Ain : Un extrémiste pro-Turquie jugé pour « appel à la haine et incitation à la violence »

PROCES Le 24 juillet, la communauté arménienne de Décines organisait un rassemblement qui a été perturbé par l’arrivée de plusieurs militants turcs armés de barres de fer

C.G. avec AFP

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Illustration de la justice.
Illustration de la justice. — Pixabay
  • Un rassemblement de la communauté arménienne, organisé dans le Rhône, a été perturbé cet été par des militants pro-Turquie, venus en découdre avec des barres de fer.
  • Si la situation a été maîtrisée par la police, quatre suspects ont été arrêtés.
  • L’un d’eux, soupçonné d’être l’instigateur du mouvement, sera jugé jeudi dans l’Ain pour « incitation à la haine ».

La communauté arménienne de Décines-Charpieu, près de  Lyon, n’avait jamais vu ça. Le 24 juillet, des extrémistes pro- Turquie armés de barres de fer ont voulu attaquer ses membres et cela a failli dégénérer.

Ahmet Cetin, l’un d’entre eux sera jugé jeudi devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse pour « incitation à la violence ou à la haine raciale ». L’homme, interpellé le 17 août dans l'Ain, où il réside, comparaîtra libre.

Ce 24 juillet, les assaillants se sont mis à crier « Où sont les Arméniens ? Où sont les Arméniens ? », raconte à l’AFP Raffi Tanzilli, président régional du Comité pour la défense de la cause arménienne (CDCA). Et d’ajouter : « Franchement, j’ai organisé de nombreux rassemblements et manifestations, mais là j’ai vraiment eu peur que ça tourne en bataille rangée ».

« Loups gris »

Cinq cents personnes, dont une poignée d’élus, avaient été réunies à Décines (Rhône) par le CDCA pour protester contre « l’agression turco-azerbaïdjanaise » à la frontière nord-arménienne, théâtre de plusieurs affrontements meurtriers cet été. Sur la place, le rassemblement a vite été troublé par des détonations de mortiers. Puis les participants ont reçu des appels les prévenant d’une menace : l’arrivée, à deux rues de là, de « Loups gris », surnom des ultranationalistes turcs.

Plusieurs témoins racontent avoir vu des militants masqués, munis de barres à mine et d’armes blanches, mais le dispositif policier, mis en place, a permis d’empêcher la confrontation avec des jeunes d’origine arménienne, eux aussi prêts à en découdre.

Quelques véhicules sont endommagés et la vitrine d’une cordonnerie arménienne visée par des tirs de mortiers, mais la catastrophe a été évitée. L’affaire, largement passée sous les radars de la presse nationale, s’est soldée par l’interpellation de quatre militants pro Turquie. Ces derniers ne seront pas poursuivis, regrette la communauté arménienne. Confirmation n’a pu être obtenue du parquet.

Le présumé instigateur, ex-candidat aux législatives de 2017

Mais, rapidement, un des initiateurs de cette « descente » anti-arménienne a été identifié. Natif d’Oyonnax, Ahmet Cetin, farouche partisan du président Recep Tayyip Erdogan, multipliait depuis plusieurs mois les appels anti-kurdes et anti-arméniens sur les réseaux sociaux, et il s’est filmé même ce 24 juillet dans les rues de Décines. Dans une autre vidéo, filmée le même jour par un riverain, on l’entend donner instruction à ses camarades de « jeter (leurs) couteaux » à la vue des forces de l’ordre.

A l’appui de la plainte du CDCA, figure notamment une vidéo récente où il affirme en turc : « Que le gouvernement me donne 2.000 euros et une arme, et je ferai ce qu’il y a à faire où que ce soit en France ».

« On a engagé des poursuites parce qu’on est extrêmement préoccupé, confie Jules Boyadjian, président du CDCA. Les «Loups gris» prennent de nombreuses initiatives en Europe. On l’a récemment vu en Autriche et en Allemagne. Une action décomplexée provoquée par Erdogan, qui appelle à demi-mot des partisans à l’étranger à la confrontation. »

Ex-candidat aux élections législatives 2017 dans l’Ain sous l’étiquette du Parti égalité et justice proche d’Erdogan, Ahmet Cetin a été condamné en 2018 à trois ans d’inéligibilité par le Conseil constitutionnel pour ne pas avoir déposé de comptes de campagne. A Bourg-en-Bresse, il risque cette fois un an de prison ferme.