Affaire Fiona : La mort de l'enfant sera-t-elle élucidée lors du procès qui s'ouvre mardi à Lyon?

ASSISES Le procès en appel de Cécile Bourgeon et de Berkane Makhlouf, accusés d’avoir tué la petite Fiona en 2013, débute ce mardi devant les Assises du Rhône

Caroline Girardon

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Le procès en appel de Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona, et de son ancien compagnon Berkane Makhlouf s'ouvre mardi 1er décembre devant la cour d'assises du Rhône.
Le procès en appel de Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona, et de son ancien compagnon Berkane Makhlouf s'ouvre mardi 1er décembre devant la cour d'assises du Rhône. — Thierry Zoccolan / AFP
  • Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, et son ancien compagnon, Berkane Makhlouf, seront jugés pour la quatrième fois à partir de mardi devant les Assises du Rhône.
  • Ils encourent chacun 30 ans de prison pour la mort de la fillette, tuée en 2013 alors qu’elle était âgée de 5 ans et dont le corps n’a jamais été retrouvé.
  • Cette fois, la mère de l’enfant comparaît libre puisqu’elle est sortie de détention en février 2019.

Sept ans après sa disparition, le corps de la petite Fiona n’a toujours pas été retrouvé. Le procès en appel qui s’ouvre ce mardi devant la cour d’assises du Rhône, permettra peut-être d’apporter des réponses. Mais le doute est permis car jusque-là, les langues des deux principaux accusés ne se sont jamais vraiment déliées. Sinon pour s’accuser mutuellement. Cécile Bourgeon, la mère de l’enfant, et son ancien compagnon Berkane Makhlouf vont à nouveau se retrouver devant les jurés. Pour la quatrième fois.

« Je n’attends pas grand-chose de ce procès, je ne vois pas ce qui pourrait changer », lâche un brin dépité Nicolas Chafoulais, le père de Fiona, à la veille de l’audience. « Ils n’expliqueront rien du tout, redoute-t-il. Ils l’auraient fait depuis tout ce temps. Makhlouf a déjà purgé sept ans de prison. S’il venait à parler, il prendrait le risque de voir sa peine allongée ».

En 2016, lors du procès en première instance, l’homme en question a été condamné à 20 ans de prison pour avoir porté les coups mortels à la fillette, décédée à l’âge de 5 ans. Cécile Bourgeon avait écopé d’une peine de 5 ans, les jurés estimant qu’elle n’était pas impliquée dans la mort de son enfant. La suite n’a été qu’une succession de rebondissements judiciaires.

« Retour à case départ »

Le premier procès en appel, un an plus tard, a tourné court à cause d’accusations portées par l’avocate de l’association Innocence en Danger, soutenant que l’un des témoins cités pour la défense de Berkane Makhlouf était corrompu. En février 2018, lors du second procès en appel, les jurés avaient cette fois condamné Cécile Bourgeon et son ex-concubin à 20 ans de prison, pensant qu’ils étaient responsables au même titre du calvaire infligé à la petite fille. Un verdict cassé par la Cour de cassation, un an plus tard, après les doutes émis sur l’impartialité du président des Assises de Haute-Loire qui avait pris l’apéritif avec les avocats de la partie civile.

Ce quatrième procès sera donc un « retour à la case départ, glisse Jean-Félix Luciani, l’avocat de Berkane Makhlouf. La Cour de cassation ayant annulé les condamnations en appel, on revient aux peines prononcées en première instance ». Conséquence et non des moindres : la mère de Fiona comparaîtra libre devant les Assises puisqu’elle a été relâchée en février 2019 après avoir passé plus de cinq ans derrière les barreaux. La justice a estimé qu’elle avait ainsi purgé la peine prononcée en première instance.

« Voir quelqu’un de libre peut amener les jurés à avoir un autre regard »

« Voir quelqu’un comparaître librement peut amener les jurés à avoir un autre regard, avance Renaud Portejoie, l’avocat de Cécile Bourgeon. La présomption d’innocence aura vocation à s’appliquer pleinement d’autant qu’il est toujours plus difficile, dans l’esprit des jurés, de renvoyer quelqu’un de libre en prison ». La délocalisation de l’audience à Lyon pourrait aussi apaiser les débats. « On a vu lors du procès en premier instance que les jurés avaient été capables de se départir de l’émotion, de se tenir loin de ce qui se disait sur les réseaux sociaux, poursuit-il. On gage qu’ils feront de même, d’autant que, pour des raisons géographiques et sanitaires, il y aura bien moins de public. Donc moins de pression, d’une certaine façon ». Mais pour l’avocat, « tout est possible » et la défense se prépare à l’éventualité d' « une issue défavorable », assure-t-il.

Nicolas Chafoulais, lui, n’attend qu’une chose : que Cécile Bourgeon purge une longue peine de prison, « au minimum 20 ans ». « Là, elle est libre. Elle a encore gagné car elle est dehors. C’est une honte », s’insurge-t-il. Aujourd’hui, l’homme se dit fatigué. Las de devoir toujours retourner dans les prétoires. Usé d’entendre à chaque fois les mêmes témoignages sans jamais trouver de réponse à ses questions. « Cela fait sept ans et demi, j’en ai marre. Toute ma vie gravite autour de ça, témoigne-t-il. Je suis esclave de tout ça même si je suis parvenu à aller de l’avant et à refaire ma vie. Cécile Bourgeon, je ne peux plus la voir. Je ne veux plus la voir mais je suis obligé de me la coltiner. Encore et encore… »

Du côté de la défense, qui n’entrevoit pas non plus de grandes révélations au cours de ces prochaines semaines, on assure toutefois que la principale intéressée a tout mis en œuvre pour retrouver la dépouille de sa fille. Elle a, par exemple, entrepris des séances d’hypnose, qui n’ont toutefois rien donné.

30 ans de prison encourus

« C’était une initiative personnelle. Elle avait entamé la démarche en milieu carcéral en écrivant au juge d’instruction. Elle a fait quelques séances à sa sortie de détention mais pour diverses raisons, cela n’a pas été concluant », raconte Renaud Portejoie. Cécile Bourgeon avait également clamé que la première chose qu’elle ferait en sortant de prison, serait de prendre sa voiture pour retourner à Aydat, chercher le corps de son enfant. Une promesse toutefois non tenue. « Croyez-le ou non, elle voulait s’y rendre, certifie son conseil. Mais je l’en ai dissuadée pour deux raisons : sa présence sur les lieux aurait pu être perçue comme une provocation. Et il n’était pas exclu qu’elle se mette aussi en danger ».

Aujourd’hui, Cécile Bourgeon, mariée depuis près d’un an, vit à Perpignan. N’ayant pu reprendre d’activités professionnelles, elle œuvre comme bénévole dans le milieu associatif. Et espère toujours pouvoir récupérer la garde de son quatrième enfant, une petite fille dont elle a accouché fin février. Le bébé lui a été retiré dès sa naissance pour être placé par les services de justice. « Elle est surtout dans l’attente de son procès. Tous les projets qu’elle pourrait entreprendre sont en suspens tant qu’elle ne sera pas fixée sur son sort », conclut son avocat.

Les deux accusés encourent 30 ans de réclusion criminelle. Si les débats ne débordent pas, le verdict sera rendu le 16 décembre.