Creuse : Seize et quatorze ans de prison pour les parents de Gabin, mort de faim à 22 mois

CONDAMNATION Les peines ont été un peu réduites en appel

20 Minutes avec AFP

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Une cour d'assises. (illustration)
Une cour d'assises. (illustration) — ALLILI MOURAD/SIPA

La mère de Gabin, bébé de 22 mois mort de faim et de soif, a été condamnée vendredi en appel à seize ans de prison, le père à quatorze ans, des peines légèrement inférieures aux dix-sept ans de réclusion dont ils avaient chacun écopé fin 2019. Devant la cour d’assises d’appel de la Haute-Vienne, Céline Vialette, 35 ans, et Edouard Ruaud, 41 ans, étaient accusés de « privation de soins ou d’aliments suivie de mort d’un mineur de 15 ans par ascendant ou personne ayant autorité ».

Au moment de son décès en juin 2013 en Creuse, Gabin pesait 5,825 kg, le poids d’un enfant de 3 mois. L’enquête avait relevé l’état de « saleté extrême » et « la maigreur extrême » de l’enfant, dont « on pouvait compter les côtes ». Il souffrait de cachexie, c’est-à-dire une disparition des tissus graisseux et des muscles causée par une déshydratation et une dénutrition extrêmes. Devant la cour d’assises de la Creuse, les parents, séparés au moment de la mort de l’enfant mais vivant toujours sous le même toit, avaient reconnu des manquements, mais nié toute responsabilité.

Les accusés ont « fait du chemin »

A Limoges, la présidente de la cour Maryse Le Men Régnier a noté que les deux accusés, notamment la mère, avaient « fait du chemin » concernant leur responsabilité. « Depuis dix mois que je suis incarcérée, je travaille avec les psychologues pour comprendre ce qui s’est passé, a expliqué Céline Vialette. Je n’étais pas bien à cette époque. Il n’y avait plus aucune communication entre nous. Je pense qu’on l’a beaucoup oublié. »

« Nourrir un enfant, c’est ce qu’on attend de tout parent. C’est la base », a assuré Me Yves Crespin, avocat de l’association Enfant bleu-Enfance maltraitée, seule partie civile, lors de sa plaidoirie. Selon lui, Gabin « est mort à cause de l’égoïsme » de ses parents : « Elle a préféré partir avec son amant, et lui partir dans ses addictions. »

Céline Vialette « n’est pas une meurtrière d’enfants », a de son côté estimé son avocate Me Chloé Bonnat. « Physiologiquement, il est mort de faim et de soif mais humainement, il est mort de misère et d’abandon », a ajouté l’avocate, qui a dénoncé les ratés et les lenteurs de l’enquête et de la justice, « misérable » dans cette affaire selon elle.

Dans son réquisitoire, l’avocat général Claude Derens, a demandé aux jurés de suivre le verdict de 2019 et de ne pas faire de distinction de peine entre les parents : « La lente agonie de l’enfant est le résultat d’une action non concertée mais d’une coaction criminelle. Ils ont une part identique et leur faire un sort différent serait une erreur. »