Lyon : Le sexagénaire qui avait menacé de mort le maire de Givors condamné à six mois de prison

RACISME Le sexagénaire purgera sa peine chez lui, grâce à un bracelet électronique

20 Minutes avec AFP
— 
Devant un palais de justice. (illustration)
Devant un palais de justice. (illustration) — SYSPEO/SIPA

Un procès « entre Le Corbeau et Dupont-Lajoie », de l’avis d’un avocat cinéphile. Le tribunal de Lyon a condamné vendredi l’auteur, anonyme jusqu’à son arrestation la veille, d’un torrent d’injures racistes et de menaces de mort adressées au maire de Givors. Dans le box, Patrick Dupont, 60 ans, fils de militaire né au Mali, s’est montré beaucoup moins inspiré qu’à l’écrit, bredouillant quelques mots, d’une voix à peine audible derrière son masque, en réponse aux questions du président ou des parties civiles.

Son courrier envoyé fin août à Mohamed Boudjellaba, nouvel édile DVG-EELV de cette ville de 20.000 habitants proche de Saint-Étienne, s’étalait, lui, sur quatre pages, haineuses et violentes. « Fous le camp bougnoule si tu ne veux pas brûler comme une merguez », « la guerre tu vas l’avoir », « on sait encore se servir d’une mitraillette », « tu sais comment ça fait une bombe dans une habitation, ça fait boum », écrivait alors le prévenu au stylo rouge – retrouvé lors d’une perquisition.

Confondu par d’autres lettres du même type

Ce n’était pas sa première missive. Depuis 2018, une habitante de Givors, le secrétaire d’un collectif d’aide aux migrants et une avocate lyonnaise qui défend fréquemment des étrangers, avaient reçu, après parution dans la presse locale d’articles à leur sujet, des lettres similaires – « vieille pute, tu n’as que la racaille à défendre », lançait l’expéditeur anonyme à l’avocate. Quand le maire de Givors a publié sur Twitter le courrier qu’il avait reçu, la première victime du corbeau, Chmassa Mehaoua, 30 ans, a reconnu certaines formulations. Elle avait soupçonné le compagnon d’une voisine raciste mais sa plainte avait été classée sans suite en 2019.

L’intéressé, qui l’avait menacé par écrit de « l’égorger », elle et ses quatre enfants, en évoquant l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, a finalement été interpellé jeudi et jugé vendredi en comparution immédiate. Cheveux ras sur le crâne, tee-shirt « boulot, apéro, dodo », le regard un peu vide, Patrick Dupont a reconnu les faits sans difficulté. « Mais pourquoi écrire ça ? », lui a demandé le président du tribunal. « J’ai pété un câble », s’est-il défendu, « désespéré » par ses demandes, restées vaines, d’un logement social adapté à ses problèmes cardiaques pour lesquels il perçoit une pension d’invalidité de 860 euros par mois.

« Je suis mal d’avoir fait ça, je referai plus », a-t-il ajouté en s’excusant auprès des victimes. Un peu court pour ses juges, qui ont tenté plusieurs fois, en vain, de l’amener sur le terrain idéologique : « J’ai pas de religion, pas de parti (…) C’est pas d’être raciste, le problème il est pas là. J’ai pas de haine », a assuré le prévenu. « Aux enquêteurs, il a dit qu’il avait le sentiment d’être abandonné par la société, ce sentiment d’injustice, c’est la problématique du dossier », a tenté d’expliquer son avocat, commis d’office.

Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet en prononçant une peine combinant six mois d’emprisonnement ferme, effectués à domicile sous bracelet électronique ; et six mois de sursis probatoire pendant deux ans, avec injonction de soins, stage de citoyenneté et obligation d’indemniser les victimes.