Gouvernement Castex : « Je ne fais de guerre à personne », répond Eric Dupond-Moretti aux magistrats

PASSATION Lors de la passation de pouvoir au ministère de la Justice, Eric Dupond-Moretti tenu à rassurer les magistrats, assurant qu'il accepterai la «contradiction»

Caroline Politi

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Eric Dupond-Moretti lors de sa passation de pouvoirs au ministère de la Justice, le 7 juillet 2020.
Eric Dupond-Moretti lors de sa passation de pouvoirs au ministère de la Justice, le 7 juillet 2020. — Alain JOCARD / AFP
  • Eric Dupond-Moretti, nommé ministre de la Justice, succède à Nicole Belloubet.
  • Lors de son discours, il a insisté sur sa volonté de mener à bien la réforme de l'indépendance du parquet. 
  • Il a tenu à rassurer les magistrats, un corps qu'il a pourtant régulièrement attaqué au cours de sa carrière de pénaliste.

Ce mardi matin, Eric Dupond-Moretti avait troqué sa longue robe noire, celle qu’il a traînée de juridiction en juridiction, de tribunaux correctionnels en cours d’assises pendant près de 36 ans, contre un élégant costume sombre. L’avocat pénaliste le plus connu de France a officiellement endossé ses nouvelles fonctions de garde des Sceaux, un rôle dans lequel personne ne l’attendait. « J’avoue que j’ai encore du mal à y croire, souffle une journaliste spécialisée à quelques minutes de la passation de pouvoir. Lundi après-midi, quand les premières rumeurs ont circulé, je me suis dit que c’était impossible, absolument pas crédible ! »

D’emblée, le ténor du barreau – dont la nomination a été qualifiée de « déclaration de guerre à la magistrature » par l’Union syndicale des magistrats – a tenu à rassurer ce corps de 8.000 fonctionnaires. « Je ne fais de guerre à personne », a martelé Eric Dupond-Moretti, louant « les très grands magistrats devant lesquels [il] a eu l’honneur de plaider » ou déplorant « les conditions de travail » de nombre d’entre eux. « Je veux, avec vous, garder le meilleur et changer le pire », a-t-il insisté, rappelant par exemple que la France se classait au 12e rang des pays les plus fréquemment condamnés par la Cour européenne des droits de l’homme.

« Je ne suis pas un homme politique »

Cela suffira-t-il à rassurer les magistrats et à leur faire oublier ses fracassantes – et fréquentes – sorties ? Lui qui la semaine dernière encore s’en prenait aux méthodes de « barbouzes » des juges du parquet national financier dans l’affaire des écoutes. « Je veillerai à ce que les enquêtes préliminaires restent préliminaires et ne soient pas éternelles », a-t-il glissé dans son discours, référence à peine voilée à cette enquête qui s’est étalée sur six années. Lui encore, qui en 2016 réclamait dans son livre Le dictionnaire amoureux de ma vie la suppression pure et simple de l’Ecole nationale de la magistrature « incapable de former les futurs magistrats tant sur le plan professionnel qu’humain ». Dans les jardins du ministère, l’annonce laisse encore un goût amer. « On pouvait difficilement imaginer une nomination qui nous soit aussi défavorable, l’avenir nous dira si nos craintes sont justifiées », lâche l’un d’eux. Et un second de commenter: «Il fait un beau discours, mais on le jugera sur ses actes.»

« Je ne suis pas un homme politique », a insisté Eric Dupond-Moretti, esquissant néanmoins dans ce premier discours les grandes lignes de son mandat : réforme de la justice des mineurs, meilleur accueil des victimes, création du parquet européen… Et par-dessus tout la réforme du parquet. Un défi est de taille. Depuis des années, le rattachement des magistrats du parquet à la Chancellerie nourrit des critiques sur un supposé manque d’indépendance. Mais changer ce statut nécessite de faire passer une révision constitutionnelle. Aura-t-il le temps d’y parvenir pendant les 18 mois – maximum – que durera son mandat ? Le nouveau ministre promet en tout cas d’avancer dans le dialogue et la concertation. « J’accepterais la contradiction dont j’ai toujours été le défenseur. »