Affaire Zineb Redouane : Une contre-enquête indépendante met en cause les CRS

EXPERTISE Zineb Redouane avait été touchée à Marseille par une grenade lacrymogène en marge d’une manifestation de « gilets jaunes »

20 Minutes avec AFP

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Neuf mois après la mort de Zineb Redouane, en marge d'une manifestation gilets jaunes, une marche silencieuse a eu lieu à Marseille et d'autres villes de France.
Neuf mois après la mort de Zineb Redouane, en marge d'une manifestation gilets jaunes, une marche silencieuse a eu lieu à Marseille et d'autres villes de France. — C. Delabroy / 20 Minutes

En décembre 2018, Zineb Redouane, une octogénaire, était décédée à l’hôpital de Marseille, vingt-quatre heures après avoir été touchée de plein fouet par une grenade lacrymogène tirée par la police, en marge d’une manifestation des «  gilets jaunes ».

Deux ans après sa mort, une contre-expertise indépendante valide la thèse d’un tir tendu, contrairement aux premières conclusions de l'enquête. Publiée lundi soir, cette contre-enquête a été menée par le média d’investigation en ligne Disclose et le groupe de recherche basé à Londres Forensic Architecture.

Soupçons de collusion entre le parquet de Marseille et les policiers

Début décembre 2018, alors que la manifestation de l’acte III des « gilets jaunes » dégénère, Zineb Redouane, une Algérienne de 80 ans, est atteinte au visage par des éclats de grenade lacrymogène dans son appartement, situé au 4e étage. Grièvement blessée, elle succombe le lendemain à l’hôpital lors de son anesthésie. Sa mort suscite un vif émoi dans l’opinion.

Après plusieurs rebondissements, l’affaire est dépaysée à Lyon en août 2019 suite à des soupçons de collusion entre le parquet de Marseille et les policiers mis en cause.

L’analyse conduite par Disclose, basée sur le rapport balistique, des images de vidéosurveillance et une modélisation 3D détaillée « contredit le rapport d’expertise » officiel qui concluait que le lance-grenade à l’origine du tir avait été « utilisé selon les préconisations et les procédures d’emploi en vigueur dans la police nationale » et mettait hors de cause les CRS.

« Existence d’un danger au moment du tir »

L’un des avocats de la famille était persuadé qu’il s’agissait d’un tir tendu, strictement interdit face à un immeuble d’habitation. Et selon la contre-enquête, « depuis la position des CRS au moment du tir, la présence de plusieurs immeubles en vis-à-vis direct aurait dû constituer, à tout le moins, une alerte rouge ». D’autant que la munition utilisée, une grenade de type MP7, « est normalement prévue pour atteindre une cible située à 100 mètres ».

L’analyse image par image de Disclose et Forensic Architecture permet, selon eux, d’identifier la trajectoire du tir en direction de l’immeuble de la victime ainsi que la position du tireur. Le projectile a, d’après la contre-enquête, atteint Zineb Redouane « au bout de 37 mètres ». Conclusion de Disclose, la modélisation 3D de l’environnement « démontre l’existence d’un danger au moment du tir et les responsabilités du tireur et du superviseur sont clairement engagées ».

Un magistrat lyonnais, rappelle Disclose, doit encore se prononcer sur la conformité du tir et la responsabilité des CRS dans la mort de Zineb Redouane. Les avocats de la famille espèrent que le juge réclamera une nouvelle expertise.