Nord: Ouverture d'une enquête après la mort d'un détenu dans l'incendie de sa cellule

JUSTICE Le procureur de Douai, dans le Nord, a ouvert une enquête après le décès d’un prisonnier dans l’incendie de sa cellule.

Gilles Durand

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Illustration de l'administration pénitentiaire.
Illustration de l'administration pénitentiaire. — O. Aballain / 20 Minutes
  • Le 8 novembre, un détenu trouvait la mort dans l’incendie de sa cellule à la maison d’arrêt de Douai, dans le Nord.
  • La famille de la victime cherche à connaître les circonstances de ce drame.
  • Selon des expertises récentes, ce détenu souffrait de troubles psychiatriques.

C’était la troisième fois qu’il mettait le feu à sa cellule. Le 8 novembre, un détenu est décédé dans un incendie à la maison d’arrêt de Douai, dans le Nord. Sa famille cherche à connaître les circonstances de ce drame. « Il ne s’est pas suicidé, mais a lancé un appel à l’aide avec ce geste », assure sa cousine à 20 Minutes

Reçue, une semaine plus tard, par le procureur et le vice-procureur de Douai, elle a appris qu’une enquête était ouverte pour rechercher les causes de la mort et les circonstances de départ du feu.

Diagnostiqué schizophrène

« Ce qu’on reproche avant tout au service pénitentiaire, c’est de ne pas nous avoir prévenus. Nous avons appris la mort d’Hamidi par les journaux. C’est très choquant », indique sa cousine. D’autant que les antécédents de ce prisonnier étaient connus des services judiciaires et pénitentiaires.

« A 49 ans, il cumulait 30 condamnations depuis 1989 », souligne Damien Legrand, avocat de la famille. Lors de ces différents séjours en prison, il avait déjà incendié sa cellule, en 2013 et en septembre 2019. Incarcéré le 26 août, Hamidi B. devait sortir le 1er mars 2021, après avoir cumulé trois condamnations, dont deux pour violences.

Selon l’avocat, sur les trois dernières expertises psychiatriques le concernant, deux concluent à l’altération du discernement et il a déjà séjourné une dizaine d’années en hôpital psychiatrique. « Il était diagnostiqué schizophrène depuis longtemps. Quand il était suivi et prenait son traitement, ça allait. Lorsqu’il était en crise, il était ingérable », raconte sa cousine.

« Que faisait-il dans une maison d’arrêt classique ? »

Sauf que, « récemment, l’hôpital psychiatrique a refusé de le prendre en charge », regrette-t-elle. Peu de temps après, une altercation dans un supermarché lui a fait de nouveau prendre le chemin de la prison.

« Que faisait-il dans une maison d’arrêt classique ?, s’interroge Damien Legrand. Cette structure n’est pas du tout adaptée pour des détenus qui, comme lui, souffrent de troubles psychiatriques majeurs reconnus. » Y a-t-il eu défaillance du système judiciaire et pénitentiaire ? « On attend les conclusions de l’enquête ».

Selon un rapport de l’Observatoire international des prisons (OIP), une enquête à dimension régionale, menée dans le Nord-Pas-de-Calais en 2017, montrait que 70 % des personnes entrant en prison souffraient d’au moins un trouble psychiatrique, près d’une sur deux en cumulant plusieurs.

« La prison n’est pas un lieu de soin »

En mars 2018, le député Stéphane Mazars (LREM) s’est dit « stupéfait par la présence, en nombre, de personnes souffrant de pathologies psychiatriques lors de la présentation des conclusions du groupe de travail de l’Assemblée nationale chargé de réfléchir à la prise en charge des détenus souffrant de troubles psychiatriques.

« Une personne détenue sur quatre souffrirait de troubles psychotiques, dénonce L’OIP. Face à cela, les gouvernements successifs ont fait le choix de faire entrer le soin en prison plutôt que de faire sortir les malades. Faisant fi de ce qui tient autant du principe que du constat : la prison n’est pas, et ne peut pas être, un lieu de soin. »