Disparue du Tarn : Le procès d’un crime sans cadavre pour lever un épais mystère

MEURTRE Le procès de meurtrier présumé d’Amandine Estrabaud s’ouvre ce jeudi à Albi. « La disparue du Tarn » s’est volatilisée un jour de juin 2013. Son corps n’a jamais été retrouvé

Hélène Ménal

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Amandine Estrabaud a disparu le 18 juin 2013 dans le Tarn.
Amandine Estrabaud a disparu le 18 juin 2013 dans le Tarn. — H. Menal - 20 Minutes
  • Amandine Estrabaud, 30 ans, s’est volatilisée le 18 juin 2013, à Roquecourbe dans le Tarn. Son corps n’a jamais été retrouvé.
  • Le procès de Guerric Jehanno, un maçon de 32 ans, originaire du même village, s’ouvre ce jeudi à Albi.
  • En détention préventive depuis quatre ans, il est accusé de l’enlèvement, de la séquestration du viol et du meurtre de « la disparue du Tarn ».
  • Devant le juge et les enquêteurs, il a toujours clamé son innocence.

Un carré d’herbes couchées derrière sa maison, une paire de ballerines, des boucles d’oreilles aux fermoirs déformés, retrouvées à l’extérieur, et une porte d’entrée ouverte. C’est tout ce qu’a laissé derrière elle Amandine Estrabaud, 30 ans et « pleine de vie », que personne n’a jamais revue depuis plus de sept ans. Elle est devenue la « disparue du Tarn », au cœur d’un mystère judiciaire, d’un crime sans cadavre.

Le procès de son meurtrier présumé s’ouvre ce jeudi devant les assises du Tarn. Dans le box, Guerric Jehanno, un ancien maçon de 32 ans, originaire de Roquecourbe comme Amandine. Les enquêteurs ont acquis la certitude que c’est lui dont la trentenaire a croisé la route ce fameux mardi 18 juin 2013 après avoir quitté le lycée de Castres où elle travaillait pour rejoindre, probablement en stop, sa maison toute neuve située à 13 km de là. Ils pensent que le jeune homme, qui a confessé une certaine attirance pour la disparue, est celui qu’une voisine a aperçu en pantalon de chantier et en camionnette blanche, entrant avec Amandine dans sa maison. Guerric Jehanno, placé en détention provisoire depuis maintenant quatre ans, a toujours clamé son innocence.

Amandine habitait à Roquecourbe, son village de toujours, et travaillait à Castres.
Amandine habitait à Roquecourbe, son village de toujours, et travaillait à Castres. - Map4News

L’intime conviction de la famille

Mais cela n’entame pas la conviction de Monique Sire, la mère d’Amandine, absolument sûre de la culpabilité de l’accusé et qui vit depuis des années « un cauchemar éveillé ». Elle est persuadée que sa fille est morte et l’idée de ne pouvoir lui donner une sépulture la hante. « Elle attend d’être confrontée au meurtrier de sa fille. Et elle espère une peine extrêmement lourde, à la hauteur de l’horreur du crime », assure avant l’ouverture des débats Pierre Debuisson, qui défend la famille depuis le début. Elle espère surtout que Guerric Jehanno dise enfin où il l’a enterrée. L’avocat estime que l’absence de corps n’est « pas du tout un obstacle », en raison de « l’accumulation » des présomptions.

Pierre Debuisson s’appuiera notamment probablement sur les confessions carcérales de Guerric, qui vit très mal sa détention. Quatre de ses codétenus affirment avoir recueilli ses aveux. L’un a même produit un plan, tracé de la main de l’accusé, de l’hypothétique sépulture. Leurs témoignages ont par ailleurs provoqué l’ajout du viol aux chefs d’accusation. « Des ragots de cul de basse-fosse dont on peut se demander s’ils n’ont pas été orchestrés », s’emporte Simon Cohen, le défenseur de Guerric Jehanno, à propos de ces fameuses confidences.

« Aucune certitude qu’un crime ait été commis »

Le pénaliste toulousain se demande presque ce qu’il va faire à Albi ce jeudi pour un procès qui « n’aurait jamais dû se tenir ». « Il y a comme un défi à la logique dans cette affaire où l’on n’a aucune certitude qu’un crime ait été commis », martèle Simon Cohen. Le dossier ne comporte aucune preuve matérielle de la mort d’Amandine. « Pas la moindre goutte de sang, pas le moindre lambeau de peau, insiste l’avocat, et les fouilles pour retrouver le corps ont été exceptionnellement denses. »

Le procès qui démarre doit tenter de lever le voile sur un des mystères les plus épais des annales judiciaires récentes.