Aide aux migrants : Cinq mois de prison requis en appel contre Pierre-Alain Mannoni

PROCES « Il a très bien compris quelles étaient les limites de la loi et il a fait un choix », a pointé l’avocat général

20 Minutes avec AFP
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Pierre-Alain Mannoni au palais de justice de Lyon, le 23 septembre 2020
Pierre-Alain Mannoni au palais de justice de Lyon, le 23 septembre 2020 — AFP
  • Pierre-Alain Mannoni est jugé en appel pour le transport de migrantes érythréennes après l’annulation d’une précédente condamnation par la cour de cassation.
  • L’avocat général a requis cinq mois de prison avec sursis à son encontre.
  • « C’était la chose à faire, vis-à-vis de ce que je suis, des autres, pour mes enfants », a-t-il expliqué à l’audience.

« Il a très bien compris quelles étaient les limites de la loi et il a fait un choix : la transgresser ». L’avocat général Fabrice Tremel a requis une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis à l’encontre de du niçois Pierre-Alain Mannoni, jugé mercredi en appel à Lyon pour le transport de  migrantes érythréennes.

« Il a eu la volonté de soustraire ces trois personnes aux contrôles de l’État mis en place dans le cadre de sa politique migratoire », a pointé le magistrat. Il avait eu « la parfaite connaissance » que ses passagères « étaient en situation irrégulière », a-t-il dit. La cour doit rendre son arrêt le 28 octobre.

« C’était la chose à faire »

Le 18 octobre 2016, cet enseignant-chercheur avait été interpellé au péage de La Turbie (Alpes-Maritimes), avec dans sa voiture trois Érythréennes « blessées » venues d’Italie. Il les transportait depuis un squat à son domicile afin de les héberger une nuit avant de les conduire à la gare de Cagnes-sur-Mer pour qu’elles puissent être soignées à Marseille.

« Je ne peux pas revenir sur ce geste que j’ai fait. Condamné ou pas, cela ne changera rien. C’était la chose à faire, vis-à-vis de ce que je suis, des autres, pour mes enfants », a expliqué à la barre l’universitaire de 49 ans, au cours d’un nouveau procès de six heures.

« La sincérité guide ma vie », a-t-il assuré l’universitaire. Se défendant d’être un « militant », décrit par les témoins comme « une belle personne », « un peu naïve », il avait déjà apporté son aide à quatre Soudanais peu avant son arrestation et soutenu un jeune Guinéen de 20 ans.

Deux cents personnes pour le soutenir

« Mon client n’a pas triché et a été sincère jusqu’au bout », a plaidé avec vigueur son avocate Me Maeva Binimelis, dénonçant un « acharnement » contre son client. « Essayer de travestir les intentions de Pierre-Alain Mannoni est quelque chose de profondément insupportable. Personne ne peut imaginer qu’il ait pu recevoir une contrepartie pour son aide », a-t-elle ajouté en demandant la relaxe.

Accueilli au palais de justice de Lyon par plus de 200 militants d’associations et sympathisants, Pierre-Alain Mannoni, 49 ans, était jugé une nouvelle fois après trois ans d’une âpre bataille judiciaire. Relaxé à Nice en première instance en janvier 2017, Pierre-Alain Mannoni avait été ensuite condamné à deux mois de prison avec sursis par la cour d’appel d’Aix-en-Provence et s’était pourvu en cassation.

La cour avait annulé sa peine et renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Lyon après la reconnaissance du « principe de fraternité » par la cour constitutionnelle, qu’il avait saisie fin 2018 tout comme l’agriculteur Cédric Herrou, condamné pour des faits similaires.