Loiret : Un « gilet jaune » licencié par Amazon gagne son procès aux prud’hommes

INDEMNISATION Les prud’hommes d’Orléans ont reconnu que le licenciement du salarié était « sans cause réelle et sérieuse »

20 Minutes avec agences

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Illustration d'un gilet jaune siglé du mot Révolution
Illustration d'un gilet jaune siglé du mot Révolution — Ella_87/Pixabay

Le licenciement pour faute grave d’un employé du site Amazon de Saran (Loiret) qui avait lancé un appel au blocage de l’entreprise, fin 2018, a été reconnu ce lundi « sans cause réelle et sérieuse » par le conseil des prud’hommes d’Orléans, selon un jugement. Les prud’hommes ont aussi condamné le géant américain à verser à son ancien salarié 15.000 euros de dommages et intérêts, ainsi que plus de 6.000 euros d’indemnités de préavis, de licenciement et de compléments de salaire.

Le 18 novembre 2018, l’employé avait lancé un message sur le groupe Facebook intitulé « nous gilets jaunes », suivi par 29.000 abonnés, et suggéré le « blocage de l’entrepôt » à la veille d’une période où l’entreprise est au maximum de ses capacités. « Pour frapper un grand coup et nuire à l’économie, blocages des entrepôts Amazon. La semaine du Black Friday commence demain et c’est encore les plus aisés qui vont en profiter », avait alors écrit l’employé.

« La gravité des faits n’est pas avérée »

Il avait reçu les jours suivants une lettre de convocation reprenant les termes de son message et dénonçant une faute grave, avant d’être licencié sans indemnité quelques semaines plus tard. Selon le jugement, « ce message vise plutôt le système économique et les inégalités sociales », « dans un contexte passionnel national ». Le salarié « ne dénigre pas la société dans laquelle il travaille ».

Même si Amazon estime que le salarié n’avait pas à publier ce message par souci de loyauté envers son employeur, « la gravité des faits n’est pas avérée » objectivement, est-il écrit dans le jugement. Si les faits reprochés « peuvent être répréhensibles, ils ne peuvent en aucun cas justifier une procédure de licenciement pour faute grave », selon le conseil des prud’hommes.

« Nous voulions que la justice dise qu’un salarié peut appeler à manifester devant son entreprise », a réagi l’avocat du salarié. « A partir du moment où l’on reste sur la voie publique, on a le droit de manifester. Bloquer la circulation, c’est l’objet même d’une manifestation. Amazon a cru qu’il pouvait privatiser l’espace public », a-t-il estimé.