Affaire des écoutes : Au procès Sarkozy, il y a toujours de la friture sur la ligne secrète « Paul Bismuth »

PROCES Nicolas Sarkozy est jugé pour « corruption active » et trafic d’influence » dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth »

Vincent Vantighem

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Paris, le 30 novembre 2020. Nicolas Sarkozy arrive au tribunal judiciaire de Paris où il doit être jugé pour corruption active et trafic d'influence.
Paris, le 30 novembre 2020. Nicolas Sarkozy arrive au tribunal judiciaire de Paris où il doit être jugé pour corruption active et trafic d'influence. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Le procès de Nicolas Sarkozy dans l’affaire dite « Paul Bismuth » a véritablement commencé, lundi, au tribunal judiciaire de Paris, après un faux départ la semaine passée.
  • L’ancien chef de l’Etat est soupçonné d’avoir noué un pacte de corruption avec le magistrat Gilbert Azibert. Selon l’accusation, il aurait bénéficié d’informations sur la procédure « Bettencourt » en échange d’un coup de pouce pour lui obtenir un poste prestigieux à Monaco.
  • Ce mercredi, le haut magistrat Gilbert Azibert a été interrogé. 

Au tribunal judiciaire de Paris,

Il était environ 17h30, mercredi, quand Christine Mée, la présidente de la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris, a demandé à Gilbert Azibert de bien vouloir « parler dans le micro ». Comme si, après quatre heures d’interrogatoire, c’était l’ultime chance de parvenir à cerner la vérité dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth » qui vaut à Nicolas Sarkozy de comparaître pour « corruption active » et « trafic d’influence ».

Mais, quasiment sept ans après les faits, on en revient toujours au même. A ces fameuses interceptions téléphoniques sur la ligne secrète de « Paul Bismuth » que l’ancien chef de l’État et son avocat historique Thierry Herzog utilisaient à l’époque. Et, quasiment sept ans après les faits, ça capte toujours aussi mal…

Son passe-temps ? Annoter le Code de procédure pénale

Ancien haut magistrat à la Cour de cassation, Gilbert Azibert est soupçonné d’avoir livré des informations sur « l’affaire Bettencourt » à Nicolas Sarkozy en échange d’un « coup de pouce » pour obtenir un prestigieux poste à Monaco. Fragile du haut de ses 73 ans, c’est donc affublé d’un solide masque FFP2 qu’il a passé l’après-midi à la barre. Et qu’il a contesté, d’une voix étouffée, avoir noué le moindre « pacte de corruption » avec l’ancien chef de l’Etat.

Certes, il est ami avec l’avocat de l’ancien chef de l’Etat, Thierry Herzog, depuis vingt-cinq ans. Certes, il lui arrivait de discuter avec lui des affaires juridiques. Certes, il lui arrivait même d’aller chercher des décisions de justice à son cabinet. Mais c’est uniquement parce qu’il s’intéressait à la « chose juridique ». Et pour le prouver, il n’hésite pas à citer son passe-temps favori. Quand d’autres vont à la pêche ou s’adonnent à la méditation, lui n’aime rien d’autre que d’annoter le code de procédure pénale de toutes les nouvelles doctrines et jurisprudences. Il a fait ça pendant trente ans.

Aussi, c’est uniquement dans ce but qu’il s’est intéressé à la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy dans le dossier Bettencourt. Et c’est uniquement dans ce but qu’il en a discuté avec certains de ses confrères à la Cour de cassation, susceptibles d’avoir plus d’informations que lui sur la procédure en cours. « N’était-ce pas pour en informer Thierry Herzog ? », lui demande doucement la présidente. A la barre, l’ancien haut magistrat se raidit : « De telles accusations sont insupportables. »

Des propos « déconnants » et un poste à Monaco

Le problème, pour lui, c’est qu’il n’y a pas que les accusations. Il y a surtout les fameuses écoutes. Celle où Thierry Herzog dit à Nicolas Sarkozy que son ami Gilbert lui a fait des confidences. « Je ne sais pas pourquoi il a dit ça, se défend Gilbert Azibert. Il a peut-être voulu rassurer son client. » Il y a celle aussi où Gilbert Azibert, dans un mauvais remake d’Inception, lâche justement qu’il est au courant que ses amis sont sur écoutes et que c’est justement pour cette raison qu’il a dit des trucs « déconnants » au téléphone. « Déconnants. » Le mot peut surprendre, pour un avocat général passionné par le code de procédure pénale.

Reste que les fameuses écoutes montrent également que Nicolas Sarkozy a envisagé d’intervenir auprès du Prince de Monaco pour aider Azibert à avoir un poste haut placé. Il ne l’a pas fait, finalement. Et heureusement si l’on en croit Gilbert Azibert. A la barre, il a expliqué qu’à la date des faits, le poste ne l’intéressait plus parce qu’il avait des problèmes de santé. Une manière habile de dire que s’il n’y a pas de contrepartie, il n’y a pas de pacte de corruption.

Nicolas Sarkozy veut la vérité

Aujourd’hui, la carrière de Gilbert Azibert est finie. A la retraite, il ne peut que déplorer que cette affaire a « détruit pas mal de choses dans son environnement » et qu’il n’a « plus d’activités ». De quoi contester toute l’instruction qui l’a mené à la barre, ainsi que les faits. Car il sait que seules les écoutes peuvent faire office de preuves.

Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy aussi. Contestant la légalité des écoutes entre un avocat et son client, le premier, qui doit être entendu jeudi a déjà annoncé qu’il ne répondrait à aucune question à ce propos. Pas Nicolas Sarkozy. Trépignant parfois sur sa chaise de prévenu, il a bondi d’un seul coup mercredi pour aviser le tribunal de ses intentions. « Moi, je veux la vérité ! Donc, je m’expliquerai sur toutes les conversations ! »

Encore faut-il qu’il en ait la possibilité… Mercredi soir, au détour d’une question, le Parquet national financier a fait sortir les avocats de la défense de leurs gonds, obligeant la présidente à suspendre l’audience en catastrophe. Le procès doit durer jusqu’au 10 décembre. Tous comme les deux autres prévenus, Nicolas Sarkozy encourt une peine de dix ans de prison et une amende d’un million d’euros.