Marseille : Coups de poing et lancers de chaises, la « terrifiante » bagarre entre hooligans pendant l’Euro 2016 devant la justice

CORRECTIONNEL Venus de Moscou, les deux supporters sont accusés d'avoir participé aux violents affrontements survenus à Marseille lors de la rencontre Angleterre-Russie

Clara Martot

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Un supporter anglais en 2016 sur le Vieux Port
Un supporter anglais en 2016 sur le Vieux Port — LEON NEAL / AFP
  • Le 11 juin 2016, le Vélodrome accueille la rencontre Angleterre-Russie dans le cadre de l'Euro de football.
  • Dans l'après-midi, des supporters des deux pays s'affrontent près du Vieux-Port causant une trentaine de blessés.
  • Les deux hooligans russes jugés cette semaine sont accusés d'avoir infligés de graves séquelles à un supporter anglais.

La rencontre s’est soldée par un nul, mais l’avant-match s’est joué dans l’après-midi sur les pavés du Vieux-Port. Lors de l’Euro de football le 11 juin 2016 avant la rencontre Angleterre-Russie, le centre-ville de Marseille a accueilli des affrontements de supporters d’une rare violence. Au terme de la journée, le bilan est de 35 blessés dont deux graves.

Andrew Bache, un chauffeur-livreur anglais de 51 ans, est parmi eux. Victime d’un lourd traumatisme crânien, l’homme a expliqué aux enquêteurs en 2018 « ne pas avoir le moindre souvenir des violences subies, ni même de s’être rendu en France ». Toujours extrêmement fragilisé, il n’assistera pas au procès de ses agresseurs à la cour d’assises d’Aix-en-Provence qui s’ouvre ce lundi.

Deux Russes sont jugés pour violence en réunion et avec arme ayant entraîné une infirmité permanente. Le jour des affrontements, Andrew Bache s’était retrouvé au milieu des lancers de projectiles. Tandis que le clan anglais désertait le cours d’Estienne-d’Orves, contraints de fuir devant une poignée de Russes armés de chaises et de parasols, Andrew Bache était resté seul au centre.

Selon les propres mots d’un des accusés, il avait eu le malheur de courir « plus lentement que les autres ». Une pluie de coups s’était alors abattue sur lui : une chaise de bar en inox, puis un violent coup de poing sur l’arrière du crâne. L’homme s’effondre, « inerte, sans tenter d’amortir sa propre chute », écrit le magistrat instructeur dans l’ordonnance de mise en accusation. Inconscient, il subira encore plusieurs coups. Son pronostic vital est engagé lorsqu’il est transféré à l’hôpital.

Une enquête d’envergure européenne

Le procès qui doit se tenir du 7 au 11 décembre à Aix-en-Provence est le troisième à se pencher sur le déferlement de violences survenu à Marseille lors de l’Euro. Quelques jours après les faits, six Anglais puis trois Russes avaient été condamnés à plusieurs mois de prison ferme.

Au vu de la gravité des coups, l’enquête consacrée à l’agression d’Andrew Bache a, elle, exigé plus de temps. Le 14 juin, un bus de supporters russes est arrêté dans les Alpes-Maritimes et les 43 passagers sont placés en garde à vue avant d’être relâchés. Parallèlement, des contrôles sont effectués aux aéroports. À Marseille, les enquêteurs passent au peigne fin les distributeurs automatiques du centre-ville, les voitures louées par des Russes, les vidéos du match au Vélodrome.

Scotland Yard en appui de la police française

Les policiers français font équipe avec les enquêteurs de Scotland Yard. Et c’est une découverte de la police anglaise qui permet de se rapprocher des deux agresseurs présumés. En exploitant les données téléphoniques d’un hooligan anglais prénommé John, les enquêteurs interceptent des messages échangés avec un Russe qui se fait appeler « Pasha ».

Épluchant ensuite les publications de plusieurs comptes Facebook, la police britannique parvient à cerner deux suspects : Pavel Kosov et Mikhail Ivkin, 30 ans tous les deux et fervents supporters du Spartak de Moscou. Fin 2017, deux mandats d’arrêt européens sont diffusés. Les deux hommes seront interpellés en escale en Allemagne avant la tenue d’un match. Ils sont depuis détenus provisoirement aux Baumettes.

Hooliganisme ou caricature

Me Julien Pinelli, avocat de Mikhail Ivkin, professeur de sport et père de famille, dénonce la « description caricaturale » de son client. « Ce jeune homme n’est pas un hooligan. Il a été pris dans un affrontement et rien ne prouve que la chaise qu’il a lancée est à l’origine des graves séquelles dont souffre la victime. » Tout comme son co-accusé, Pavel Kosov, guide de montagne dans le Caucase, présente un casier judiciaire vierge. Pavel Kosov a indiqué aux enquêteurs avoir répondu aux « provocations » des Anglais, qui avaient « insulté le drapeau russe et jeté des bouteilles ». Selon lui, la situation sur place était alors « terrifiante ».

L’avocat de la victime, Me Olivier Rosato, assure que « les supporters russes étaient venus pour en découdre. L’objectif était de s’attaquer à la figure du hooliganisme en Europe incarnée par les Anglais. Mais ils sont tombés sur de simples supporters, les Anglais les plus violents étant interdits de déplacement ! » Quant à son client, « il ne peut pas se déplacer car son état s’est encore dégradé. » Outre « l’amnésie » et les difficultés à marcher, l’enquête rapporte également qu’Andrew Bache a dû « réapprendre les actions élémentaires de la vie quotidienne (…) comme faire les courses ou la cuisine. »

Si les vidéos de la scène attestent la responsabilité de cinq individus dans l’agression d’Andrew Bache, seuls deux suspects ont pu être retrouvés par les enquêteurs. Ils encourent quinze ans de réclusion criminelle.