Pilule troisième génération : « J’espère qu’il y aura un procès », lance Marion Larat, huit ans après sa plainte contre Bayer

COMBAT JUDICIAIRE La bordelaise Marion Larat a été la première Française à déposer plainte contre Bayer en 2012 après un AVC attribué à la prise de sa pilule Méliane

Elsa Provenzano

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La plainte de Marion Larat déposée contre Bayer est une première en France.
La plainte de Marion Larat déposée contre Bayer est une première en France. — afp.com
  • La bordelaise Marion Larat a été la première Française à déposer plainte contre Bayer en 2012 après un AVC imputé à la prise d'une pilule Méliane. 
  • Elle est lourdement handicapée après un AVC que l’Oniam reconnait, en accédant à sa demande d’indemnisation, en lien avec la prise de sa pilule troisième génération. 
  • Marion Larat espère qu’il y aura un procès pour que les laboratoires soient mis face à leurs responsabilités, notamment d’information vis-à-vis de possibles surrisques.

« Je ressens un peu de colère quand même, c’est très long », réagit Marion Larat auprès de 20 Minutes après l’annonce, cet automne, de l’ouverture d’une instruction, huit ans après sa plainte contre Bayer et l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), la première en France émanant d’une victime de la pilule 3e génération.

La jeune femme aujourd’hui âgée de 33 ans a été victime en 2006, d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qu’elle attribue à la prise de la Méliane, pilule de troisième génération. Elle devrait être auditionnée par un juge d’instruction d’ici la fin de l’année. L’ouverture de l’instruction va permettre à son avocat, Jean-Christophe Coubris, de demander des expertises et de « mieux identifier d’éventuelles responsabilités de ces laboratoires », précise le conseil.

Un combat judiciaire éprouvant

Sa première action au pénal remonte à décembre 2012. « Le Parquet a été saisi, et a réfléchi à l’opportunité d’ouvrir une instruction (normalement il prend entre 15 jours à six mois) là, il a réfléchi pendant cinq ans », pointe son avocat. Au bout de cinq ans, le Parquet a classé sans suite. C’est à ce moment-là, en 2017, que Marion Larat a déposé une plainte avec constitution de partie civile. « Normalement, cela déclenche l’ouverture d’une instruction. Mais dans ce cas, le juge d’instruction et le parquet ont refusé d’ouvrir l’instruction, c’est cela que j’ai contesté devant la chambre de l’instruction ». Deux ans plus tard elle a donné raison à la plaignante avec une ouverture de l’instruction en juillet 2020.

Actuellement, elle subit au quotidien les séquelles de cet accident. « Je fais des crises d’épilepsie, j’ai une main qui ne fonctionne pas bien, et l’aphasie me plombe beaucoup, décrit la jeune femme dans un langage un peu haché. Je suis reconnue handicapée à 80 % ». Malgré ses problèmes de santé, elle tient à continuer cet éprouvant combat judiciaire.

« Lorsqu’on avait eu dans le cadre d’une expertise civile, un rapport qui mettait en évidence le lien d’imputabilité entre la prise de pilule et son AVC, elle aurait pu prendre un circuit beaucoup plus court et se faire indemniser très vite devant une juridiction civile, raconte son avocat. Elle ne l’a pas voulu pour un intérêt collectif, pour donner priorité à une action pénale. » Celle-ci a permis de médiatiser l’affaire et de faire chuter de plus de 50 % la vente des pilules de 3e et 4e générations et d’œuvrer « pour qu’il n’y ait plus de prescription en première intention car le danger c’est quand vous êtes en contact pour la première fois avec ce moyen de contraception », ajoute-t-il.

Une indemnisation un peu exceptionnelle

Le 2 septembre 2020, le tribunal judiciaire a condamné l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) à verser à la jeune femme 4,5 millions d’euros d’indemnisation et une rente de 25.000 euros par an. « C’est une juste compensation, la carrière de Marion Larat s’annonçait brillante, relève son avocat. Elle avait terminé hypokhâgne et juste avant son AVC, elle rentrait à HEC Montréal. »

Une décision qui vaut, pour la défense, reconnaissance par les juges civils d’un lien entre la prise de sa pilule et son AVC. « Sur ce point, il n’y a plus du sujet, estime maître Jean-Christophe Coubris. Mais on veut montrer qu’il est du devoir des laboratoires de donner une juste information, sur le fait qu’il y ait un surrisque de faire un AVC ou une embolie pulmonaire. A l’époque, cela n’était même pas indiqué dans la longue liste des effets indésirables. »

« J’espère qu’on va déboucher sur un procès à un moment ou un autre, glisse Marion Larat. Pour moi c’est fini, d’une certaine façon mais les jeunes femmes doivent être au courant des risques qu’elles encourent, ce n’est pas une fatalité que certaines meurent ».

A ce jour, 340 dossiers en lien avec les pilules de 3e et 4e générations sont ouverts au sein du cabinet de maître Coubris. Parmi ces victimes, une centaine présente des séquelles et quatre d'entre elles sont décédées. « J’ai bon espoir de nourrir la procédure pénale dès lors qu’il y aura des mises en examen », conclut l’avocat.