Calais : Accusé de violences contre un CRS, il avait été relaxé grâce à une vidéo

SOCIETE Le témoignage d’un militant alimente le débat sur la proposition de loi qui prévoit de pénaliser l’usage « malveillant » d’images des forces de l’ordre au cours d’interpellations

G.D. avec AFP
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Le Britannique Tom Ciotkowski est bénévole auprès des migrants à Calais.
Le Britannique Tom Ciotkowski est bénévole auprès des migrants à Calais. — Capture d'écran

« Filmer la police, c’est un moyen de se défendre contre les abus de pouvoir ». Poursuivi pour outrage et violence sur un CRS à Calais, Tom Ciotkowski, un militant britannique des droits de l’Homme, a été relaxé grâce à des vidéos discréditant les témoignages de trois policiers, qui devront répondre notamment de faux en écriture.

Sa mésaventure est emblématique avant l’examen au parlement de la proposition de loi « sécurité globale » qui prévoit de pénaliser l’usage « malveillant » d’images des forces de l’ordre au cours d’interpellations.

Evacuation de migrants

Le 31 juillet 2018, Tom Ciotkowski, qui travaillait alors pour Help Refugees, est interpellé au cours d’une évacuation de migrants menée par une patrouille de la CRS 40 sur un rond-point en contrebas de la rocade de Calais.

D’après le procès-verbal d’un brigadier-chef, corroboré par les témoignages de deux CRS sous son autorité, des « no borders » se sont montrés « véhéments » à leur encontre. Tom Ciotkowski l’aurait « repoussé fermement au niveau de la poitrine » et insulté. Dans un réflexe de défense, le brigadier l’aurait à son tour repoussé, et aurait été entraîné dans sa chute.

Vidéos tournées sur smartphone

Le Britannique raconte une tout autre version des faits à l’AFP : « On passait en camionnette quand on a vu que la police avait une vive discussion avec d’autres bénévoles. On s’est arrêté pour voir ce qu’il se passait. La police nous a forcés à reculer, l’un d’eux m’a poussé en arrière et je suis tombé à la renverse, par-dessus la glissière de sécurité, quand un camion passait ».

Le brigadier porte plainte et Tom Ciotkowski est renvoyé en 2019 devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer pour outrage et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. A l’audience, le tribunal visionne les vidéos tournées sur leurs smartphones par les bénévoles présents, produites par la défense. Et relaxe le prévenu, soutenu par Amnesty international.

« Preuve contraire »

« La description des événements qui ont entraîné la poursuite de Tom Ciotkowski (…) est discréditée par les vidéos », détaille le jugement. Cela « constitue ainsi la preuve contraire du contenu des procès-verbaux », ajoute le texte. Sur ces images, on « voit un CRS mettre un coup de pied au mollet d’un des Britanniques » et les vidéos « ne montrent pas que le brigadier-chef a été poussé », ni qu’il « ait été insulté », ou soit tombé.

« J’aurais très bien pu être condamné », « sans les preuves vidéos, ç’aurait été leur parole contre la mienne, pointe le trentenaire. Trois policiers, on s’attend à ce qu’ils agissent avec professionnalisme et qu’ils disent la vérité. Je sais que les policiers font un travail difficile, je comprends. Mais ils manquent d’entraînement et devraient être formés aux pratiques de désescalade ».

Tom Ciotkowski a porté plainte en retour. Les trois CRS doivent être jugés, le 7 janvier, pour faux en écriture publique et le brigadier pour violence.