Gouvernement Castex : Eric Dupond-Moretti à la Justice, la nomination surprise d’une « grande-gueule » du barreau

PROFIL Le ténor des barreaux, Eric Dupond-Moretti, a été nommé ce lundi ministre de la Justice en remplacement de Nicole Belloubet

Vincent Vantighem

— 

Eric Dupond-Moretti, avocat médiatique désormais garde des Sceaux — 20 Minutes
  • Âgé de 59 ans, Eric Dupond-Moretti a été nommé ministre de la Justice et garde des sceaux en remplacement de Nicole Belloubet. Une vraie surprise.
  • Jamais élu, il avait prévu de tenir une chronique à partir de la rentrée sur Europe 1 et de s’éloigner un peu des tribunaux.
  • Surnommé « Acquittator » pour sa capacité à décrocher des acquittements aux assises, il s’affiche comme une grande gueule détestant le politiquement correct.

A la rentrée, il devait tenir une chronique d’humeur sur Europe 1. Eric Dupond-Moretti va pouvoir l’abandonner avant même d’avoir décerné ses premiers « coups de cœur » et ses « coups de griffe ». Le ténor des barreaux a été nommé, ce lundi, ministre de la Justice et garde des sceaux, dans le premier gouvernement de Jean Castex.

Sa nomination est une vraie surprise alors que le député (LR) de l’Yonne Guillaume Larrivé était pressenti, depuis le début de la matinée, pour remplacer Nicole Belloubet, place Vendôme. Âgé de 59 ans, Eric Dupond-Moretti s’est fait une réputation en obtenant plus de 140 acquittements (145 au dernier décompte) devant les cours d’assises de France qui lui ont valu le surnom « d’Acquittator ».

Grande gueule patentée, insatiable, il a compté de très nombreux clients célèbres parmi lesquels Abdelkader Mérah, le frère du tueur au scooter, Jean-Louis Muller, Jérôme Cahuzac ou plus récemment de Patrick Balkany.

La peine de mort de Rannuci comme déclencheur

De gauche, ce Nordiste qui a perdu son père à l’âge de 4 ans et a été élevé par sa seule mère a toujours indiqué qu’il avait choisi de devenir avocat en apprenant l’annonce de la peine de mort de Christian Rannuci à la radio quand il avait à peine 15 ans. Par volonté de « combattre » la peine de mort et l’injustice.

Adulé par certains de ses confrères, jalousé parfois et honni par les autres qui dénoncent ses méthodes souvent musclées à l’audience notamment lors du procès de Georges Tron où il avait brisé la « foi du palais » pour obtenir le renvoi, il est aujourd’hui en couple avec la chanteuse Isabelle Boulay. Et revendique d’ailleurs son amour pour la chanson française (en particulier pour Serge Reggiani) qu’il n’hésite pas à entonner en toutes circonstances.

Relations tendues avec les magistrats

Sa nomination à la Chancellerie laisse augurer des heures mouvementées pour le monde de la justice. Et les premières réactions à l’annonce de son nom en sont d’ailleurs la plus belle illustration. Très critiques envers Nicole Belloubet notamment au sujet de la réforme des retraites dont ils se disent victimes, les avocats ont longtemps espéré la nomination de quelqu’un de leur sérail pour les défendre. Mais ils ne pensaient alors sans doute pas à Eric Dupond-Moretti qui les a pourtant soutenus dans leur combat, en participant à la grève des audiences.

Celui-ci va aussi et surtout devoir aplanir ses relations avec le monde de la magistrature qui sont pour le moins tendues. Partisan de la suppression de l’École nationale de la magistrature, le ténor a récemment déposé une plainte après avoir découvert que ses relevés téléphoniques avaient été analysés par des juges financiers enquêtant sur Nicolas Sarkozy dans l’affaire « Paul Bismuth » sans qu’il en soit informé.

Une mission qui s’annonce pour le moins délicate, alors que l’USM, principal syndicat de magistrats, a réagi ce lundi soir à sa nomination en dénonçant « une déclaration de guerre à la magistrature ». « Nommer une personnalité aussi clivante et qui méprise à ce point les magistrats, c’est une déclaration de guerre à la magistrature », a affirmé Céline Parisot, la présidente de l’USM. « Eric Dupond-Moretti semble détester les magistrats qu’il ne se prive pas d’insulter régulièrement, il souhaite la suppression de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM), la scission du corps (siège/parquet), soit tout l’inverse de ce que porte l’USM », s’alarme-t-elle.

Invité récemment sur Europe 1 pour détailler la chronique qu’il devait tenir à l’antenne, il a évoqué sa liberté de parole et dénoncé le fait que l’on ne puisse, aujourd’hui, plus rien dire, à l’heure des réseaux sociaux qu’il déteste et sur lesquels vous ne le trouverez pas. « Quand on est un amoureux de la liberté, on ne peut pas la refuser », disait-il alors. Les prochains mois permettront de savoir si l’adage vaut aussi en politique.