Jacquie et Michel : « Nous allons collaborer avec la justice », assure le directeur marketing de la plateforme pornographique

INTERVIEW Directeur marketing de Jacquie et Michel, Thierry Doucre réagit à l’ouverture d’une enquête pour « viols » et « proxénétisme » visant les conditions de tournages des vidéos pornographiques

Vincent Vantighem

— 

Capture d'écran du site pornographique
Capture d'écran du site pornographique — V. VANTIGHEM
  • Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « viols » et « proxénétisme » visant les conditions dans lesquelles sont tournées les scènes pornographiques diffusées sur le site Jacquie et Michel.
  • Certaines actrices expliquent qu’elles se sont vues imposer des pratiques sexuelles pour lesquelles elles n’étaient pas consentantes.
  • Directeur marketing de la célèbre plateforme, Thierry Doucre a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes au sujet de ces accusations.

Il a d’abord cru que c’était une blague. Et puis, quand il a compris que le parquet de Paris avait vraiment ouvert une enquête pour « viols » et « proxénétisme » sur les conditions de tournage des vidéos pornographiques estampillées Jacquie et Michel, Thierry Doucre a marqué un blanc. « Je tombe des nues… », a-t-il fini par lâcher après plusieurs secondes.

Directeur marketing de la célèbre plateforme Internet, il a accepté de détailler pour 20 Minutes les conditions dans lesquelles les petits films amateurs popularisés par la formule « On dit merci qui ? » sont diffusés. L’occasion de lever un coin du voile mystérieux qui entoure cette entreprise. Et d’affirmer avec force qu’elle souhaite collaborer avec la justice…

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « viols » et « proxénétisme » visant les conditions de tournage des vidéos diffusées sur votre site. Êtes-vous surpris ?

Honnêtement, je tombe des nues… Je ne comprends pas. Je trouve ça bizarre. C’est étonnant car Jacquie et Michel n’est pas producteur des films. En réalité, les actrices ne tournent pas pour nous mais pour des sociétés de productions à qui on achète, ensuite, les films. J’ai vu que cela faisait suite à un signalement d’associations féministes. Cela me fait rire jaune. Des associations abolitionnistes. Du genre de celles qui balancent du faux sang sur les façades des boutiques…

Vous prenez ces accusations de haut ?

Ah non ! D’ailleurs, on ne se dédouane pas complètement. Mais encore une fois, les actrices ne tournent pas directement pour nous. Et dès qu’on a connaissance qu’un tournage se passe mal, on arrête de collaborer avec la société de productions concernée.

Cela arrive souvent ?

Oui, cela arrive.

C’est-à-dire ? Une fois par mois ? Par an ?

C’est arrivé à deux reprises… Une fois en 2012 et une fois en 2013.

Les actrices qui ont témoigné expliquent avoir subi des actes sexuels auxquels elles n’étaient pas préparées. Cela vous surprend ?

Oui parce que les cachets des actrices correspondent aux pratiques spécifiques et au nombre de participants auxquels elles vont être confrontées. Autrement dit, avec son contrat, une actrice sait normalement ce qui est prévu. Après libre à chaque producteur de fixer les choses…

Vous n’avez donc aucun lien avec les sociétés de production qui tournent les scènes ?

Non. Enfin, nous passons un accord avec elles. On diffuse les films et on leur reverse un pourcentage qui a été négocié. Encore une fois, on n’est pas propriétaires des vidéos.

A combien peut s’élever ce pourcentage ?

Cela dépend de plein de critères. A commencer par le fait que la production nous offre l’exclusivité de la vidéo ou si elle souhaite la diffuser en parallèle sur d’autres plateformes. Et puis, cela dépend aussi des actrices.

Jacquie et Michel a fait son succès sur les vidéos amateur. Mais aujourd’hui, les actrices sont-elles toujours vraiment des « amatrices » ?

Pour nous, une actrice X professionnelle est une actrice qui tourne depuis dix ou quinze ans. La plupart des vidéos montrent des filles qui font une vidéo une fois dans leur vie. Parfois deux. Après, certaines poursuivent dans cette voie en faisant un peu de « Cam » [striptease en ligne via une webcam] ou en ouvrant un compte Onlyfans. Pour nous, ce sont des amatrices dans le sens où elles n’ont jamais tourné un porno avant.

Les actrices sont nombreuses à pointer les difficultés à faire supprimer une vidéo une fois qu’elle a été publiée. Le droit à l’oubli n’existe-t-il pas dans votre domaine ?

Si bien sûr. Mais le problème, c’est que nous sommes piratés tous les jours quasiment. Je m’explique : dès que l’on met une vidéo en ligne, elle est aussitôt piratée et copiée sur de nombreux autres sites situés aux quatre coins du monde. Et c’est à cause de cela qu’il est difficile d’effacer complètement une vidéo.

Mais c’est à vous de protéger les données, non ? Pas aux actrices…

On le fait. On a embauché une personne dont c’est le boulot quotidien. Il repère les adresses IP qui posent problème. On les bloque. Mais il y en a tellement que cela ne suffit pas…

Aujourd’hui, combien de personnes travaillent pour Jacquie et Michel ?

Entre le site, la chaîne de télévision et les boutiques, je pense que nous sommes une cinquantaine. Au total, il y a une dizaine de sociétés qui composent l’entité Jacquie et Michel. Mais la principale, c’est le site. Nous avons 14 millions de visiteurs uniques par mois. Nous diffusons une nouvelle vidéo amateur chaque jour. Et un ou deux films avec des professionnels chaque mois.

Une partie du succès du site revient au nom Jacquie et Michel. Mais Jacquie a-t-elle vraiment existé ? N’est-ce pas qu’un concept marketing ?

Elle a existé. Mais elle n’a jamais formé un couple avec Michel [Piron, le patron de la société] comme le veut la légende. Pour tout dire, elle a quitté l’entreprise en 2006, je crois. Bien avant donc que le site ne se spécialise dans la diffusion de vidéos [Le site a commencé à proposer des vidéos à partir de 2009, 2010].

Au final, allez-vous collaborer avec la justice dans le cadre de cette enquête ?

Evidemment ! Bien sûr que nous allons répondre à toutes les demandes de la justice. Et je peux vous dire que si l’enquête révèle des pratiques douteuses de certains producteurs, nous serons aux côtés de la justice pour les faire condamner.