Seize suspects de cyberfinancement du terrorisme en Syrie toujours en garde à vue

ENQUETE Au total, 30 personnes ont été interpellées depuis mardi dans cette opération visant à démanteler un réseau utilisant des cryptomonnaies afin de financer principalement des membres d'Al-Qaïda et du groupe Etat islamique en Syrie

20 Minutes avec AFP

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Seize suspects de cyberfinancement du terrorisme en Syrie toujours en garde à vue (Illustration)
Seize suspects de cyberfinancement du terrorisme en Syrie toujours en garde à vue (Illustration) — Avishek Das / SOPA Images/Sipa U/SIPA

Deux jours après un vaste coup de filet en France contre un réseau de cyberfinancement du terrorisme vers la Syrie, 16 personnes étaient toujours en garde à vue ce jeudi, a-t-on appris de source judiciaire.

Au total, 30 personnes ont été interpellées depuis mardi dans cette opération dirigée par le parquet national antiterroriste (Pnat), pour démanteler un réseau utilisant des cryptomonnaies afin de financer principalement des membres d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique en Syrie. Quatorze personnes ont donc été remises en liberté.

Des proches de femmes et d’enfants de djihadistes interpellés

Mais outre dix personnes fichées « S » pour radicalisation islamiste, le coup de filet a aussi conduit à l’arrestation de six proches de femmes et d’enfants de djihadistes détenus en Syrie, soupçonnés d’avoir utilisé ce réseau pour leur envoyer de l’argent. Leur arrestation a suscité la colère du collectif Familles unies, qui défend le droit d’envoyer de l’argent à « leurs filles ou leurs belles-filles » afin de les aider à « survivre » dans les camps « insalubres » de Syrie.

La plupart d’entre eux font partie des personnes remises en liberté jeudi, a précisé une source proche du dossier.

« Il est scandaleux de les avoir traités comme des criminels », a réagi auprès de l’AFP Me Marie Dosé, avocate de quatre d’entre eux. Elle a souligné que les autorités étaient tenues informées par ces familles de ces envois d’argent. « D’un côté la France refuse de rapatrier des enfants innocents, de l’autre elle criminalise des familles parce qu’elles refusent de voir mourir leurs enfants, petits-enfants, neveux et nièces », a-t-elle ajouté.

Des coupons de cryptomonnaies achetés dans les tabacs

Selon le Pnat, des dizaines de personnes résidant en France se sont rendues « à maintes reprises » depuis 2019 dans des bureaux de tabac pour acheter anonymement des coupons (de cryptomonnaie) d’une valeur comprise entre 10 et 150 euros et les créditer sur des comptes ouverts depuis l’étranger par des djihadistes.

La cellule antiblanchiment Tracfin l’avait signalé au Pnat, qui avait lancé des investigations le 24 janvier pour « financement du terrorisme ». Celles-ci ont conduit à l’identification de « deux djihadistes français » à l’origine de ce réseau, Mesut S. et Walid F, tous deux âgés de 25 ans, qui ont rejoint la Syrie en 2013.

Ils sont soupçonnés « d’être des membres du groupe terroriste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) affilié à Al-Qaïda et sont visés par un mandat d’arrêt » depuis leur condamnation par défaut à dix ans d’emprisonnement en avril 2016, a détaillé le Pnat mardi dans un communiqué.

L’opération de mardi, menée par plusieurs centaines d’agents de la police judiciaire, de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du Raid, a aussi conduit à 55 perquisitions, et 21 personnes étaient auditionnées comme témoins, selon le Pnat.