Amiens : « Ce sont les oiseaux les plus recherchés »... Trois hommes jugés pour le vol de 120 canards

PROCES Ils sont suspectés d’avoir volé ces canards élevés pour attirer les oiseaux migrateurs en direction des chasseurs

Thibaut Chevillard

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Illustration d'un canard.
Illustration d'un canard. — K.KUDRYAVTSEV / AFP
  • Trois hommes comparaissent vendredi devant le tribunal correctionnel d’Amiens pour le vol de 120 canards siffleurs.
  • Ces canards, utilisés pour la chasse, sont très prisés des voleurs. Un couple coûte environ 70 ou 80 €.
  • Ce phénomène est loin d’être récent : en 2013, déjà, un député alertait les ministres de l’Intérieur et de la Justice sur le sujet.

Au temps du far West, les voleurs de chevaux étaient traduits en justice. En Picardie, ce sont les voleurs de canards qui sont poursuivis devant les tribunaux. Trois hommes soupçonnés d’avoir dérobé, entre décembre 2019 et mars 2020, environ 120 palmipèdes comparaissent, ce vendredi matin, devant le tribunal correctionnel d'Amiens. Agés de 23, 25 et 42 ans, ils ont été interpellés en avril dernier par les gendarmes de la brigade de recherches d’Abbeville (Somme) qui ont recensé cinq victimes du côté de Cayeux-sur-Mer, Arrest et Noyelles-sur-Mer.

Le préjudice financier n’est pas très important, environ 3.800 € au total. Mais pour certains habitants de cette région de chasse, « c’est toute une vie, leurs canards », confie l’un d’eux. Les premiers vols ont été signalés aux gendarmes de Saint-Valery-sur-Somme fin 2019. « En général, quand il y a des canards de volés, ce sont ce qu’on appelle des sauvagines, c’est-à-dire des canards siffleurs ou des sarcelles », explique à 20 Minutes Roger Catez, président de l'association chasse maritime du calaisis.

21 canards retrouvés

Ces canards sont élevés pour appeler les oiseaux migrateurs qui passent au-dessus de la baie de Somme et les inciter à se poser dans une mare… où, bien évidemment, les attendent des chasseurs cachés dans une hutte. « Ce sont les oiseaux les plus recherchés par les voleurs, poursuit Roger Catez. Le couple coûte environ 70-80 €, facilement, voire un peu plus. »

Quand ils ne servent pas à la chasse, ils sont enfermés par leurs propriétaires dans de grands parcs. « Mais avec une buchotte de pêcheur [une barque], ça s’attrape facilement », souffle le chasseur. Avant d’ajouter : « Ils font du repérage car il faut connaître l’endroit. »

« Des membres de leur famille »

Mi-avril, un renseignement mène les enquêteurs sur la piste des trois suspects qu’ils interpellent dans la foulée. Parmi eux, deux chasseurs de la région. En perquisitionnant leurs domiciles, les gendarmes ont retrouvé 21 canards ainsi qu’une batterie de clôture électrique qui appartient à l’une des victimes. Selon une source proche du dossier, les trois hommes ont reconnu les faits en garde en vue.

Ces faits sont loin d’être isolés dans la région. En 2013, le député socialiste Jean-Claude Buisine avait même alerté le ministère de l'Intérieur et la Chancellerie sur ce sujet. « Chaque année, environ 200 vols d’appelants ont lieu en Picardie, ce qui représente un préjudice de 500 000 €. Peu d’affaires sont résolues et quand elles le sont, les peines prononcées sont ridicules ou inadaptées », écrivaient-ils aux deux ministres. « Le préjudice moral est systématiquement écarté ou oublié. Et pourtant les chasseurs-éleveurs considèrent leurs appelants comme des membres de leur famille. »