Attentat déjoué à Villejuif : « Ce n’est pas ça qui nous rendra Aurélie... » Sid-Ahmed Ghlam condamné à la prison à perpétuité

PROCES Les magistrats de la cour d'assises spéciales ont reconnu coupable cet étudiant Algérien, qui envisageait de commettre un attentat à Villejuif (Val-de-Marne), de l'assassinat d'Aurélie Châtelain en avril 2015

Thibaut Chevillard
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Sid-Ahmed Ghlam comparaissait devant la cour d'assises spéciale de Paris
Sid-Ahmed Ghlam comparaissait devant la cour d'assises spéciale de Paris — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, comparaît depuis le 5 octobre devant la cour d’assises spéciale pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
  • Il est accusé d’avoir tué, en avril 2015, une jeune femme de 32 ans et d’avoir projeté de commettre un attentat dans une église de Villejuif (Val-de-Marne). A ses côtés, neuf autres personnes sont jugées pour l’avoir aidé à des degrés divers.
  • Les juges ont condamné ce jeudi Ghlam a une la prison à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Ses avocats ont fait savoir son intention de faire appel.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Debout dans le box des accusés, tête baissée, Sid-Ahmed Ghlam est resté de marbre à l’annonce du verdict. Après huit heures de délibération, les magistrats de la cour d’assises spéciales l’ont déclaré coupable de l’assassinat d’Aurélie Châtelain, 32 ans, et d’avoir envisagé de commettre un attentat dans des églises de Villejuif (Val-de-Marne) en avril 2015. Suivant  les réquisitions des deux avocates générales, les juges ont condamné cet Algérien de 29 ans à la prison à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans de réclusion et d’interdiction de séjour définitive du territoire français.

« Dans le contexte actuel qui est très difficile pour notre pays, la décision est peut-être compréhensible », concède Me Christian Benoît, l’un de ses quatre avocats qui avaient plaidé l'acquittement. « Comme nous l’avons craint, la décision a été prise sous le coup l’émotion, sous la pression de l’opinion publique mais pas en droit », a fait savoir à la presse Me Gilles-Jean Portejoie, l’un de ses défenseurs, précisant que son client allait faire appel.

Tout au long de son procès, cet ancien étudiant en électronique n’a cessé de clamer son innocence. Selon lui, Aurélie Châtelain aurait été tuée par un certain « Abou Hamza », un mystérieux djihadiste envoyé par ses commanditaires pour l’aider à commettre un massacre dans une église de Villejuif. Mais l’enquête, menée par la DGSI et la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne, n’a jamais permis d’établir formellement  l'implication d'un deuxième homme sur les lieux.

« Je culpabilise et je culpabiliserai toute ma vie »

Ghlam, en revanche, parle sans difficulté du projet d'attentat qu’il envisageait de commettre au nom de Daesh. Mais ses explications pour minimiser ce projet ont peiné à convaincre les magistrats. Il s’agissait, selon lui, de faire irruption dans l’église afin de faire « peur » aux paroissiens. Il aurait renoncé à ce projet, choqué par la mort d’Aurélie Châtelain. Il se serait ensuite volontairement blessé par balle, avec l’arme du crime, à la cuisse pour échapper « aux représailles » de ses donneurs d’ordre qui se trouvaient en Syrie.

Les enquêteurs, eux, pensent plutôt que le coup est parti accidentellement, en essayant de ranger son arme à sa ceinture. Sa blessure l’a contraint à son projet mortifère. Des kalachnikovs, des chargeurs, deux pistolets, un Sig Sauer et un Sphinx, un gilet pare-balles… Un arsenal impressionnant avait été retrouvé dans son véhicule et dans son studio du 13e arrondissement de Paris.

Les enquêteurs avaient aussi retrouvé une déclaration d’allégeance à Daesh. A l’audience, Ghlam a reconnu avoir « adhéré » à « l’idéologie » du groupe terroriste. Il se serait également rendu à deux reprises en Turquie où il a rencontré des hauts dignitaires de l’état islamique. Depuis qu’il est détenu, il affirme être en voie de déradicalisation.

Invité à s’exprimer une dernière fois ce jeudi matin, l’étudiant algérien avait, pour la première fois depuis le début du procès, exprimé des regrets. « Je regrette amèrement mon parcours. Je culpabilise et je culpabiliserai toute ma vie », a-t-il déclaré avant que les juges ne se retirent pour délibérer.

Le père d’Aurélie, Jean-Luc Châtelain, a accueilli la sentence avec soulagement. « C’est quelqu’un d’ignoble, il n’y a pas d’humanité », a-t-il expliqué. Même si Ghlam a écopé de la peine maximale, ce verdict « ne nous satisfera jamais, bien sûr », a-t-il ajouté, visiblement marqué par ce procès qui a duré un mois et demi. « Ce n’est pas ça qui nous rendra Aurélie. »

« Ils se sont excusés sincèrement, ça se sent »

Rabah Boukaouma, accusé de lui avoir fourni des gilets pare-balles, a été condamné à 30 ans de prison dont une période de sûreté des deux-tiers. Ses deux autres complices, Abdelkader Jalal et Farid Brahami, ont été condamnés à 15 et 25 ans de réclusion.

Dans le box, certains ont martelé ce jeudi matin qu’ils n’avaient rien à voir avec les faits et exprimé leur soutien aux proches d’Aurélie Châtelain. « Ils se sont excusés sincèrement, ça se sent », explique le père d’Aurélie, qui est allé voir l’un d’eux pour lui souhaiter « bon courage » en prison. « On a appris à connaître les autres accusés. On sent que, chez eux, il y a de l’humanité. »

La mère d’Aurélie Châtelain, elle, regrette que Ghlam n’ait pas avoué l’assassinat de la jeune femme, ni expliqué ce qui s’était passé le dimanche 19 avril, sur ce parking désert de Villejuif où le corps d’Aurélie a été retrouvé. « On était venu chercher des réponses, souffle Marie-Evelyne Lerouge, en pleurs. J’aurais simplement aimé qu’il dise "oui, c’est moi". Simplement ça, sans chercher plus d’explications, comment ça s’est passé. Juste, "oui, c’est moi". On sait que c’est lui mais aura toujours quelque part dans la tête un petit doute. Mais il ne pourra plus jamais faire de mal autour de lui. »