Savoie : Il avait fait asperger son ex-femme à l’acide et écope de vingt ans de prison

BARBARIE L’accusé, un Albanais de 52 ans, a été reconnu coupable de complicité d’actes de torture ou de barbarie aggravés

20 Minutes avec AFP
— 
La justice dans un tribunal, à Rennes. (illustration)
La justice dans un tribunal, à Rennes. (illustration) — LOIC VENANCE / AFP

L’accusé a accueilli le verdict de manière impassible. Jugé depuis jeudi dernier pour avoir commandité l’agression à l’acide sulfurique de son ex-femme en 2006 à Chambéry (Savoie), un Albanais de 52 ans a été condamné samedi soir à vingt ans de réclusion criminelle.

La Cour d’assises de Savoie a suivi les réquisitions du ministère public, qui avait également demandé une période de sûreté portée aux deux tiers et une interdiction définitive du territoire français. La délibération a duré trois heures et l’accusé a été reconnu coupable de complicité d’actes de torture ou de barbarie aggravés.

Aucun mot de réconfort

Avant de se retirer, la Cour avait recueilli un dernier mot de l’accusé, Nexhmédin Dardha, sans masque pour la première fois depuis le début de son procès, le visage carré à découvert, qui s’est déclaré « innocent » des faits reprochés. Il n’a eu aucun mot de réconfort pour son ex-épouse, absente à l’audience et pour qui « la peur et la douleur sont toujours là », comme l’a précisé le conseil de cette dernière, Me Frédéric Verron, dans sa plaidoirie.

C’est un « criminel qui ne passe pas à l’œuvre lui-même », a-t-il ajouté en reprenant les mots d’une lettre de sa cliente, dénonçant un « agresseur qui peut être n’importe qui et agir n’importe quand ». Des mots qui ont fait écho à ceux prononcés plus tôt dans le réquisitoire de l’avocate générale, Nathalie Hermitte. La magistrate avait demandé aux jurés « de faire porter à la bonne personne le réel poids de la culpabilité », alors que deux hommes de main de l’accusé ont été condamnés en 2009 à dix et cinq ans de prison dans le cadre de cette affaire, lors d’un premier procès. « Il a fait faire les basses besognes à d’autres, plus faibles que lui. Il a utilisé l’autre comme objet, pour ne pas se faire attraper », a-t-elle ajouté, dénonçant la défense de l’accusé « par demi-vérités, mensonges, silences et dénégations ».

Attaquée devant ses filles

Le 14 septembre 2006, l’ex-femme de Nexhmédin Dardha avait été brûlée au deuxième et troisième degrés, au visage et au corps, après avoir reçu un jet d’acide sulfurique par un individu ganté et cagoulé. L’agression s’était déroulée devant chez elle, à Chambéry, sous le regard de ses deux filles.

Immédiatement, l’ex-époux de la victime et père des deux enfants avait été soupçonné d’être le commanditaire de cette agression, depuis l’Albanie où il avait trouvé refuge. L’absence d’accord d’extradition avec la France l’avait protégé jusqu’à son interpellation en 2019 lors d’un voyage en Italie​. Il avait été ramené en France dans le cadre d’un mandat d’arrêt international.

« Une femme à abattre »

Depuis le début de son procès jeudi, l’accusé s’était fait presque taiseux, livrant des « mots sans relief », en opposition à « l’émotion » des professionnels qui ont eu à traiter l’affaire, quatorze ans après les faits, à la barre de la cour d’assises, selon l’avocate générale.

En commanditant le vitriolage de son ex-épouse, « il a dit "je vais t’effacer parce que tu m’as humilié" », avait encore estimé la magistrate dans son réquisitoire, alors que la victime, dont l’accusé avait divorcé en 2004, avait refait sa vie avec un autre homme. Il la considérait comme « une femme à abattre », comme l’avait révélé l’enquête. En 2006, la victime avait déjà porté plainte à deux reprises contre son ex-mari, pour sabotage de son véhicule et menaces de mort. Elle a depuis changé d’identité, comme ses enfants, pour des raisons de sécurité.