Attentats de janvier 2015 : Le procès n’est pas celui des « petites mains », estime le procureur antiterroriste

ENQUETE Le procès qui s'ouvre ce mercredi se fera sans les trois principaux accusés, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, tous trois tués après les attaques

20 Minutes avec AFP
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Illustration des attentats de janvier 2015, à Paris.
Illustration des attentats de janvier 2015, à Paris. — 20 LINUTES

Même si les assaillants des attentats de janvier 2015, tous trois tués après les attaques, ne seront pas présents, le procès ne sera pas celui des « petites mains » et n’aura pas moins d’intérêt, a déclaré le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, ce lundi sur Franceinfo.

Le procès, qui s’ouvre mercredi à Paris a « un double intérêt » : « Approcher la vérité » et être « un moment d’expression » pour les victimes, a estimé Jean-François Ricard. « C’est tout à fait nouveau : les premières semaines de ce procès vont être consacrées à la parole des victimes », s’est-il félicité. « Elles vont pouvoir expliquer, demander, tenter de comprendre et ça c’est fondamental ».

« On attribue beaucoup trop de poids à la présence indispensable des auteurs directs »

Evoquant les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, tués après les attaques de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, Jean-François Ricard a reconnu que leur absence était « une source de frustration » tout en invitant à la « relativiser » au vu des précédents. « On attribue beaucoup trop de poids à la présence indispensable des auteurs directs dans le box des accusés », a souligné le magistrat. « Prenons d’expérience ce qu’il se passe quand nous avons les auteurs directs d’attentats dans le box des accusés : ils restent soit silencieux, soit se bornent à des dénégations, soit font des provocations. La plupart du temps on n’en sait rien de plus », a-t-il estimé.

« C’est souvent encore plus frustrant car il y a parfois de véritables provocations à l’égard des victimes », a-t-il ajouté. Quatorze accusés, dont trois manquent à l’appel, doivent être jugés par la cour d’assises spéciale. « Je récuse l’idée qu’il s’agit de petites mains, de gens sans intérêts, c’est une erreur d’appréciation », a poursuivi Jean-François Ricard. Selon le procureur, « il s’agit d’individus qui sont dans la logistique, dans la préparation des faits, qui ont fourni des moyens de financement, du matériel opérationnel, des armes, un domicile… Tout ça est indispensable à l’action terroriste ».

La menace terroriste encore très importante

Le procureur est aussi revenu sur l’état de la menace terroriste islamiste. « Le niveau du risque est encore très important », a par ailleurs expliqué le magistrat. « D’abord une menace exportée, c’est-à-dire qui vient principalement de la zone irako-syrienne » où le groupe Etat islamique « tient encore les rênes et a encore des moyens colossaux pour agir ». « Nous savons, sans pouvoir donner plus de détails, qu’un certain nombre de ressortissants français sont encore libres en Syrie ou ont passé la frontière avec la Turquie », a ensuite détaillé le procureur.

Une deuxième forme de menace est constituée, selon lui, par des « ressortissants d’autres Etats que la France et qui sont des anciens de l’EI » et « ont pu passer la frontière et puis mettre en place de nouvelles structures », notamment celle de Brest démantelée fin janvier. Mohammad D., un réfugié né en Syrie et soupçonné d’avoir appartenu à l’EI, avait été arrêté là-bas avec six autres personnes. Enfin « il y a une troisième forme de menace c’est la menace endogène (…) inspirée par l’idéologie islamiste. Elle peut atteindre des individus tout à fait isolés » et qui parfois présentent des problèmes mentaux. Depuis le début de l’année, « plusieurs attentats [ont été] déjoués, une demi-douzaine au moins », a précisé le procureur.