Twitter, Facebook, YouTube… Les autres champs de bataille entre pro et anti-Tariq Ramadan

ENQUÊTE Alors que l'enquête sur les faits de viol se poursuit, Tariq Ramadan doit être jugé, ce mercredi, pour avoir diffamé l’une de ses accusatrices

Vincent Vantighem

— 

Paris, le 13 février 2020. Tariq Ramadan arrive au palais de justice de Paris pour être entendu sur les accusations de viol dont il fait l'objet.
Paris, le 13 février 2020. Tariq Ramadan arrive au palais de justice de Paris pour être entendu sur les accusations de viol dont il fait l'objet. — Thomas SAMSON / AFP
  • Mis en examen à quatre reprises pour viol depuis 2017, Tariq Ramadan dénonce, depuis, un « complot » dont il serait victime.
  • Pour faire entendre sa voix, il a développé une véritable stratégie sur les réseaux sociaux à l’aide d’une équipe de soutiens.
  • Ce mercredi, il doit être jugé pour avoir révélé le nom d’une de ses accusatrices qui, depuis, assure être victime de cyberharcèlement.

Les feuilles de l’arbre bruissent sous l’effet d’une légère brise. Barbe finement taillée, teint hâlé, Tariq Ramadan s’installe devant la caméra et réclame que « la paix soit sur chacun » de ses auditeurs. Et puis, il se lance. Pendant près d’une heure, il discourt. Sur le « populisme » (en juin). « La patience » (en août). Et même le « fondamentalisme et l’intégrisme » en cette rentrée de septembre.

Aujourd’hui âgé de 58 ans, le prédicateur n’a pas perdu l’habitude de dispenser ses conseils de vie à tous ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux. Mais entre deux conférences en ligne, il ne peut pas s’empêcher de balancer sur les femmes qui l’accusent de viols depuis près de trois ans maintenant. Brigitte* par exemple, dont il évoque l’appartenance à « la fachosphère ». Ou encore Christelle* et son prétendu passé de « libertine ». Un grand écart numérique réalisé en retweetant les messages de JED, un obscur comité de soutien fraîchement créé.

Captures de messages retweetés par Tariq Ramadan au sujet d'une de ses accusatrices.
Captures de messages retweetés par Tariq Ramadan au sujet d'une de ses accusatrices. - TWITTER

Ce mercredi, c’est devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris que Tariq Ramadan va devoir faire preuve de souplesse. Alors que l’enquête sur les faits de viol se poursuit toujours, le théologien va être jugé pour avoir diffamé l’une de ses accusatrices. Christelle, justement.

Il est accusé d’avoir révélé son véritable nom dans le livre Devoir de vérité**. Et de l’avoir répété à 84 reprises au fil des 283 pages, d’après le décompte réalisé par Eric Morain, l’avocat de la plaignante. « Depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’elle ne reçoive des insultes et des menaces, déplore ce dernier. Notamment sur les réseaux sociaux… »

Entre 60 et 85 % de faux comptes sur Twitter

En parallèle de l’enquête judiciaire, c’est en effet une véritable guerre de communication et d’intimidation que se livrent les pro et anti-Ramadan. Et pour eux, Youtube,Facebook et Twitter sont autant de champs de bataille à occuper et à défendre. Selon nos informations, l’ancien professeur d’Oxford dispose ainsi d’une équipe de 30 à 40 personnes chargées de dispenser sa bonne parole et de croiser le fer avec ses accusatrices en ligne. Et tant pis si ce soutien est parfois un peu trop encombrant pour les avocats chargés de le défendre dans la vraie vie.

Car Tariq Ramadan est le client. C’est donc lui qui décide. Et il souhaite que sa voix porte. Quitte, pour cela, à tricher un peu avec la vérité en gonflant le compteur de ses fidèles. Une étude très intéressante réalisée sur GitHub par des développeurs, spécialistes des données sur Internet [à lire ici en anglais] a permis d’établir qu’entre 60 et 85 % de ses 700.000 followers sur Twitter étaient en fait… des faux comptes. Impossible en revanche de savoir s’il en est de même avec ses 2 millions d’abonnés sur Facebook ou ses 96.000 sur Youtube.

« Torpiller au marteau-piqueur » les accusations

Mais les rôles ont bien été répartis. Aux troupes de fidèles, les réseaux sociaux. Aux avocats, les prétoires. A la tête d’une vaste équipe de défense du théologien depuis la fin du confinement, Pascal Garbarini prévoit ainsi de « torpiller au marteau-piqueur » les accusations dont son client fait l’objet depuis 2017. A commencer par la plainte en diffamation qui lui vaut un procès ce mercredi et pour laquelle il va réclamer une relaxe.

« La loi interdit de diffuser l’identité d’une victime d’agression sexuelle. Mais Christelle n’est pas victime ! Elle n’est qu’une plaignante dont nous démontrerons les mensonges, lâche-t-il. D’autant qu’elle avait elle-même dévoilé son identité en ouvrant une cagnotte de soutien à son nom sur Internet… »

Et pour une fois, le débat pourrait avoir lieu en direct. Christelle comme Tariq Ramadan ont prévu d’assister au procès. Ils pourront poursuivre la discussion sur les réseaux si la décision est, comme c’est probable, mise en délibéré.

Suivez en direct dès 13h30 cette audience sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem

* Tous les prénoms ont été changés.

** de Tariq Ramadan (Éditions Presse du Châtelet, 18 euros)