Jacquie et Michel : Le parquet de Paris ouvre une enquête pour « viols » et « proxénétisme »

INFO « 20 MINUTES » Saisi par trois associations féministes, le parquet de Paris a ouvert une enquête, le 10 juillet, pour déterminer si les actrices tournant pour le site pornographique sont bien consentantes

Vincent Vantighem

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Capture d'écran d'une des pages du site Jacquie et Michel présentant des photos amateurs.
Capture d'écran d'une des pages du site Jacquie et Michel présentant des photos amateurs. — O.JUSZCZAK
  • Jacquie et Michel, célèbre site de vidéos pornographiques, est sous le coup d’une enquête ouverte par le parquet de Paris pour « viols » et « proxénétisme ».
  • Plusieurs actrices dénoncent avoir subi des actes sexuels alors qu’elles n’étaient pas consentantes.
  • Les investigations ont été confiées au 3e district de police judiciaire de Paris.

Les dernières mises en ligne évoquent « un apéro qui dérape » et une « séance de réconfort après le sport »… Les vidéos amateurs qui ont fait le succès de Jacquie et Michel sont dans le viseur de la justice. Selon nos informations, le parquet de Paris a ouvert, le 10 juillet, une enquête préliminaire pour « viols » et « proxénétisme » visant les conditions dans lesquelles sont tournées les scènes pornographiques pour le célèbre site Internet.

La décision du parquet fait suite à un signalement envoyé, en février, par trois associations féministes :Les Effrontées, Osez le Féminisme ! et Le Mouvement du Nid qui milite pour l'abolition de la prostitution. En substance, celles-ci assurent que de nombreuses actrices se voient imposer des pratiques sexuelles « hors normes et douloureuses » alors qu’elles ne sont pas consentantes. Et qu’elles subissent ensuite la diffusion de leur image, voire de leur identité, sans disposer du moindre contrôle sur cette diffusion. « C’est pour cela que nous qualifions la pornographie d'acte de torture et de barbarie », résume Claire Quidet, présidente du Mouvement du Nid, dans ce signalement.

« Je suis passée pour une grosse salope ! »

Point de départ de toute cette affaire : le site Konbini avait diffusé, en février, le témoignage de deux actrices racontant avoir subi des actes sexuels auxquels elles n’étaient pas préparées. Tout comme Karima*, qui a accepté de se confier à 20 Minutes il y a plusieurs semaines. « Quand je suis arrivée [sur le lieu du tournage], on est descendus dans une cave. Il y avait trois mecs. J’ai dit que je ne voulais pas autant d’acteurs. Mais ils ont répondu que les caméras étaient déjà installées… »

Par peur, cette femme, aujourd’hui âgée de 43 ans, explique avoir fini par se laisser faire. « Chacun leur tour, ils m’ont imposé des trucs que je ne voulais pas. Ils m’ont salie. Je suis passée pour une grosse salope ! » Car la plateforme popularisée par la formule « On dit merci qui ? » n’est que l’arbre qui cache une gigantesque forêt d’autres sites pornographiques sur lesquels les vidéos sont également diffusées afin de multiplier les revenus déclenchés par chaque visionnage. « Les profits générés sont importants, estime encore Claire Quidet. L’infraction de proxénétisme aggravé est sans nul doute caractérisée. »

Des investigations qui s’annoncent compliquées

Confiées au 3e district de police judiciaire de Paris, les investigations ne s’annoncent pour autant pas évidentes. Les actrices traumatisées par un tournage – bien souvent débutantes – n’auront sans doute pas envie de le dénoncer au risque de faire encore plus de publicité à ce qui leur est arrivé. « Imaginez que j’entre dans un commissariat pour dire que je me suis fait violer lors d’une scène pour Jacquie et Michel. Vous croyez qu’on va me répondre quoi ? », lâche Karima.

Entre la production et la diffusion, les policiers devront aussi démêler l’écheveau de sociétés derrière lequel se cachent Jacquie et Michel. Contacté par 20 Minutes, Thierry Doucre, directeur marketing, confirme qu’il y a en effet une dizaine de sociétés derrière l’entité Jacquie et Michel. « Mais pour cette enquête pour viol, je tombe des nues, lâche-t-il. Nous ne tournons pas de films. Nous ne faisons que diffuser les films tournés par d’autres sociétés de productions. Et quand on nous remonte un problème, nous cessons toute collaboration avec cette société. »

Relancé, il finit par dire qu'il n'a rompu un contrat avec un producteur que deux fois depuis la création du site. C’était en 2012 et 2013. « Mais on va collaborer avec la justice bien, évidemment. Et nous serons avec elle s’il faut poursuivre un producteur qui n’a bien fait son travail. »

* Le prénom a été modifié