Intrusion au ministère de Griveaux : Jusqu’à 18 mois de prison requis contre des « gilets jaunes »

PROCES Le tribunal rendra son jugement le 27 novembre

20 Minutes avec AFP

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La porte du ministère de Benjamin Griveaux après les dégradations de janvier 2019
La porte du ministère de Benjamin Griveaux après les dégradations de janvier 2019 — LIONEL URMAN/SIPA

Des dégradations aussi symboliques que médiatisées. Des peines allant jusqu’à 18 mois d’emprisonnement ont été requises jeudi à l’encontre de cinq « gilets jaunes » jugés pour l'intrusion en 2019 au sein du ministère de l'ex-porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Le 5 janvier 2019, les images de la porte du ministère défoncée par une foule de manifestants avec un chariot élévateur avaient marqué un tournant dans le mouvement social, un mois après le saccage de l’Arc de Triomphe. Evacué de son bureau, Benjamin Griveaux avait dénoncé immédiatement « une attaque inadmissible contre la République ».

Pendant deux jours, le tribunal a tenté de démêler les responsabilités de chacun des cinq prévenus en visionnant de nombreuses vidéos de cette scène confuse, souvent filmée par les manifestants eux-mêmes. On y voit la foule s’affairer autour de l’engin, stationné non loin du ministère, avant son démarrage dans des circonstances confuses. Plusieurs personnes grimpent ensuite sur le véhicule qui force l’entrée du bâtiment sous les vivats.

« Je me sens idiot et bête »

A la barre, les prévenus, qui n’habitent pas Paris, ont tous assuré s’être laissé entraîner par « l’effet de foule » et ignorer qu’ils s’en prenaient à un ministère, classé aux monuments historiques. « Je me sens idiot et bête », a confessé Romain M., le conducteur du transpalette, en réitérant ses regrets jeudi. C’est contre lui que le procureur a demandé la peine la plus lourde : 18 mois d’emprisonnement, dont six avec sursis probatoire.

« Ce qui s’est passé, c’est le résultat de la volonté de destruction de quelques-uns et de l’impunité garantie par la foule d’autre part », a estimé Pascal Besnier dans ses réquisitions, en réclamant pour tous les prévenus une interdiction de manifester d’un an et l’obligation pour quatre d’entre eux de rembourser les dégâts qui excèdent les 100.000 euros.

Romain M. a servi « d’idiot du village » pour conduire un engin qu’il n’a pas démarré, a argué son avocat, Me Manuel Abitbol, en réclamant la clémence du tribunal. Près de deux ans après les faits, le mouvement des « gilets jaunes » s’est « essoufflé », et prononcer des condamnations sévères pour maintenir l’ordre public n’est selon lui « plus nécessaire ».

« Une condamnation pour tous »

Contre les autres prévenus, trois hommes âgés de 23 à 37 ans et une femme de 48 ans, le procureur a requis des peines allant de 10 mois de prison avec sursis à 18 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire. Ils ont chacun « une responsabilité pénale » dans le vol de l’engin de chantier, a-t-il estimé. En grimpant sur le chariot ou en klaxonnant avec, ils se sont comportés en « propriétaires momentanés » de l’engin, selon Pascal Besnier. Le procureur a également estimé que certains avaient « encouragé » les dégradations par leur attitude enthousiaste.

En face, la défense a fustigé « des poursuites indigentes » et réclamé leur relaxe, hormis pour Kevin L., un intérimaire de 30 ans filmé en train de s’attaquer aux vitrines des banques près du ministère. « Quand on ose vous dire que monter sur le chariot […] c’est le voler, c’est d’une mauvaise foi incroyable », s’est indigné Martin Mechin, l’avocat de Jonathan B., un ouvrier polisseur de 37 ans. « On peut se réjouir d’un événement, […] ça ne fait de vous ni un complice, ni un auteur ».

Si le parquet souhaite « une condamnation pour tous », c’est « parce qu’il n’est pas question de se dédire » dans cette procédure « scandaleuse », initiée sous la « pression médiatique » et entachée d’irrégularités, a estimé l’avocat.

« Vingt-cinq OPJ qui n’ont pas été requis pour Jérôme Rodrigues »

En presque deux ans, le procès a été renvoyé cinq fois, notamment à cause de vices de procédure. « Une fois qu’on a écarté les symboles, on parle d’un bout de bois et d’une vitrine de banque », a ajouté l’avocat du plus jeune des prévenus, Bérenger T., en soulignant que le parquet a employé « 25 OPJ (officiers de police judiciaire) » pour l’enquête. « Vingt-cinq OPJ qui n’ont pas été requis pour aller chercher l’œil de Jérôme Rodrigues », figure des « gilets jaunes » éborgné par un tir de LBD, s’est-il indigné.

Le tribunal rendra son jugement le 27 novembre.