant sur les écoutes téléphoniques, embêtant le tribunal.

Il lui reste encore la journée de lundi au tribunal pour tenter de se faire une idée entre les faits dénoncés dans le dossier Bismuth et les grands principes démocratiques. Attendu à la barre, Nicolas Sarkozy ne devrait pas manquer l’occasion de donner son point de vue.

Suivez en direct le déroulement du procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem