Seine-Saint-Denis : Un policier de la CSI 93 jugé pour des violences contre un dealer

PROCES Ce fonctionnaire, qui appartient à une unité de police qui a été au cœur d’un scandale sans précédent cet été est également soupçonné d’avoir falsifié la procédure

Caroline Politi

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Un contrôle de la CSI 93 en avril 2020
Un contrôle de la CSI 93 en avril 2020 — Ludovic MARIN / AFP
  • Le procès de ce policier de la compagnie de sécurisation et d’intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93) intervient cinq mois après le scandale qui entoure cette unité. Une quinzaine d’enquêtes visant plusieurs fonctionnaires sont actuellement en cours.
  • Le policier encourt trois ans de prison et 45.000 euros d’amende pour avoir falsifié la procédure lors de l’interpellation d’un dealer. Au cours de celle-ci, le vendeur de drogue aurait été roué de coups et victime de tirs de pistolet à impulsion électrique dans les parties génitales.
  • La CSI 93 devait être dissoute en juillet. Aujourd’hui, elle opère toujours et assure notamment des patrouilles visant à faire respecter le nouveau confinement.

C’est peut-être le premier d’une longue série. Ce jeudi après-midi, un policier de la compagnie de sécurisation et d’intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93), soupçonné d’avoir commis des violences à l’encontre d’un jeune dealer et d’avoir falsifié la procédure, comparaît devant tribunal correctionnel de Bobigny. Un procès qui intervient cinq mois après le scandale qui a entouré cette unité : une quinzaine d’enquêtes, notamment pour des violences, des vols, du trafic et de la détention de drogue ou des falsifications de procédures visant plusieurs fonctionnaires sont toujours en cours.

Cette affaire semble illustrer à elle seule les dérives reprochées à la CSI 93. Retour le 9 août 2019, cité Cordon, à deux pas de la mairie de Saint-Ouen. Ce jour-là, trois policiers interpellent un jeune dealer de 20 ans. Jusque-là, rien de surprenant, ce quartier est connu pour être un haut lieu du trafic de drogue dans la région et la lutte contre les stupéfiants est l’une des principales missions de la compagnie, créée en 2008. Le mis en cause reconnaît d’ailleurs lui-même qu’il se livrait à ce trafic. Dans leur rapport, les policiers indiquent avoir surpris une transaction de drogue et être intervenu dans le cadre d’un flagrant délit. Selon leur récit, l’homme aurait alors opposé une forte résistance, les obligeant à faire usage de la force ce qui expliquerait son visage tuméfié dès son arrivée au commissariat. Trois jours d’incapacité totale de travail (ITT) lui avaient été prescrits.

Une vidéo amateur et des images de vidéosurveillance au cœur de l’enquête

Des propos rapidement contredits par une vidéo amateur filmée depuis les étages d’un immeuble et devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit un policier en civil se battre avec le dealer puis le rouer de coups de poing alors même qu’il est à terre. Un collègue – en tenue – lui donne un coup de pied au niveau de la tête alors qu’il est allongé sur le bitume. La victime assure que les violences se sont poursuivies au commissariat, affirmant avoir été la cible de plusieurs tirs de taser, notamment dans les parties génitales et d’un étranglement. L’homme avait d’ailleurs porté plainte pour « actes de torture et de barbarie ».

Les images de vidéosurveillance sont également venues préciser les circonstances de cette interpellation. Et mettre à mal la version initiale livrée par les fonctionnaires. Il ne s’agirait pas d’une intervention en flagrant délit mais d’un « coup d’achat », au cours duquel le policier se fait passer pour un acheteur de drogue avant d’interpeller le dealer. Ce type d’intervention est prévue par le Code de procédure pénale mais dans un cadre strict et nécessite l’autorisation du parquet. Rapidement mis en examen, le policier encourt trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.

Une unité théoriquement dissoute

En juillet dernier, une autre affaire est venue jeter le trouble sur cette unité, autrefois reconnue, notamment pour son intervention au Bataclan. Quatre autres policiers ont été mis en examen pour des violences volontaires, faux et usage de faux en écriture publique, transport et détention de stupéfiants… après un contrôle d’identité le 30 mai 2019, toujours à Saint-Ouen. Le plaignant, qui sortait du salon de coiffure dans lequel il travaille, affirme que des fonctionnaires de la CSI ont jeté un pochon de cannabis à ses pieds pour justifier son interpellation pour trafic de stupéfiants avant de lui faire une clé d’étranglement et de frapper à plusieurs reprises un témoin qui protestait. Ils avaient ensuite écrit un PV d’intervention fantaisiste mais la scène avait été captée les caméras de surveillance de la boutique et le jet de drogue y apparaît nettement.

Après la mise en examen et la suspension de ces fonctionnaires, le préfet de police, Didier Lallement, a annoncé, courant juillet, la dissolution de la CSI 93 « pour des faits extrêmement graves ». Une dissolution qui reste pour l’heure théorique. Une partie des unités est encore déployée sur le terrain et participe notamment aux patrouilles visant à faire respecter le nouveau confinement. La préfecture de police parle d’ailleurs désormais d’une « refonte de cette entité » ou d’une « réorganisation visant à modifier les modes d’action et à renforcer le pilotage et le commandement de terrain ». Quant à savoir quand elle aura lieu, là encore, difficile de le savoir précisément. « Une phase d’échange » vient d’être engagée et s’étalera tout au long du mois, indique-t-on à 20 Minutes, sans plus de détail.