Attentat manqué de Villejuif : A son procès, Sid-Ahmed Ghlam tente de convaincre de la sincérité de son repentir

PROCES Jugé pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste », Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, a répondu ce mercredi aux questions de la présidente sur son parcours, de son enfance à son arrestation en avril 2015

Thibaut Chevillard
— 
Sid-Ahmed Ghlam comparait depuis lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris
Sid-Ahmed Ghlam comparait depuis lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, comparait à partir de lundi devant la cour d’assises spéciale pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
  • Il est accusé d’avoir tué, en avril 2015, une jeune femme de 32 ans et d’avoir projeté de commettre un attentat dans une église de Villejuif (Val-de-Marne). A ses côtés, neuf autres personnes sont jugées pour l’avoir aidé à des degrés divers.
  • Ce mercredi, la présidente lui a posé des questions sur son parcours et a tenté de comprendre comment cet ancien étudiant en informatique s’était radicalisé.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Assis sur le banc des parties civiles, Jean-Luc Châtelain a du mal à contenir son émotion. Sa fille, Aurélie, aurait fêté ce mardi 7 octobre ses 38 ans. Le poing serré, il ne peut s’empêcher de fixer l’homme qui se trouve à quelques mètres de lui, dans le box des accusés, et qui est notamment jugé pour l’assassinat de cette mère d’une fillette de 4 ans, en avril 2015, à Villejuif ( Val-de-Marne). Le masque sous le nez, emmitouflé dans une doudoune noire, Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, répond laborieusement aux questions de la présidente, Xavière Simeoni. La magistrate tente, depuis le début d’après-midi, de mieux cerner le parcours de ce jeune homme qui envisageait de commettre un attentat au nom de Daesh dans une église mais qui nie avoir tué cette professeure de fitness originaire du nord de la France.

Les cheveux bruns, les sourcils épais, Sid-Ahmed Ghlam a grandi en Algérie, avec ses frères et sœurs, dans une famille musulmane « par tradition, par culture ». Il n’avait que 10 ans quand ses parents ont quitté le Maghreb pour s’installer en France du côté de Saint-Dizier ( Haute-Marne), où se trouvait déjà une partie de ses proches. Après un bac S, obtenu assure-t-il avec une mention très bien, il s’inscrit dans une école « réputée » à Paris, payée par ses parents, avec pour objectif de devenir ingénieur informatique. Mais ces études coûtent cher, et le jeune homme n’est ni assidu, ni brillant.

Des études « incompatibles » avec la pratique de la religion

Après deux années passées dans cette école, il part à Reims et s’inscrit à l’université. La vie en Champagne ne lui plaît guère, d’autant qu’il rencontre toujours autant de difficultés pour étudier. A la fin de l’année, une « maladie momentanée », « de la fièvre » l’empêche de passer ses examens. Malgré cet échec, il rêve de retourner vivre à la capitale et pour cela, tous les moyens sont bons. Il falsifie son bulletin de notes et s’inscrit à la Sorbonne. La supercherie est rapidement découverte et il est obligé d’interrompre ses études. De toute façon, étudier devenait « incompatible » avec sa pratique de la religion, notamment à cause de la « mixité ».

Le voilà seul, à Paris, sans emploi, ni formation, ni revenu. Sa famille, restée à Saint-Dizier, ne sait pas qu’il a arrêté les cours. A cette période, il rencontre une fille qu’il fréquente « spécifiquement sur Internet » et qu’il veut épouser, même s’il ne l’a rencontré, dit-il, qu’une seule fois. Son père refuse au prétexte que cette jeune femme, originaire de Brest, a déjà été mariée et a des enfants. Pourtant, avec elle, Sid-Ahmed Ghlam était prêt à partir s’installer dans un pays musulman. En Algérie, ou en Syrie « après [sa] radicalisation ».

Finalement, elle refuse cette proposition car elle veut se « concentrer sur les épreuves » qu’elle doit passer. Aujourd’hui, il affirme avoir « un sentiment neutre » pour elle. Même si, au cours des discussions qu’il a avec sa famille au parloir de la prison, il n’hésite pas à la traiter de « chienne », souligne la présidente.

« Ils m’ont fait croire que le mal était un bien »

Une main sur le micro, l’autre sur la rambarde en bois du box, Sid-Ahmed Ghlam évoque désormais ses vacances en Algérie, à l’été 2014. C’est de l’autre côté de la Méditerranée qu’il est « embrigadé » par des personnes rencontrées par l’intermédiaire d’un ami d’enfance. Une radicalisation express, selon lui, dont doute sérieusement l’avocate générale. Certains témoignages recueillis durant l’enquête, lui fait-elle remarquer, semblent indiquer que le jeune homme était déjà solidement ancré à cette période dans l’Islam radical.

En octobre 2014, il part en Turquie avec l’espoir de réussir à rejoindre la Syrie pour « combattre ». Mais ses interlocuteurs ont un autre projet pour lui. « Ils m’ont dit qu’ils avaient besoin de moi en France », explique-t-il, se présentant comme une victime manipulée par ces djihadistes. Avant d’ajouter : « Ils m’ont fait croire que le mal était un bien, que les terroristes, c’étaient les autres. » Lui-même a été très choqué en regardant une vidéo montrant une petite fille présentée comme blessée lors de bombardement « de la coalition ».

En février 2015, Sid-Ahmed Ghlam repart quelques jours en Turquie. Sur place, ses commanditaires, dont un « émir », lui remettent une importante somme d’argent afin d’acheter du matériel : environ 5.000 ou 6.000 euros. Mais de retour en France, le doute s’immisce et il hésite à passer « de la théorie à la pratique ». Il savait à l’époque qu’il pouvait « mourir en martyr » au cours de cette opération. « Je l’ai accepté. » Depuis qu’il est incarcéré, il affirme être déradicalisé et ne plus adhérer à l’idéologie de l'Etat islamique. Le procès de Sid-Ahmed Ghlam et des sept autres personnes jugées à ses côtés (deux le sont par défaut) doit durer jusqu’au 6 novembre.