Attentats de janvier 2015 : Garagiste, accro au jeu ou trafiquant… Des accusés aux profils variés

PROCES Ce jeudi, au deuxième jour du procès des attentats de janvier 2015, la cour a commencé à se pencher sur la personnalité des onze accusés présents. Une galerie de portraits interrompue par d'incessants problèmes techniques

Caroline Politi

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Au deuxième jour du procès, la cour s'est penchée sur la personnalité des accusés
Au deuxième jour du procès, la cour s'est penchée sur la personnalité des accusés — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Quatorze personnes sont jugées jusqu'au 10 novembre par la cour d'assises spécialement composée pour les attentats de janvier 2015. Trois sont néanmoins en fuite.
  • Après une première journée consacrée à la lecture du dossier, la cour s'est penchée sur l'examen de la personnalité des accusés.
  • Ils encourent des peines allant de dix ans à la réclusion criminelle à perpétuité.

L’un vendait des vêtements sur les marchés dans les Ardennes, l’autre tenait un garage automobile en Belgique même s’il ne connaissait pas grand-chose aux voitures, un dernier tirait des revenus « confortables » du trafic de cocaïne et d’héroïne… Les 11 hommes qui comparaissent depuis mercredi devant la cour d’assises spéciale, soupçonnés d’avoir apporté un soutien logistique aux terroristes de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’ Hyper Cacher, ont beau être assis côte à côte, difficile de leur trouver des points communs. Ils ont entre 30 et 68 ans, viennent de région parisienne, du Nord ou Belgique. Beaucoup d’entre eux ne s’étaient d’ailleurs jamais rencontrés avant l’ouverture de ce procès.

« Je ne pourrais jamais adhérer à ce genre d’idéologie »

Ce jeudi, au deuxième jour du procès, la cour a entrepris de brosser la personnalité des accusés. Car « on juge des faits mais avant tout des hommes », a rappelé en préambule son président, Régis de Jorna. Il y a d’abord Abdelaziz Abaad, cheveux ras, tee-shirt noir. L’homme de 36 ans est accusé d’avoir cherché – en vain – des armes pour le compte de Saïd Kouachi. S’il avait dans un premier temps reconnu les faits, affirmant ne pas savoir quel usage il comptait en faire, il s’était finalement rétracté. Position qu’il maintient aujourd’hui. « Je ne pourrais jamais adhérer à ce genre d’idéologie, j’ai grandi dans une famille musulmane et pour moi ça a toujours été une religion de paix. »

Ce natif de Charleville-Mézières le reconnaît, il est tombé dans la délinquance à l’adolescence, après un séjour de quatre ans à l’hôpital pour une grave brûlure. « Je voulais rattraper des choses, je suis entré trop vite dans la vie active. » Les condamnations s’enchaînent : conduite en état d’ivresse, stupéfiants, violence. L’homme essaye bien de se réinsérer, se lance dans le bâtiment ou la vente de vêtements mais les affaires le rattrapent. Lorsqu’il a été interpellé dans ce dossier, il était en détention provisoire pour tentative d’assassinat, fait pour lesquels il a depuis été condamné à 25 ans de prison.

« Son plus gros défaut, c’est le jeu »

Mais dès les premières minutes, les débats sont laborieux. Les problèmes techniques s’enchaînent, les micros ne marchent pas et les auditions sont inaudibles en salle de retransmission. Et puis il y a encore et toujours ce problème de masque, les avocats et les accusés ont été autorisés à les enlever pour parler. Une décision regrettée par Me Christian Saint-Palais, un des conseils de la défense. « Si un seul de nous est contaminé, le procès sera suspendu », prévient-il. L’agence régionale de santé a été saisie pour avis mais en attendant, les débats reprennent, malgré le retard accumulé.

A l’autre bout du box, le doyen des accusés, soupçonné d’avoir participé à une transaction d’armes, se lève. Le belge Michel Catino, cheveux mi-long tirés en arrière et cardigan gris raconte les hauts et les bas de sa vie. Ce fils d’immigré italien, catholique sans être pratiquant, dit sa fierté d’avoir ouvert son premier café à 22 ans, sa passion pour le casino et sa condamnation pour avoir justement organisé des salles de jeu dans son affaire. « Son plus gros défaut, c’était le jeu », assure à la barre son fils. L’homme livre aussi ses blessures, physiques après une violente agression qui le laissa un mois dans le coma, mais surtout psychologiques. En 2006, il a brutalement perdu son fils aîné qui a chuté dans un ravin alors qu’il faisait de la luge. « Je regrette ce qui est arrivé aux parties civiles car j’ai ressenti moi-même une telle douleur. »

Si son nom apparaît dans le dossier, c’est en lien avec Metin Karasular, un Turc de 50 ans installé depuis son plus jeune âge en Belgique. Les deux hommes sont amis depuis des années, unis notamment par leur amour du jeu. Moulé dans un sweat noir, crâne rasé, ce père de six enfants, ancien boulanger qui fut ensuite gérant de café puis à la tête – un peu malgré lui – d’un garage automobile, est soupçonné d’avoir aidé Amédy Coulibaly à se procurer des armes. Chez lui, les enquêteurs ont retrouvé une liste, attribuée à Ali Riza Polat, seul accusé renvoyé pour complicité de crimes, dans lequel il s’enquiert du prix d’armes automatiques, de chargeurs ou de « C4 », un puissant explosif. L’homme n’est pas un inconnu de la police belge, il a été condamné à 13 reprises mais jamais pour terrorisme et a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés.

« Top Chef » entre détenus

Le casier judiciaire de Mohamed Farès est presque aussi épais alors qu’il a 20 ans de moins. Cheveux longs tirés en chignon, ce natif de la région parisienne qui a grandi dans le nord de la France, affiche huit condamnations. Le jeune homme le reconnaît sans détour, il n’a jamais travaillé. « Je vivais de mon trafic de stupéfiants », cocaïne et héroïne essentiellement. Son père, ambulancier, a bien essayé de le sortir de la délinquance en lui offrant un emploi, sans succès.

C’est néanmoins par ce travail qu’il a connu Saïd Maklouf, autre accusé. Ce cadet d’une famille de trois enfants, qui décrit « une jeunesse simple avec une bonne éducation » a, au contraire multiplié les petits boulots avant de trouver sa voie en devenant ambulancier. Jusqu’à son interpellation, il est soupçonné d’avoir été un intermédiaire, il travaillait pour le père de Mohamed Farès. « C’était ma première incarcération, c’est compliqué l’image qu’on veut me donner, que je suis un terroriste », confie-t-il. Alors que son ami est décrit comme « très à l’aise » en prison, lui raconte avoir perdu pied… jusqu’à découvrir la cuisine. « On faisait des "Top chef" entre détenus », se remémore-t-il. C’est peut-être là le seul point commun entre les différents accusés : tous nient leur implication dans ces attentats terroristes. Le verdict est attendu le 10 novembre.