Meurtre de Sophie Toscan du Plantier : Ian Bailey sera-t-il extradé vers la France pour être jugé ?

COLD CASE Suspect principal du meurtre de Sophie Toscan du Plantier en 1996, le Britannique Ian Bailey pourrait être remis aux autorités françaises si la Haute Cour de Dublin le décide ce lundi

Vincent Vantighem

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Dublin, le 17 Juillet 2020. Ian Bailey arrive à la Haute cour pour une audience.
Dublin, le 17 Juillet 2020. Ian Bailey arrive à la Haute cour pour une audience. — PAUL FAITH / AFP
  • Le 23 décembre 1996, Sophie Toscan du Plantier était retrouvée morte, le crâne défoncé, en contrebas de sa maison de Schull, à la pointe sud de l’Irlande.
  • Suspecté depuis le départ, Ian Bailey n’a jamais été remis aux autorités françaises pour être jugé. Il n’a cessé de clamer son innocence.
  • Condamné par défaut à 25 ans de prison en France, il pourrait finalement être extradé, si la Haute Cour de Dublin en décide ainsi ce lundi.

Sculpture sur bois et jardinage dans son potager. A 63 ans, Ian Bailey occupe ses vieux jours comme il peut sur les landes de Schull, à la pointe sud de l’Irlande. Mais cet ancien journaliste raté, poète et joueur de bodhran à ses heures, sait bien que sa quiétude est extrêmement fragile. Près de 24 ans après les faits, il demeure le principal suspect du meurtre de Sophie Toscan du Plantier.

Ce lundi, la Haute Cour de Dublin pourrait d’ailleurs valider le mandat d’arrêt européen émis par la France pour que soit enfin extradé cet homme, qui n’a cessé de clamer son innocence et de critiquer sa mise en cause puis sa condamnation par la justice française. 20 Minutes fait le point complet sur toute cette affaire…

  • Comment Sophie Toscan du Plantier est-elle morte ?

Épouse de l’ancien producteur de cinéma et patron de Gaumont Daniel Toscan du Plantier, Sophie est retrouvée morte le matin du 23 décembre 1996 en contrebas de sa maison de Schull, dans le comté de Cork. Son crâne a été défoncé à coups de pierres, de bottes et d’un parpaing de 40 kilos. Mais, à l’époque, les enquêteurs n’ont relevé aucune trace. Sans doute parce qu’il a fallu plus de trente heures au médecin légiste pour accéder au corps conservé sous une bâche en plastique alors que la pluie redoublait dans ce coin perdu d’Irlande.

  • Pourquoi Ian Bailey fait-il office de principal suspect ?

Ian Bailey fait très rapidement office de principal suspect. D’abord, parce qu’il est le premier à arriver sur les lieux du crime, ce matin-là. Et aussi parce que, journaliste en quête de reconnaissance, il tente de vendre des scoops aux journaux du coin sur l’affaire en révélant des détails que seuls les enquêteurs sont censés connaître.

Surtout, ce Britannique traîne une réputation de gars violent et alcoolique sur les bords. Du genre à parler du « cul serré » de Sophie Toscan du Plantier quand il la croise à l’épicerie, ou à confier à un ami qu’il est « allé trop loin avec elle », un soir où il a trop bu.

  • Pourquoi n’a-t-il jamais été remis aux autorités françaises ?

Placé deux fois en garde à vue par la police irlandaise, Ian Bailey n’a jamais été mis en examen. Ce qui n’a pas empêché la justice française de le réclamer. Mais, à deux reprises en 2012 et 2017, il a échappé à une extradition. Pas de quoi arrêter le cours de la justice qui a fini par organiser un procès par défaut en mai 2019 à Paris. Procès à l’issue duquel il a été condamné à 25 ans de prison.

  • Pourquoi pourrait-il être remis à la France cette fois-ci ?

En 2012 et en 2017, Ian Bailey avait échappé à un voyage en France où il était attendu pour répondre aux questions d’un juge. Cette fois-ci, les choses sont différentes. C’est pour répondre à sa condamnation par la cour d’assises de Paris qu’il est réclamé. « Ce lundi, la Haute Cour peut donc encore décider de demander un complément d’information ou de renvoyer le dossier vers la Cour de justice de l’Union européenne, explique Alain Spilliaert, avocat de la famille de Sophie Toscan du Plantier. Sinon, la Haute Cour peut valider ou pas la remise à la France. »

  • Que se passera-t-il si Ian Bailey est remis à la France ?

Comme la procédure le lui permet, le Britannique pourra bénéficier d’un autre procès, en sa présence cette fois. Condamné à 25 ans de réclusion criminelle par défaut, il aura tout le loisir de se défendre. « Mais cette fois-ci, nous pourrons quand même nous appuyer sur le premier procès et notamment sur la feuille de motivation de dix pages qui a conclu à sa culpabilité », poursuit Alain Spilliaert. Ce que Ian Bailey avait qualifié de « parodie de justice »…