Attentat manqué de Villejuif : Les proches d’Aurélie Châtelain « sont déterminés à connaître les raisons » de son décès

PROCES Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, comparait devant la cour d'assises spéciale à partir de ce lundi. La justice l'accuse d'avoir tué, en avril 2015, un jeune femme de 32 ans et d'avoir voulu commettre un attentat dans un église de Villejuif (Val-de-Marne)

Thibaut Chevillard

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Des proches d'Aurélie Châtelain rendent hommage à la jeune femme en avril 2015 à Caudry, dans le Nord
Des proches d'Aurélie Châtelain rendent hommage à la jeune femme en avril 2015 à Caudry, dans le Nord — VANSTEENKISTE STEPHANE/SIPA
  • Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, comparait à partir de lundi devant la cour d’assises spéciale pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
  • Il est accusé d’avoir tué, en avril 2015, une jeune femme de 32 ans et d’avoir projeté de commettre un attentat dans une église de Villejuif (Val-de-Marne). A ses côtés, neuf autres personnes sont jugées pour l’avoir aidé à des degrés divers.
  • Malgré les preuves accablantes recueillies par les enquêteurs, il a contesté les faits tout au long de l’instruction. Les proches de la victime espèrent que ce procès leur permettra de connaître la vérité sur les circonstances de sa mort.

Un accident qui a sans doute évité un carnage. Le dimanche 19 avril 2015, à 8 h 50, le Samu reçoit l’appel d’un certain Sid-Ahmed Ghlam. Il raconte avoir été agressé par un homme qui lui a tiré dessus près de son domicile, dans le 13e arrondissement de Paris. Blessé, il est secouru et transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière tandis que les policiers partent à la recherche du tireur. L’un des fonctionnaires ne tarde pas à découvrir du sang près de la voiture de cet étudiant algérien aujourd’hui âgé de 29 ans.

Par la fenêtre, il remarque la présence, dans la Renault Mégane, d’un gyrophare bleu et d’autres taches rougeâtres. Intrigué, il demande alors des renseignements sur ce Sid-Ahmed Ghlam : le jeune homme, lui répond-on, fait l’objet d’un fiche S en raison de sa radicalisation.

A l’intérieur du véhicule, les policiers découvrent de nombreuses armes : une kalachnikov, des chargeurs, deux pistolets, un Sig Sauer et un Sphinx, un gilet pare-balles. Ils mettent aussi la main sur un classeur contenant des pages écrites en français et en arabe. Leur auteur évoque l’organisation d’un attentat à Villejuif (Val-de-Marne) et exprime à plusieurs reprises sa volonté de « tuer un max ».

La perquisition de son studio de 20 m2, rue Julie Daubié, permet la découverte d’autres fusils d’assaut et d’une déclaration d’allégeance au chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi. Le lendemain, alors qu’il est en garde à vue, les enquêteurs font le lien entre cette affaire et la découverte, à Villejuif, du corps d'une jeune femme de 32 ans, originaire du Nord de la France. Du sang a été retrouvé près de la scène de crime. Il s'agit de celui de Sid-Ahmed Ghlam.

Des commanditaires en Syrie

Cinq ans plus tard, les juges d’instructions saisis sont arrivés à la conclusion que l’étudiant en électronique, au parcours universitaire chaotique, a tué Aurélie Châtelain et a mis le feu à sa voiture. Il s’est ensuite blessé accidentellement avec son arme, ce qui l’a empêché d’aller commettre un massacre dans une église de Villejuif, à l’heure de la messe dominicale, quelques mois après les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher.

Le Premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, sortent d'une église à Villejuif, probable cible de Sid Ahmed Ghlam, un islamiste de 24 ans, le 22 avril 2015
Le Premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, sortent d'une église à Villejuif, probable cible de Sid Ahmed Ghlam, un islamiste de 24 ans, le 22 avril 2015 - KENZO TRIBOUILLARD AFP

Il comparaît à partir de ce lundi aux côtés de neuf autres personnes, dont deux par défaut, devant la cour d’assises spéciale, notamment pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Des accusations qu'il a toujours contestées durant l'instruction, malgré les preuves accablantes.

Selon les expertises, c’est bien le pistolet Sphinx retrouvé dans la voiture de Sid-Ahmed Ghlam qui a servi à tuer cette professeure de fitness, mère d’une fillette de 4 ans. D’autre part, le sang du jeune homme a été retrouvé dans l’habitacle de la voiture de la victime. Mais devant le juge d’instruction, il a toujours affirmé que c’était un certain Abou Hamza, qui avait tiré accidentellement sur Aurélie Châtelain après lui avoir volé son véhicule. Un mystérieux personnage, envoyé par les donneurs d'ordre en Syrie pour l’aider à commettre un attentat, avec lequel il avait rendez-vous ce matin-là.

Plus tard, après le 13 novembre, il assure l’avoir reconnu : il s’agissait de Samy Amimour, l’un des kamikazes du Bataclan. Ce que la justice a beaucoup de mal à croire. Déjà, parce qu’aucun autre ADN n’a été retrouvé dans l’habitacle de la voiture de la victime, excepté celui de Sid-Ahmed Ghlam. Mais aussi parce qu’à l’époque des faits, Amimour - qui se faisait appeler Abou Qitat Al Faransi – se trouvait probablement encore en Syrie.

« Un moment difficile, très long » pour les proches d’Aurélie Châtelain

Sid-Ahmed Ghlam a expliqué à plusieurs reprises au juge d’instruction qu’il n’avait pas l’intention d’abattre des paroissiens. Il était, certes, sous l’influence des organisateurs de l’attentat qui lui avait « jeté un sort » pour qu’il participe. Mais il n’a jamais eu l’intention de mourir en martyr. Il voulait simplement faire irruption dans l’église, « tirer en l’air » pour « faire peur aux gens » et leur dire qu’il fallait « arrêter de bombarder et de tuer des gens en Syrie. » Un projet auquel il aurait finalement renoncé après qu’Abou Hamza a tué Aurélie Châtelain.

La mère d'Aurélie Châtelain lors d'une marche organisée en hommage à sa fille, en avril 2015
La mère d'Aurélie Châtelain lors d'une marche organisée en hommage à sa fille, en avril 2015 - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Il se serait ensuite tiré intentionnellement une balle dans la jambe car il craignait les représailles des membres de Daesh. Devant le magistrat instructeur, il n’hésite pas, non plus, à se présenter comme un héros qui a permis d’éviter un attentat sanglant. Il sous-entend même qu’il a donné l’opportunité aux enquêteurs d’empêcher les attaques du 13-Novembres. L’avocat de Sid-Ahmed Ghlam a fait savoir à la presse qu’il ne souhaitait pas s’exprimer avant le procès.

De son côté, Me Antoine Casubolo-Ferro, le principal avocat des parties civiles, a expliqué que le procès qui doit durer jusqu’au 30 octobre sera, pour la famille d’Aurélie Châtelain, « un moment difficile, très long ». « Il ravivera à chaque fois la blessure de la disparition d’Aurélie. » Mais les proches de la jeune femme, qui aurait fêté son anniversaire le 7 octobre, « sont déterminés à connaître les raisons et les circonstances de son décès, ce qu’ils n’ont jamais compris ». Sid-Ahmed Ghlam encourt la réclusion criminelle à perpétuité.