Attaque du Thalys : « Nous avions changé de wagon parce qu’il n’y avait pas de wifi », raconte l’un des ex-soldats américains

PROCES Aleksander Skarlatos, un ancien militaire américain qui a maîtrisé l’assaillant du Thalys avec deux amis d'enfance, a témoigné ce vendredi devant la cour d’assises spéciale

Thibaut Chevillard
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Aleksander Skarlatos, l'un des trois Américains célébrés en héros pour avoir affronté le tireur du Thalys en août 2015
Aleksander Skarlatos, l'un des trois Américains célébrés en héros pour avoir affronté le tireur du Thalys en août 2015 — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Quatre hommes, impliqués dans l’attaque d’un Thalys reliant Paris à Amsterdam en août 2015, comparaissent devant la cour d’assises spéciale depuis lundi. Deux personnes avaient été blessées.
  • Ayoub El-Khazzani, qui avait ouvert le feu à l’intérieur du train, répond de « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Ce citoyen marocain, alors âgé de 26 ans, agissait sur instruction d’Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de la cellule terroriste ayant frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016.
  • Aleksander Skarlatos, un ancien militaire américain qui a maîtrisé le terroriste avec deux de ses amis, a été entendu ce vendredi par la cour.

Lourdement armé, Ayoub El Khazzani aurait pu commettre un massacre. Mais le hasard en a voulu autrement. Le djihadiste de 31 ans, jugé depuis lundi devant la cour d’assises spéciales, avait ouvert le feu dans un Thalys, le 21 août 2015, blessant grièvement Mark Moogalian, un enseignant Franco-Américain qui revenait d’Amsterdam où il avait passé quelques jours avec sa femme, Isabelle.

Quelques minutes plus tard, il était maîtrisé par trois passagers américains, dont deux militaires. Pourtant, ces derniers ne devaient pas se trouver dans la voiture 12, où l’attaque a commencé. « Nous avions changé de wagon parce qu’il n’y avait pas de wifi », explique ce vendredi à la cour Aleksander Skarlatos, 28 ans, assisté d’une traductrice. Depuis l’attaque, le jeune homme à la carrure imposante a quitté la garde nationale américaine, participé à Danse avec les stars, tourné dans un film de Clint Eastwood, et cherche aujourd’hui du travail. « D’ailleurs, si vous connaissez quelqu’un », lance-t-il en rigolant au président de la cour, Franck Zientara.

Il y a cinq ans, il avait rejoint à Amsterdam ses amis d’enfance, Spencer Stone et Anthony Sadler, qui voyageaient en Europe cet été-là. Ensemble, ils avaient décidé de se rendre à Paris en train. Costume bleu marine, chemise blanche, cravate grise, il raconte à la barre avoir entendu « peu de temps après avoir passé la frontière française, une déflagration, un bruit de vitre qui éclatait et qui semblait venir de derrière [lui] ». Un employé du train passe devant lui en courant.

« No fucking way ! »

« J’ai regardé ce qu’il fuyait et j’ai vu un homme torse nu derrière lui. J’ai tout de suite compris ce qui se passait. Le temps s’est arrêté, mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. » Être tué dans un attentat en Europe ? « No fucking way ! », pense-t-il sur le moment. Réveillé par le bruit, son ami Spencer Stone, un soldat de l’armée de l’air américaine, se lève et bondit sur le terroriste qui recharge le fusil d'assaut qu’il venait de ramasser. Stone tente de le maîtriser en lui faisant une clé d’étranglement. « Et là, Spencer crie : "Il a un pistolet !" » Skarlatos attrape l’arme et braque avec El Khazzani à la tête : « Arrête de résister, arrête », lui crie-t-il en anglais.

L’accusé continue à se débattre. Aleksander Skarlatos appuie alors sur la gâchette mais aucune balle ne sort. Il jette le pistolet et frappe El Khazzani à la tête avec la crosse de la Kalachnikov. « Il me regardait fixement sans même cligner des yeux », se souvient-il.

Asphyxié et assommé, le djihadiste perd finalement connaissance. Les trois Américains sont aidés par deux autres passagers. Christopher Norman, un consultant financier britannique âgé de 66 ans, tenait le bras droit du terroriste. Il raconte à la barre, avec un accent anglais, avoir eu peur qu’il se réveille. « A un moment, j’ai eu le sentiment qu’il avait cessé de se battre, non parce qu’il était inconscient, mais qu’il avait failli dans sa mission. »

« On a vraiment eu de la chance »

Ils décident ensemble « de le ligoter, juste au cas où il se réveille », poursuit Norman. Eric Tanty, un conducteur de train assis juste derrière lui, lui tend des serflex tout en maintenant le bras gauche de l’assaillant. « On essaie de l’attacher avec, mais ça ne marche pas », confie-t-il à son tour à la barre. Finalement, El Khazzani est ligoté avec une cravate rose appartenant à un passager.

Amateur d’armes à feu – il en possède une vingtaine chez lui aux Etats-Unis – Skarlatos examine ensuite la Kalachnikov. Il retrouve une balle coincée dans le fusil d’assaut. « Elle était percutée ce qui signifie que Mister Khazzani avait tiré », affirme l’ancien soldat. « Les balles étaient de mauvaise qualité, je l’ai vu tout de suite », assure-t-il. « On a vraiment eu de la chance. »