Rennes : Douze mois avec sursis pour les deux policiers ayant tué une piétonne

PROCES La jeune femme avait été fauchée alors qu'elle traversait de nuit sur un passage protégé

C.A. avec AFP

— 

Illustration d'un véhicule de police, ici près de Rennes.
Illustration d'un véhicule de police, ici près de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes

Huit et dix mois de prison avec sursis. C’est ce qu’avait requis mardi le procureur adjoint de la République de Rennes à l'encontre de deux policiers expérimentés jugés pour un accident mortel. Le tribunal correctionnel s'est montré plus sévère, condamnant les deux agents à douze mois de prison avec sursis. Le 9 janvier, les deux hommes avaient mortellement percuté une jeune femme qui traversait sur un passage piéton de l’avenue Sergent-Maginot. Alors qu’elle rentrait chez elle, Maëva, jeune accompagnatrice scolaire de 21 ans, avait été fauchée vers 00h30 par un véhicule banalisé de la brigade cynophile. Projetée à plusieurs mètres, elle avait succombé à ses blessures.

Sur le banc des accusés, les deux policiers ont tenté de justifier l’urgence de leur intervention, eux qui avaient été appelés en renfort à Villejean, un quartier populaire de Rennes. « Que des collègues ne soient que deux dans un quartier où on est mal accueilli, oui, ça justifie d’accélérer », a ainsi estimé Francis, l’un des prévenus affichant 30 ans de carrière. « Il n’y a pas d’évocation d’une urgence, d’un danger vital ou d’un risque d’émeute », a fait remarquer le président du tribunal, en rappelant qu’il s’agissait d'« une découverte d’éventuels consommateurs de cannabis » dans « un hall d’immeuble ».

« Non, ce n’est pas une fatalité »

Or, les policiers ne peuvent déroger au Code de la route qu’en cas d’urgence « sous réserve de ne pas mettre en danger les autres usagers ».

« Non, ce n’est pas la fatalité. Maëva devrait être de ce monde et sa famille n’aurait rien à faire ici », a estimé le procureur adjoint Jean-Marie Blin, dans son réquisitoire. Mais « c’est une faute d’imprudence qui leur est reprochée. Ce n’est pas un abus scandaleux de leurs prérogatives ». Un autre jeune homme de 23 ans avait été gravement blessé dans la collision.

« Le deux-tons, on le met rarement la nuit »

Le rapport d’expert cité à l’audience a confirmé ce que les enquêteurs avaient expliqué après l’accident. Les deux policiers, qui roulaient entre 67 km/h et 72 km/h, n’avaient pas vu les piétons traverser, ces derniers étant masqués derrière un bus. Le magistrat a aussi souligné que les policiers avaient actionné leur gyrophare – que les témoins n’ont pas vu — mais qu’ils n’avaient pas fait usage de leur sirène « deux tons ». « Le deux tons, on le met rarement la nuit parce que ça réveille tout le monde, ça fait du bruit, ça fait peur aux gens », s’est défendu le conducteur. La peine maximale encourue est de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende.