Attentat de janvier 2015 : Après un mois de suspension, une reprise du procès émaillée d’incidents

PROCÈS Après un mois d’interruption, l’audience a finalement pu reprendre ce mercredi avec les plaidoiries des parties civiles

Hélène Sergent

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Après un mois de suspension, le procès des attentats de janvier 2015 a repris ce mercredi 2 décembre.
Après un mois de suspension, le procès des attentats de janvier 2015 a repris ce mercredi 2 décembre. — CELINE BREGAND/SIPA
  • Ali Riza Polat, l’un des quatorze accusés dans ce procès, avait été testé positif au Covid-19 le 31 octobre dernier et son état de santé dégradé avait justifié la suspension de ce procès historique.
  • Une expertise médicale et plusieurs examens ont conclu à une amélioration de son état, poussant ainsi le président de la cour d’assises à reprendre les débats ce mercredi.
  • Refusant de prendre un traitement anti-vomitif, l’accusé qui encourt la plus lourde peine dans ce dossier, a toutefois perturbé le déroulé des premières plaidoiries des parties civiles.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Ali Riza Polat a fait son retour dans le box des accusés au  procès des attentats de janvier 2015. Un retour tonitruant, conforme à l’attitude adoptée depuis le début de l’audience par celui qui encourt aujourd’hui la plus lourde peine dans ce dossier. Après un mois de suspension – du jamais vu dans un procès d’assises - liée à l’état de santé dégradé du principal prévenu contaminé par le coronavirus, l’audience a finalement pu reprendre ce mercredi.

S’appuyant sur les expertises médicales réalisées ces dernières semaines, le président de la cour d’assises spéciale, Régis de Jorna, a relancé ce procès historique démarré il y a plus de trois mois. Mais refusant de prendre le traitement médicamenteux préconisé par le médecin qui l’a examiné, Ali Riza Polat a interrompu à plusieurs reprises les plaidoiries des conseils de la partie civile, suscitant la colère de Régis de Jorna et l’exaspération des avocats.

Le « malade imaginaire »

Avant de laisser la parole aux conseils des victimes, le président a tenu à clarifier les éléments visant Ali Riza Polat. Souffrant depuis des semaines de vomissements, l’homme poursuivi pour « complicité d’assassinats terroristes » a été jugé « apte » à assister à la fin du procès, a précisé le magistrat. Un traitement au Primpéran, un anti-vomitif classique, a été préconisé par ce soignant mais refusé par l’accusé. « Il a expliqué ne pas vouloir servir de cobaye », a indiqué le président de la cour qui a accepté, en accord avec l’avocate de Riza Polat, d’autoriser son client à quitter la salle lorsqu’il le souhaitait, y compris pendant les plaidoiries.

Mais cet accord n’a pas été jugé suffisant par la défense, qui a insisté au début de l’audience pour que l’accusé soit « examiné correctement dans un cadre hospitalier ». Une position qui a passablement irrité certains avocats de la partie civile et les magistrats du Parquet national antiterroriste. « Ses vomissements, comme l’indique l’expert n’ont pas de support pathologique. Ils sont probablement provoqués par le patient et je crois que nous sommes dans la simulation (…) c’est le malade imaginaire ! », a fustigé l’avocat Mehana Mouhou, soulignant qu’Ali Riza Polat avait été pris en charge à l’hôpital Cochin pour subir une batterie d’examens. Plus nuancée, l’avocate générale Julie Holveck, a rappelé que si le refus du traitement était un droit pour l’accusé, ce « choix » ne devait pas seul déterminer la reprise des débats : « Il faut que cette audience reprenne son cours normal », a-t-elle insisté.

« Si vous intervenez, je vous expulse ! »

Mais dès les premières plaidoiries de la matinée, Ali Riza Polat a montré des signes de faiblesse et d’énervement. « Tout ce que je demande, c’est d’aller à l’hôpital ! », a-t-il lancé depuis le box, interrompant l’avocate de Michel Catalano, le patron de l’imprimerie à Dammartin-en-Goële, pris en otage par les Kouachi.

Parti sous escorte quelques minutes pendant la plaidoirie de Me Casubolo-Ferro, il a une nouvelle fois coupé le fil des débats hurlant à l’adresse du président : « Je viens de vomir de la bile ! ». Resté tout au long du procès relativement indifférent aux vitupérations de l’accusé, le magistrat Régis de Jorna a fermement recadré le trentenaire : « Si vous intervenez de nouveau pendant qu’un avocat plaide, je vous expulse, c’est clair, c’est net ! ». Une menace finalement mise à exécution à la fin de l’après-midi après un énième éclat de voix de l’accusé.

Passés ces incidents, les avocats des nombreuses victimes des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly ont pu faire entendre une dernière fois la voix de leurs clients. Beaucoup ont dit leurs « déceptions », ont pointé les « questions restées sans réponse » et la « gabegie de mensonges » des accusés recroquevillés derrière leurs masques. Prévues sur trois jours, les plaidoiries des parties civiles se termineront vendredi avec les avocats des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. Si le procès parvient à se dérouler sans nouvel accroc d’ici-là, le verdict devrait être rendu le 16 décembre.