Mort du petit Kenzo : Comment un couple a-t-il pu sombrer dans l'horreur ?

PROCES La maman du défunt, et son ex-compagnon, comparaissent devant les assises de l'Hérault, jusqu'à vendredi

Nicolas Bonzom

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Aux assises de l'Hérault (illustration)
Aux assises de l'Hérault (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La maman d’un enfant de 2 ans, mort en 2017 après avoir subi de nombreuses violences, et son beau-père, sont jugés jusqu’à vendredi aux assises de l’Hérault.
  • La jeune femme accuse son ex-compagnon d’avoir provoqué la mort du bébé.
  • Le beau-père, qui a déjà condamné à de la prison ferme pour des violences avec arme, nie les faits qui lui sont reprochés, et rejette la responsabilité sur son ex-copine.

A la cour d’assises de l’Hérault,

Il est calme, laconique. Elle, en revanche, s’agite, bouge ses jambes nerveusement, et invective la cour. Ces deux-là, qui formaient encore un couple il y a quelques années, sont désormais séparés par un policier, dans le box des accusés. Ils ne s’adressent plus aucun regard, ou presque. Ils écoutent, devant les assises de l'Hérault, le récit de leurs longs mois d’errance. Et celui de l’agonie du petit Kenzo, qui n’avait pas encore deux ans, dans une chambre d’hôtel, à Lunel, le 14 février 2017.

Jusqu’à vendredi, ils sont tous les deux jugés pour la mort de ce petit garçon. Teddy, son beau-père, est accusé de l’avoir torturé, et tué, le soir de la Saint-Valentin. Son ex-compagne, Angelina, la maman du petit défunt, est poursuivie, notamment, pour complicité de tortures, non-dénonciation de mauvais traitements et de crime, et non assistance à personne en danger. Ils devront aussi répondre de violences habituelles sur la victime. « C’est dur d’être dans le même box que lui », a lâché Angelina, ce mardi.

Kenzo était victime de violences régulières

Mais comment ce couple, aux vies, certes, cabossées, a-t-il pu sombrer dans l’horreur ? La maman de Kenzo, 23 ans, est la cinquième enfant d’une famille qui en compte neuf. Au médecin expert qui l’avait interrogée, elle avait décrit un passé malheureux, avec un père dont elle n’a jamais rien su, et une mère qui ne s’est jamais occupée d’elle. L’enfance de la jeune femme, dont le niveau scolaire est fragile, sera ainsi ponctuée de placements successifs dans des foyers ou des familles d’accueil, dont elle a, plusieurs fois, fugué. Très jeune, elle a connu la drogue, la prostitution. A 17 ans, elle tombe enceinte. Elle donne naissance à Kenzo, mais se sépare rapidement du papa.

La jeune femme rencontre, chez des amis communs, celui avec qui, jusqu’à vendredi, elle partage le box des accusés. « Il m’a pris sous son aile, m’a dit qu’il ne me laisserait pas tomber », a confié Angelina, ce mardi. Ensemble, ils vivront sans toit fixe, en échappant aux radars des services sociaux. « C’était entre l’hôtel, la voiture, l’hôtel, la voiture », a-t-elle raconté. C’était lui qui payait les chambres. Elle promet qu’elle voulait tout faire pour que le bébé ait une vraie mère. Mais les SMS et les coups de téléphone entre elle et lui, relevés par les enquêteurs, laissent penser que Kenzo était victime, régulièrement, de violences graves. De l’un, comme de l’autre. Jusqu’à l’impensable.

Brûlé au troisième degré

Le 15 décembre 2016, Teddy est soupçonné d’avoir fait mine d’écraser l’enfant avec une voiture, sur un terrain vague, en le déposant, alors qu’il n’est qu’en couche-culotte, sous les roues du véhicule, les phares allumés. Ce soir-là, Angelina filme la scène. Mais elle assure n’avoir pas compris tout de suite ce qu’il se tramait. En janvier 2017, le bébé est amené aux urgences de Bagnols-sur-Cèze (Gard), puis au CHU de Montpellier, après avoir été brûlé au troisième degré au pouce gauche, avec un briquet.

Et le 14 février 2017, l’horreur atteint son paroxysme. Un huit-clos sordide se joue, ce soir-là, dans un hôtel de Lunel. Les secours avaient été appelés par le couple. De nombreuses lésions, des coups, des morsures et des traces de brûlures d’époques différentes avaient été constatés sur l’enfant. Son beau-père est soupçonné d’avoir tenté de le noyer. Dans les toilettes et le lavabo, a raconté ce mardi sa mère.

« Je me suis mise à crier »

En sanglots, la jeune femme accuse également Teddy d’avoir asséné à son fils des coups de poing et de coups de pied. Ce jour-là, le petit Kenzo n’a pas survécu. « Il [l’accusé] est sorti, je suis sortie, [l’enfant] était dans mes bras, ses yeux se sont révulsés, je me suis mise à crier », a raconté Angelina. L’autopsie avait alors conclu à un « gravissime traumatisme abdominal », qui a provoqué un éclatement du foie, ne laissant à l’enfant que quelques dizaines de minutes de vie. Pourquoi n’a-t-elle rien fait, cette fois-là, et toutes les fois précédentes ? Pourquoi n’a-t-elle pas protégé son fils ?, s’est interrogée la cour mardi. La jeune femme s’est dite incapable d’intervenir, face à des violences croissantes de la part de son compagnon, accuse-t-elle, sur elle-même et le petit garçon. « J’avais peur de lui », a-t-elle noté, en comparant sa carrure à la sienne.

Teddy, de son côté, dont le père était, a-t-il raconté au médecin expert qui l’a interrogé, alcoolique et violent, nie les faits qui lui sont reprochés. Le trentenaire rejette la responsabilité de la mort de Kenzo sur son ex-compagne. Présenté comme un « consommateur habituel de cannabis », ce maçon de 35 ans, dont le casier judiciaire comporte cinq condamnations, dont l’une à deux ans de prison ferme pour violences avec arme, a assuré aux assises, lundi, qu’il n’était « pas violent du tout ».

« Un crime invraisemblable »

« On m’accuse d’un crime invraisemblable, moi qui adore les enfants », s’est défendu devant la cour d'assises de l'Hérault le trentenaire, ce mardi, assurant qu’il « aimait » Kenzo. Il a indiqué n’avoir jamais levé la main sur lui. Ni sur elle.

Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son ex-compagne risque vingt ans de prison. Pour aucun d’eux, l’expert qui est intervenu à la barre n’a opposé d’altération du discernement au moment des faits. Ensemble, l’ex-couple a eu un enfant, qui est né alors qu’Angelina était écrouée, en 2017. Le bébé a été placé dans une famille d’accueil.