Affaire Adama Traoré: Son ancien co-détenu qui l'accuse de viol a été indemnisé

ENQUETE Les éléments de l’enquête auxquels a eu accès la commission d’indemnisation des victimes d’infraction ont permis d’établir la matérialité des agressions

C.Po.

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Dans l'affaire Adama Traoré, la justice refuse d'organiser une reconstitution des faits.
Dans l'affaire Adama Traoré, la justice refuse d'organiser une reconstitution des faits. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Une indemnisation mais pas de condamnation. L’ancien co-détenu d’Adama Traoré qui a porté plainte contre lui pour des viols a été indemnisé par la commission d’indemnisation des victimes d’infraction (Civi), a appris 20 Minutes, confirmant une information du Point. Les éléments de l’enquête auxquels la Civi a eu accès ont permis de déterminer, le 12 mars dernier, que « la matérialité des infractions d’agressions sexuelles dénoncées doit être considérée comme établie », précise une source proche du dossier. Le dossier a ensuite été transmis au fonds de garantie des victimes, qui peut dédommager les requérants même en l’absence de condamnation pénale.

Cette affaire dans l’affaire débute en mai 2016, deux mois avant la mort d’Adama Traoré. La mère de son ancien co-détenu à la prison d’Osny confie aux policiers de Cergy-Pontoise que son fils est en « extrême souffrance » du fait des agissements d’Adama Traoré sans pour autant entrer dans le détail des sévices qu’il subirait. Ce dernier a même demandé à être placé à l’isolement. L’action publique s’éteint avec la mort d’Adama Traoré mais l’ancien co-détenu est néanmoins entendu par les enquêteurs deux mois plus tard. C’est ce jour-là, le 6 septembre 2016 qu’il rapporte avoir été victime de viols et agressions sexuelles : il affirme avoir été contraint, plusieurs fois par jour, de pratiquer des fellations à Adama Traoré, qui le menaçait avec une fourchette.

Des violences contre le requérant

« Le retentissement psychologique de ces faits commis sur une personne fragile et vulnérable au sein d’un établissement pénitentiaire justifie l’allocation d’une indemnité de 15.000 euros », rapporte le Point. Au total, selon nos informations, le requérant a reçu près de 29.000 euros car il a été également été indemnisé pour des violences subies quelques mois après la dénonciation de ces agressions. En février 2017, l’un des frères d’Adama Traoré accompagné d’un de ses amis l’a passé à tabac, lui fracturant notamment le nez. Les faits, qualifiés par le procureur de « véritable guet-apens » et de « sauvage agression », lui ont valu 18 mois de prison ferme.

En dépit de cette indemnisation, un policier filmé en train de qualifier Adama Traoré de «violeur» en marge d’une manifestation et alors qu’il était filmé, comparaîtra le 2 septembre prochain devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour diffamation et injure publique.