Terrorisme : Le profil atypique de Farid Ikken jugé pour avoir attaqué des policiers avec un marteau

PROCES La radicalisation de cet homme, décrit comme brillant mais isolé, a stupéfié son entourage

Caroline Politi

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Notre-Dame en mars 2017.
Notre-Dame en mars 2017. — Yasushi Kanno/AP/SIPA
  • Le 6 juin 2017, Farid Ikken a frappé avec un marteau un policier en patrouille devant Notre-Dame.
  • L’homme a nié avoir cherché à le tuer mais a indiqué qu’il souhaitait attirer l’attention sur le déploiement de l’armée française en Syrie et en Irak.
  • Il encourt trente ans de réclusion criminelle.

Ancien journaliste, interprète en langue arabe et suédoise, doctorant… et jugé à partir de ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris pour tentative d’assassinat à caractère terroriste. C’est peu dire que le profil de Farid Ikken, érudit Algérien de 43 ans, installé en France depuis 2014, détonne parmi les djihadistes passés à l’acte depuis cinq ans. L’affaire remonte au 6 juin 2017. Il est près de 16 h 20 lorsque cet homme aux traits anguleux, silhouette fine et cheveux ras, arrive, après avoir erré de longues heures dans les rues de la capitale, sur le parvis de Notre-Dame.

Au milieu de la foule présente cet après-midi-là, il repère trois policiers, en patrouille près de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu. Armé d’un marteau qu’il tient de ses deux mains, il se précipite vers l’un d’eux en hurlant « c’est pour la Syria » et lui assène un coup à l’arrière du crâne. La victime a tout juste le temps de se recroqueviller, alerté par le hurlement de sa collègue. Alors que Farid Ikken menace de le frapper à nouveau, un des fonctionnaires riposte, le blessant au thorax. Mais l’homme reste debout, continue d’avancer en direction du policier blessé, criant en arabe. Ce dernier parvient à se relever et tire à son tour, stoppant cette fois l’assaillant. « Sans le cri de sa collègue et le réflexe de mon client qui a tiré au moment où il a vu Ikken réarmer son bras, le bilan aurait sans doute été bien plus lourd », insiste Me Thibaut de Montbrial, l’avocat d’un des trois policiers.

« C’est l’heure de la vengeance »

Lors de ses différentes auditions, Farid Ikken, dont le casier est vierge, a réfuté avoir eu l’intention de tuer, affirmant avoir frappé « mollement » sa victime. Celui qui se présente comme un « moudjahidin » explique avoir voulu attirer l’attention sur la situation en Syrie et en Irak et dénoncer l’intervention de l’armée française sur ce terrain. Les enquêteurs ont néanmoins découvert une vidéo enregistrée le matin même en arabe, kabyle et français dans laquelle il revendique son appartenance au groupe terroriste Etat islamique et fait part de son intention de passer à l’acte. « C’est l’heure de la vengeance, c’est l’heure du djihad », répète-t-il à plusieurs reprises.

Sur l’application cryptée Telegram, il a également fait part de son intention de « réaliser une opération », pour faire baisser « la pression sur [ses] frères du Califat », sans en préciser la teneur. Lors de son interpellation, outre le marteau, deux couteaux de 26 et 18 centimètres ont été retrouvés sur le mis en cause.

Si les juges d’instruction ont noté une « adhésion sans faille aux thèses et à l’idéologie » du groupe terroriste, l’annonce de sa radicalisation a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans son entourage. « C’est tellement incompréhensible, cette attitude est diamétralement opposée aux idéaux que je lui connais », confie aux enquêteurs son directeur de thèse.

« Pétage de plomb dû à son isolement »

Farid Ikken, originaire de Béjaïa, en Algérie, a grandi dans une famille aisée et peu pratiquante. Avant d’arriver en France, en 2014, pour son doctorat en sciences politique, ce benjamin d’une famille de onze enfants a vécu une dizaine d’années en Suède. Il y a d’abord étudié les langues, puis s’est tourné vers le journalisme. Après un bref mariage, il rentre en Algérie en 2011, lance sa propre plateforme d’information puis collabore avec le prestigieux quotidien El Watan. De lui, ses collègues se souviennent d’un homme « cultivé » et « ouvert d’esprit ».

Quand Farid Ikken a-t-il basculé vers l’islam radical ? Lui, fait remonter son engagement religieux à 2011 mais indique que sa pratique s’était intensifiée une dizaine de mois avant son passage à l’acte. Incarcéré, il refuse toujours de voir une femme médecin ou de participer aux activités. Pour tenter de comprendre sa radicalisation, ses proches pointent la vie qu’il menait depuis son arrivée en France. Sa thèse piétinait, il vivait seul dans un petit studio, n’avait pratiquement aucune relation sociale. Son seul ami connu attribue ainsi son geste à un « pétage de plomb dû à son isolement social ». Farid Ikken encourt trente ans de réclusion criminelle.