Soupçons de financement libyen : Les magistrats dénoncent les « attaques » de Sarkozy contre les juges d’instruction

ENQUETE L’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) et le syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) dénoncent « une forme de pression inacceptable et intolérable »

20 Minutes avec AFP
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Nicolas Sarkozy de retour au procès
Nicolas Sarkozy de retour au procès — ISA HARSIN/SIPA

Les deux principaux syndicats de magistrats ont dénoncé, ce vendredi, les « attaques » de Nicolas Sarkozy, du président du Sénat et du patron des députés Les Républicains contre les juges d’instruction qui enquêtent sur les soupçons d’un financement libyen de la campagne de l’ex-chef de l’État.

L’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) et le syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) ont adressé un courrier commun au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour dénoncer « une forme de pression inacceptable et intolérable » sur les magistrats instructeurs.

Une « offensive médiatique »

« Les attaques très fortes portées contre le Parquet national financier depuis l’été 2020, visant à le décrédibiliser (…) constituent aujourd’hui un marchepied pour porter une atteinte similaire à l’indépendance des juges d’instruction spécialisés en matière économique et financière », affirment les syndicats dans leur courrier. « Nicolas Sarkozy, mis en examen et prévenu dans plusieurs procédures judiciaires, a choisi d’organiser sa défense en portant une offensive médiatique contre les juges d’instruction, qu’il accuse d’avoir mené leurs missions en dehors de toute légalité », s’offusquent l’USM et le SM.

« Bien plus grave encore, poursuivent les syndicats, est la reprise de cet argumentaire insultant (…) par deux personnalités politiques qui ne sont pas parties à la procédure et qui réitèrent les attaques contre la Justice précédemment proférées : le président du Sénat Gérard Larcher, deuxième personnage de l’État, et le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Christian Jacob ».

« Ce qui m’est infligé est un scandale qui finira dans les annales »

Ces « attaques émanant du pouvoir exécutif et d’élus de la représentation nationale (…) érodent encore un peu plus la confiance des citoyens dans la Justice », estiment les syndicats. Après le retrait surprise d’accusations sur un présumé financement libyen de sa campagne 2007 de la part de Ziad Takieddine, sulfureux intermédiaire et l’un des principaux témoins à charge contre l’ex-président, Nicolas Sarkozy avait fait part de sa « colère » d’avoir été « traîné dans la boue ».

« Ce dossier n’est truffé que de faux », a estimé Nicolas Sarkozy, mis en examen le 12 octobre pour « association de malfaiteurs » dans cette affaire. « J’ai dit aux juges : cherchez pendant un siècle (…) vous ne trouverez rien », a-t-il assuré sur BFMTV. « Je ne suis pas un pourri, et ce qui m’est infligé est un scandale qui finira dans les annales », a également affirmé Nicolas Sarkozy, qui sera jugé à partir du 23 novembre dans une autre affaire, celle des « écoutes ». Selon le procureur national financier, les charges contre Nicolas Sarkozy « ne se limitent pas aux déclarations » de Ziad Takieddine et s’appuient « sur des indices graves ou concordants ».