Affaire Fiona : Et si la fillette n’avait pas été enterrée à l’endroit indiqué ? Les enquêteurs font part de leur « intime conviction »

PROCES EN APPEL Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, et son ex-concubin Berkane Makhlouf sont jugés en appel depuis mardi devant la cour d’assises du Rhône

Caroline Girardon

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Le procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se tient jusqu'au 16 décembre devant les Assises du Rhône.
Le procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se tient jusqu'au 16 décembre devant les Assises du Rhône. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Depuis mardi, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont jugés en appel devant les Assises du Rhône pour la disparition de Fiona, morte en mai 2013.
  • Les enquêteurs sont venus témoigner lors de la deuxième journée d’audience.
  • Ils ont « l’intime conviction » que l’enfant, dont le corps n’a jamais été retrouvé, n’a pas été enterrée à l’endroit indiqué par les accusés. Ils émettent également des doutes sur la date de la mort.

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon

Ils sont venus à la barre pour livrer leurs profondes convictions malgré l’absence de preuves. Mercredi, les policiers, chargés de mener les investigations sur la mort de la petite Fiona en mai 2013, ont exposé méticuleusement le fruit de leurs enquêtes devant les jurés de la cour d’assises du Rhône. Dans le box des accusés, Cécile Bourgeon, la mère de l’enfant, et son ancien compagnon Berkane Makhlouf ne sourcillent pas, comme étrangers aux débats. 

François Bernard, ancien directeur régional de PJ de Clermont-Ferrand, s’avance droit devant les jurés. L’homme de 61 ans a des « certitudes » depuis longtemps. Notamment que Fiona a été battue avant sa mort. « Elle portait la trace de coups au visage qu’on avait tenté de dissimuler par un bandeau », appuie-t-il. Les images, captées par les caméras d’un centre commercial, sont venues confirmer le témoignage d’une commerçante.

« Tout laisse penser que Fiona n’a jamais été enterrée autour du lac »

Le policier a aussi la conviction profonde que Fiona n’a pas été enterrée à l’endroit indiqué par les deux accusés. Et il s’en est longuement expliqué. « Les moyens pour la rechercher, nous les avons eus. Le périmètre, limité à 10 km carrés, a été étendu. Nous avons balayé un espace de 300 km carrés », détaille-t-il. Des équipes cynophiles ont fouillé sans relâche le parc d’Aydat. Les lieux ont été débroussaillés. Les militaires et les employés municipaux sont venus prêter main-forte aux enquêteurs. Un corps a même été découvert. Celui d’une femme disparue depuis des années. Mais pas Fiona.

« On n’a rien retrouvé, se désole François Bernard. Et si on ne l’a pas trouvée, c’est qu’elle n’est pas là. » Silence dans le prétoire. Clément Maurice, policier chargé d’encadrer les investigations, se présente à son tour pour partager les mêmes doutes et les mêmes intuitions. « Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ont indiqué être partis précipitamment le dimanche matin pour enterrer le corps. Mais ils sont partis sans pelle. Ils ont dû en voler une sur place. Ils auraient enfermé Fiona nue dans un sac de sport », pointe-t-il, dubitatif. Et d’ajouter : « Ils ont creusé un trou de 50 centimètres dans une terre dure. Croyez-moi, c’est physique. Et ils l’auraient fait en seulement un quart d’heure ? C’est assez peu compatible ». Pour lui, « tout laisse penser que Fiona n’a jamais été enterrée autour du lac ».

Fiona jetée dans un sac-poubelle parmi les ordures ?

« Aller à Aydat pour inhumer clandestinement quelqu’un est la dernière chose à laquelle on peut penser, si l’on est peu sensé, appuiera quelques minutes plus tôt François Bernard. C’est un endroit touristique très fréquenté. Ce n’est pas l’endroit où aller pour être discret. Surtout pas en pleine journée. Surtout pas un dimanche. » L’ancien directeur de la PJ enfonce le clou une seconde fois : « Le coin est parcouru par de nombreux chasseurs et promeneurs. En sept ans, jamais personne n’a retrouvé un os. Cela me paraît hallucinant. »

Si Clément Maurice n’avance aucune hypothèse sur l’endroit où a été caché le corps de Fiona, son confrère développe une théorie faisant bondir la défense. « Une intime conviction », comme il le répète. L’enfant aurait été enfouie dans un sac-poubelle et jetée parmi les ordures. « C’est un moyen radical pour faire disparaître un corps. C’est pour cela qu’on ne l’a pas retrouvé », estime-t-il. L’enquêteur se base sur le témoignage, non recoupé, d’un voisin du couple qui dit avoir aperçu Makhlouf avec un sac de 100 litres dans les bras, dans la nuit de jeudi à vendredi, à 2 heures précisément. « Il est allé le jeter dans les poubelles de la résidence située en face », révèle le policier.

Problème : le témoignage est arrivé tardivement dans l’enquête. Les gendarmes n’ont pas fouillé les poubelles le dimanche, jour où la disparition de Fiona a été signalée par sa mère. Et elles ont été ramassées le lendemain pour être acheminées à la déchetterie de Puy-Long. Les recherches, effectuées sur place par des chiens renifleurs, n’ont d’ailleurs pas abouti. Ce que ne manquent pas de souligner les avocats de la défense, outrés par cette théorie.

Des doutes sur la date de la mort

« Il y avait un hectare et trois mètres de hauteur de détritus. Donc une surface moins grande qu’à Aydat. S’il y avait eu un corps, on l’aurait retrouvé, assure Jean-Félix Luciani, le conseil de Berkane Makhlouf. Je suis désolé, cette hypothèse n’est pas plausible ». Renaud Portejoie, avocat de Cécile Bourgeon, attaque à son tour : « Non, les ordures n’ont pas été levées le lundi matin. Il faut évacuer ce fantasme de la poubelle ». Et ôter ainsi le doute qui pourrait s’immiscer dans l’esprit des jurés.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul élément troublant, rapporté par les policiers, pouvant mettre à mal la version livrée par les accusés. La date de la mort de Fiona (dimanche 12 mai 2013) leur semble très incertaine. « Il n’y a aucune preuve objective qu’elle était vivante le samedi. Concernant le vendredi, ce n’est guère mieux », répond François Bernard, rapportant deux épisodes pour le moins intrigants.

Le vendredi, le couple est allé voir le médecin traitant de Berkane Makhlouf afin d’obtenir un certificat médical pouvant justifier que Fiona soit absente 21 jours de l’école. Sans que la fillette ne soit présente à la consultation. « On notera qu’ils n’avaient jamais pris cette précaution alors que l’enfant a manqué 48 demi-journées d’école pendant la même année », souligne de son côté, Clément Maurice. Second élément troublant : le duo a effectué, le samedi après-midi, des recherches Internet sur un faux enlèvement d’enfants à Marseille. Cécile Bourgeon et son ancien compagnon, rappelons-le, ont d’abord fait croire aux enquêteurs que Fiona avait été kidnappée dans un parc le dimanche après-midi, avant d’être démasqués.

Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 16 décembre devant la cour d’assises du Rhône. Les deux accusés encourent trente ans de réclusion criminelle.