Affaire des écoutes : Le tribunal ordonne une expertise médicale d'Azibert et suspend le procès de Nicolas Sarkozy

PROCES L’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est jugé pour « corruption » et « trafic d’influence » dans l’affaire dite « Paul Bismuth »

Vincent Vantighem

— 

Paris, le 23 novembre 2020. Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal où il est jugé pour
Paris, le 23 novembre 2020. Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal où il est jugé pour — Bertrand GUAY / AFP
  • Le procès de Nicolas Sarkozy dans l’affaire dite « Paul Bismuth » s’est ouvert, ce lundi, au tribunal judiciaire de Paris. Mais il a été suspendu jusqu'à jeudi le temps qu'un prévenu absent pour raisons de santé subisse une expertise médicale.
  • L’ancien président de la République est accusé d’avoir tenté d’obtenir des informations sur la procédure « Bettencourt » auprès d’un haut magistrat en échange d’un « coup de pouce » pour lui obtenir un poste à Monaco.
  • « Combattif », selon sa propre expression, Nicolas Sarkozy nie les faits qui lui sont reprochés. Il encourt une peine de dix ans de prison et une amende de 1 million d’euros.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Il est entré dans le prétoire d’un pas décidé. Masque juste sous le nez. Et cravate bleue volant sur une chemise blanche. Nicolas Sarkozy a fait un « check » du poing à son ami et ancien avocat, Thierry Herzog, et il est allé s’asseoir sur le banc des prévenus qu’il partage avec lui. Prêt à en découdre. Mais finalement, ce lundi, l’ancien chef de l’État n’aura passé qu’une grosse heure devant la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris où il est jugé pour « corruption » et « trafic d’influence », dans le cadre de l’affaire dite des « écoutes de Paul Bismuth ».

Peu avant 15h, la présidente du tribunal, Christine Mée, a ordonné que le prévenu Gilbert Azibert, haut magistrat avec qui l’ancien chef de l’État est accusé d’avoir noué un pacte de corruption, se soumette à une expertise médicale. Et elle a renvoyé l’audience à jeudi, dans l’attente des résultats des examens de santé. Il faudra donc attendre trois jours avant de savoir si le procès peut se poursuivre ou s’il est renvoyé à plus ou moins long terme en raison du  coronavirus.

Un risque de contracter le coronavirus pour Gilbert Azibert

Agé de 73 ans, l’ancien haut magistrat Gilbert Azibert, prévenu dans le dossier, ne s’est pas présenté à l’audience en raison de son état de santé. Il est soupçonné d’avoir donné des renseignements à Nicolas Sarkozy sur la procédure « Bettencourt » en échange d’un « coup de pouce » pour obtenir un poste prestigieux à Monaco.

« Il est suivi depuis une dizaine d’années pour des problèmes d’insuffisance cardiaque, des problèmes respiratoires et d’hypertension…, a plaidé Dominique Allegrini, son avocat. En raison de la pandémie, ses médecins lui ont très fortement déconseillé de se déplacer de la province où il réside [la Gironde] à Paris. Mais il tient absolument à être devant vous quand il devra s’expliquer… »

Sarkozy ou Sarkozy de Nagy-Bocsa

La première audience au cours de laquelle un ancien président de la Ve République a comparu* n’aura donc pas permis d’en savoir davantage sur le fond du dossier. Mais, en l’espace de quelques instants, à la barre pour décliner son identité, Nicolas Sarkozy a donné le ton de ce que pourrait être son procès, lors d’un échange savoureux avec la présidente.

« – On a donné l’identité complète, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa…

- Sarkozy, c’est suffisant, hein…

- Oui oui… Mais c’est pour le casier judiciaire…

- Pour l’instant, je n’ai pas eu besoin de l’utiliser ! »

La visioconférence déjà dans le viseur des avocats

Sous l’œil attentif de nombreux avocats venus assister à l’événement, Nicolas Sarkozy a aussi découvert, en ce lundi, que le vrai « Paul Bismuth » entendait se constituer partie civile dans le dossier et lui réclamer des comptes. Il s’agit d’un ancien camarade de lycée de Thierry Herzog. C’est son nom qu’il avait choisi par hasard pour ouvrir une ligne de téléphone secrète afin de deviser avec Nicolas Sarkozy. Mais, absent à l’audience ce lundi, Paul Bismuth était représenté par un avocat, sans que l’on sache s’il compte se présenter un jour physiquement à la barre pour parvenir à démontrer qu'il a subi un préjudice direct dans cette affaire.

Encore faudrait-il que le procès reprenne jeudi. Conciliant avec l’état de santé de Gilbert Azibert, le ministère public a soumis l’idée de le faire comparaître par visioconférence pour que les débats se poursuivent. Mais tout comme devant la salle voisine où se tient le procès des attentats de janvier 2015 où se pose le même cas de figure, les deux procureurs ont pu ressentir toute l’opposition des avocats à ce projet. « Jamais je ne pourrais cautionner une décision qui imposerait la visioconférence », a lâché Jacqueline Laffont, qui défend Nicolas Sarkozy. « Hors de propos », a renchéri Hervé Témime, l’avocat de Thierry Herzog.

Ils auront tout le loisir d’en reparler jeudi à la reprise de l’audience. Si le tribunal décide de la poursuite des débats, leurs clients respectifs, qui nient les faits, risqueront une peine de dix ans de prison et une amende d’un million d’euros.

* En 2011, Jacques Chirac avait été jugé et condamné dans l’affaire dite des emplois fictifs du RPR. Mais, en raison de son état de santé, il n’avait pas comparu devant le tribunal.

** Suivez le déroulement de ce procès en direct sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem

Le vrai Paul Bismuth se sent comme «un pion dans un sac de détritus»