Attentats de janvier 2015 : « A cette époque, je n’étais pas dans la méfiance », confie le seul accusé à comparaître libre

PROCES Christophe Raumel est le seul accusé du procès des attentats de janvier 2015 à ne pas être renvoyé pour terrorisme

Caroline Politi
— 
Depuis lundi, la cour d'assises spéciale a entamé les interrogatoires des onze accusés
Depuis lundi, la cour d'assises spéciale a entamé les interrogatoires des onze accusés — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Depuis lundi, la cour d’assises spéciale a commencé l’interrogatoire des onze accusés présents, trois autres étant jugés par défaut.
  • Ce mardi, la cour a longuement entendu Christophe Raumel, le seul accusé à comparaître libre. Il est également le seul pour lequel l’infraction de « terrorisme » n’a pas été retenue.
  • Jugé pour « association de malfaiteurs », il encourt dix ans de prison.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Christophe Raumel a pris l’habitude de ne jamais poser de questions. A l’en croire, il n’a pas cherché à interroger son ami, Willy Prévost, lorsque ce dernier lui a proposé de l’accompagner acheter une voiture puis de faire retirer le traceur GPS d’une moto pour le compte d’Amedy Coulibaly. Il n’a fait preuve d’aucune curiosité lorsque son compère lui a demandé de stocker des couteaux, gilets tactiques et autres gazeuses achetés à la demande du même Coulibaly. Et lorsque  Willy Prévost le sollicite, à minuit passé, le 3 janvier 2015, pour le conduire chez cet homme puis l’attendre dans la voiture, il s’exécute. Sans poser de question. « A cette époque, je n’avais de doute sur personne, je n’étais pas dans la méfiance », explique cet homme de 30 ans, d’origine antillaise, blouson beige et jean clair, à la barre de la cour d’assises spéciale qui juge les attentats de janvier 2015.

Il est le seul, parmi les 14 accusés, à comparaître libre après avoir passé trois ans, trois mois et trois jours en détention. Le seul, aussi, à ne pas être renvoyé pour des faits de terrorisme. Les juges ont estimé qu’il pouvait ignorer les funestes projets du terroriste de Montrouge et de l’ Hyper Cacher mais pas que le matériel servirait à commettre un délit. Ce qu’il reconnaît d’ailleurs sans difficulté. Christophe Raumel a croisé à deux reprises Amedy Coulibaly mais n’a jamais échangé avec lui. Il connaissait, en revanche, sa réputation. « Braquage, trafic de stupéfiants, violent », énumère-t-il, les mains jointes devant la barre. Un portrait que lui a brossé un autre accusé, Willy Prévost, dont il est très proche. Les deux hommes se connaissent depuis l’enfance, la grand-mère de Christophe Raumel vit sur le même pallier que la famille Prévost. Mais c’est en 2014 qu’ils se lient d'amitié, passant rapidement le plus clair de leur temps ensemble.

Tuer le temps

« On mangeait, on fumait, et parfois on faisait un tour en voiture », résume-t-il. A travers son témoignage, c’est le désœuvrement des cités populaires qu’il dépeint, des jeunesses passées à attendre que le temps s’écoule. Alors ces « courses » sont l’occasion de tuer l’ennui, de « sortir du quartier ». Avec l’argent qu’il reste, les compères s’offrent un MacDo, parfois une flasque d’alcool. Le pourquoi de ces achats ne l’intéresse guère. Et puis, explique-t-il, il fait confiance à son ami. « Je pensais qu’il savait [ce qu’il préparait] vu qu’il échangeait avec lui. Mais avec du recul, je me dis que c’est pas normal qu’il sache et qu’il me mouille quand même. »

Devant le juge d’instruction, Christophe Raumel avait été plus affirmatif, se disant certain que Willy Prévost connaissait les projets de Coulibaly – ce que ce dernier a toujours nié. Pourquoi ce revirement ? Ces accusations étaient-elles nourries par un sentiment de vengeance à l’égard de Willy Prévost, dont il a appris, en garde à vue, qu’il avait une relation avec sa compagne. « En garde à vue, j’étais énervé. En prison, j’ai réfléchi, je me suis dit "c’est de ma faute, j’ai laissé trop de portes ouvertes". »

Christophe Raumel surjoue-t-il la carte de la naïveté? L’image lisse qu’il a, en tout cas, voulu donner a volé en éclat lors de l’audition de cette jeune femme. Oscillant entre larmes et colère à la barre, cette dernière a accusé Christophe Raumel d’avoir été violent à son égard et de l’avoir même menacé à deux reprises avant l’ouverture du procès. A la barre, cette femme fluette vêtue d’une courte robe rose, décrit avec virulence un homme « manipulateur » et « menteur ». « Il essaye de susciter la compassion, ce n’est pas quelqu’un qui changera », estime-t-elle. Si son témoignage peut donner un nouvel éclairage sur la personnalité de l’accusé, sur le fond, elle affirme n’avoir été au courant de rien. Christophe Raumel encourt dix ans de prison.