Marseille : Un nouveau procès du clientélisme s’ouvre avec l’ancien député Henri Jibrayel

JUSTICE L'ex-député PS des quartiers Nord de Marseille est soupçonné d'avoir utilisé des subventions pour remercier des électeurs

Caroline Delabroy

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Un navire de l'ex-SNCM à quai dans le port de Marseille (Illustration).
Un navire de l'ex-SNCM à quai dans le port de Marseille (Illustration). — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Henri Jibrayel comparaît à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour abus de confiance et prise illégale d’intérêt.
  • L’ex-député PS plaide depuis le début sa relaxe, réfutant tout clientélisme électoral.
  • Plusieurs fois reporté, le procès s’ouvre alors que des proches d’Henri Jibrayel, dont son fils, font partie de la nouvelle équipe municipale.

Des lettres anonymes et des mini-croisières au cœur de l’accusation. Lorsque deux magistrats instructeurs se penchent, courant 2011, sur des sorties en mer d’une journée offertes avec de l’argent public à des seniors habitant Marseille, ils tiquent. Les personnes âgées en question n’habitent pas n’importe quel quartier. Elles sont électeurs dans la circonscription des quartiers Nord alors acquise au député PS Henri Jibrayel, aujourd’hui conseiller départemental. Dans leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Marseille, les enquêteurs fustigent « un système visant à détourner des subventions, via des associations de quartier n’ayant aucune autonomie, dans le but de financer des opérations à visée électorale ».

Plusieurs fois reporté, notamment à cause de la grève des avocats, le procès d’Henri Jibrayel pour « abus de confiance et prise illégale d’intérêt » s’ouvre finalement ce lundi. En ligne de mire donc, plusieurs croisières vers Porquerolles sur des navires de l’ex-SNCM. Et plus particulièrement deux en 2011 mais aussi deux en juin 2012, juste après les législatives, le tout pour un montant global de 68.150 euros. Les factures ont été réglées par des associations, que l’accusation estime liées à Henri Jibrayel.

Jibrayel nie tout détournement

Le contexte politique de l’époque est particulièrement tendu: la campagne est à couteaux tirés dans le secteur entre le député PS sortant Henri Jibrayel et le candidat EELV Karim Zeribi. Des colleurs d’affiches en viennent même aux mains. Dès sa mise en examen, l’intéressé parle d'« une affaire ridicule » et se dit «confiant». « Ce n’est pas une affaire de détournement de fonds, et je suis ravi que l’argent ait été utilisé pour les seniors », affirme-t-il alors, comme dans ses dernières déclarations à la presse où il dit attendre la relaxe (contacté par 20 Minutes, Henri Jibrayel n’a pas répondu à nos questions, tout comme son avocat).

Hasard du calendrier judiciaire, le procès s’ouvre après l’élection de la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, qui compte dans son équipe le fils d’Henri Jibrayel et Samia Ghali, très proche de l’ex-député PS. « Il faut voir si l’opposition de droite va se saisir de l’affaire ou non, observe le sociologue Cesare Mattina, auteur d’un ouvrage sur Les clientélismes urbains. Jusqu’à présent Gaudin n’a jamais attaqué la gauche sur ce terrain, que ce soit lors de l’affaire Guérini ou du procès Andrieux. »

« Quand deux élus proches de Samia Ghali ont été privés de délégation d’adjoint après leur garde à vue, on n’a pas non plus entendu Martine Vassal là-dessus », ajoute-t-il. Il faut dire que les dernières municipales ont été marquées par l’affaire, à droite, des procurations irrégulières dans un Ephad. La nouvelle cheffe de l’opposition LR au conseil municipal Catherine Pila n’a d'ailleurs, pour l'heure, pas donné suite à nos solliciations. De ce côté-ci, la nouvelle majorité n'a sans doute pas à craindre de piques politiques autour du procès.