Affaire Adama Traoré : La famille accuse un témoin clé de « faux témoignage »

ENQUETE Un dépôt de plainte a été déposé pour « témoignage mensonger » dans l’enquête sur la mort d’Adama Traoré

20 Minutes avec AFP

— 

Un graffiti représentant Adama Traoré (à gauche) et George Floyd, sur un mur à Stains.
Un graffiti représentant Adama Traoré (à gauche) et George Floyd, sur un mur à Stains. — J.E.E/SIPA

Des déclarations qualifiées d'« incohérentes, contradictoires et évolutives ». La famille d’Adama Traoré a annoncé, ce jeudi, le dépôt d’une plainte au parquet de Paris pour « témoignage mensonger » contre un témoin clé dans l’enquête. Adama Traoré était mort en 2016 après une interpellation.

Adama Traoré s’était réfugié, le 19 juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, chez ce témoin juste avant son arrestation par les gendarmes. L’homme a été entendu une première fois, le 1er août 2016, par les gendarmes de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), puis tout récemment, le 2 juillet, par les juges d’instruction, en présence des avocats de la famille et de la défense.

Pronostic vital « engagé de façon irréversible »

Ce récent interrogatoire visait à déterminer dans quel état de santé se trouvait Adama Traoré avant l’arrivée des gendarmes, alors que les derniers experts judiciaires, contestés par les médecins de la famille, ont estimé que son pronostic vital était « engagé de façon irréversible » avant l’arrestation.

Dans la plainte consultée par l’AFP, Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille, pointe que le témoin avait le 1er août 2016 qualifié Adama Traoré d'« homme essoufflé » qui n'« arrivait pas à parler » et « respirait bruyamment ».

Quatre ans plus tard, le 2 juillet, ce témoin se demande si les « gendarmes ont mal » compris ses propos d’août 2016 car, pour lui, Adama Traoré « n’a pas fait de bruit » lorsqu’il était sur le seuil de son appartement.

« Il n’était pas bien du tout, ça, je vous le garantis »

Le témoin est toutefois formel sur l’état de santé de l’homme : « Il n’était pas bien du tout, ça, je vous le garantis », souligne cette plainte en reprenant les propos de l’interrogatoire.

Il a été interrogé également le 2 juillet sur d’autres propos qu’il aurait tenus en juin auprès de policiers venus lui remettre la convocation à l’audition. Il leur aurait dit, à l’époque, qu’Adama Traoré « allait bien ». Le témoin conteste cette version : « Ça fait quatre ans que je dis qu’il n’était pas bien et là (les policiers) me font dire qu’il allait bien ».

« Il a dit "je vais mourir" »

Me Bouzrou souligne aussi des « contradictions » entre les témoignages successifs de cet homme notamment sur la question de savoir si Adama Traoré avait « cassé » ses menottes à son domicile ou si elles étaient déjà cassées avant, ou sur la question de savoir s’il a « tiré » ou non l’homme à l’intérieur de son domicile pour l’aider.

L’avocat de la famille Traoré insiste aussi sur la déclaration phare de ce témoin lors de sa récente audition, absente de la première : « Quand j’ai parlé avec (Adama Traoré), il a dit "je vais mourir" », a-t-il dit, le 2 juillet.

Pour le témoin, le « stress » l’a fait « oublier » de mentionner cette déclaration dans sa première audition par les gendarmes de l’IGGN en août 2016.