Pyrénées-Atlantiques : Une anesthésiste jugée pour avoir causé la mort d’une femme enceinte, alors qu’elle était alcoolisée

PROCES Devant les enquêteurs, l’anesthésiste avait reconnu qu’elle était incapable d’aller au bloc sans avoir bu

20 Minutes avec AFP

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Illustration dans un hôpital.
Illustration dans un hôpital. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Une anesthésiste comparaît jeudi devant le tribunal de Pau pour avoir causé en 2014 la mort d’une femme, asphyxiée lors de son accouchement par césarienne à la maternité d’Orthez.
  • Ce jour-là, elle avait commencé dès six heures du matin par boire de la vodka.
  • Elle avait ensuite intubé dans l’œsophage au lieu de la trachée, provoquant réveil et douleurs de la patiente, en pleine opération sous anesthésie générale.

Rare cas d'ivresse au bloc opératoire. Une anesthésiste belge comparaît jeudi et vendredi devant le tribunal correctionnel de Pau pour avoir causé en 2014 la mort d’une femme, asphyxiée lors de son accouchement par césarienneà la maternité d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques).

Ce 26 septembre 2014, « comme tous les jours » dès six heures du matin, pour « cesser de trembler », Helga Wauters commence par boire de la vodka, mélangée à de l’eau, puis reboit l’après-midi et le soir. Devant les enquêteurs, elle reconnaîtra être « incapable d’aller au bloc sans avoir bu ».

Elle avait intubé les voies digestives au lieu des voies respiratoires

Six ans plus tard, l’anesthésiste doit répondre de la mort accidentelle d’une patiente enceinte de 28 ans alors que ce jour de garde, elle était sous emprise de l’alcool : Helga Wauters avait intubé les voies digestives au lieu des respiratoires, sans s’en rendre compte. Xynthia Hawke, responsable commerciale britannique installée sur la côte basque, décédait le 30 décembre 2014 des suites d’un manque d’oxygène. Son bébé a survécu, sans séquelles.

Pour cet « homicide involontaire », l’anesthésiste de 51 ans – qui a déjà effectué 2 mois de détention provisoire – risque 3 ans d’emprisonnement. Retournée vivre en Belgique, la quinquagénaire, qui souffre toujours d’alcoolisme, comparaîtra libre sous contrôle judiciaire après plusieurs reports du procès en raison de la crise sanitaire.

« Qu’elle ne puisse plus exercer »

« Quelques jours avant, on était dans une chambre d’hôtes, il y avait une piscine et Xynthia faisait ses longueurs, comme d’habitude », raconte Yannick Balthazar, le père de son enfant, qui assistera au procès au côté des parents de Xynthia, venus de Grande-Bretagne, et de sa sœur. « Plus que la sanction pénale, ils souhaitent que d’autres n’aient pas à vivre ce malheur et qu’elle ne puisse plus exercer », déclare leur avocat Me Philippe Courtois.

L’anesthésiste, embauchée quinze jours plus tôt, avait administré une péridurale à la jeune femme qui avait dépassé son terme, puis était sortie prendre « un verre de rosé » chez des amis. Mais l’accouchement se compliquant, une césarienne devenait nécessaire pour sortir le bébé de 4,5 kg.

C’était « Bagdad », résume une infirmière du bloc

Helga Wauters, qui sentait l’alcool à son retour selon ses collègues, avait ensuite commis son erreur d’intubation, provoquant réveil et douleurs chez la patiente, en pleine opération sous anesthésie générale. Puis, elle avait utilisé un ballon manuel pour ventiler sa patiente au lieu du respirateur qu’elle ne semblait pas savoir utiliser, selon des témoins.

C’était « Bagdad », résumera une infirmière du bloc. Le personnel soignant avait dû appeler le Samu qui avait découvert une patiente en arrêt cardiaque. En garde à vue le 30 décembre, quatre jours après le drame, l’anesthésiste présentait 2,38 g d’alcool/l de sang.

Si elle concédait une part de responsabilité, elle se défaussait aussi sur les soignants et invoquait un dysfonctionnement du respirateur. « Sa capacité à se remettre en cause » interroge la justice, alors que tout en se disant à « 70 % de ses capacités », elle estimait avoir « parfaitement » fait son travail, selon l’ordonnance de renvoi signée par la juge d’instruction en mai 2019.

Déjà licenciée pour avoir raté, ivre, une péridurale

Elle affirmait avoir dérivé dans l’alcool et les ennuis professionnels après une séparation avec sa compagne en 2005. Son parcours, semé de cures à répétition, compte deux condamnations en 2010 et 2015 pour ivresse au volant et deux licenciements pour faute grave en Belgique liés à son alcoolémie.

Licenciée en février 2013 de l’hôpital de Soignies, elle est remerciée un an plus tard de celui de Saint-Vith où, ivre, elle rate à deux reprises une péridurale. Fait surprenant : cet hôpital avait prévu dans son contrat la possibilité de la soumettre à un éthylotest à tout moment.

Rien ne filtre quand elle est embauchée à Orthez

Mais sept mois plus tard, rien ne filtre quand un cabinet de recrutement l’embauche en « express » pour la clinique Labat d’Orthez où elle arrive le 12 septembre.

Outre l’obstétricien, la clinique Labat et le centre hospitalier d’Orthez, à la disposition duquel la clinique mettait ses anesthésistes et ses locaux en vertu d’une convention, ont un temps été mis en examen avant de bénéficier d’un non-lieu. « Ses antécédents auraient dû être vérifiés, il y a eu un manquement », regrette le compagnon de la victime.

L’avocat de la médecin, Me Antoine Vey, n’a pas souhaité s’exprimer.