Marseille : La « confusion » entre associatif et politique, la clé du procès de Karim Zeribi, ancien élu et ancienne Grande Gueule de RMC

PROCES Karim Zeribi est jugé à Marseille pour des soupçons de détournement de subventions versées à des associations à des fins politiques

Adrien Max

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Karim ZERIBI est jugé par le tribunal correctionnel de Marseille.
Karim ZERIBI est jugé par le tribunal correctionnel de Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Karim Zeribi, ancien élu municipal à Marseille et député européen, est jugé depuis lundi par le tribunal correctionnel de Marseille pour « détournement de fonds » et « abus de bien sociaux ».
  • Il est soupçonné de s’être servi de deux associations à des fins politiques.
  • Le tribunal devra également se pencher sur la société K2C dirigé par le fils de Karim Zeribi et pour laquelle ils sont tous les deux soupçonnés d’abus de bien sociaux.

« La confusion des genres » face à la « confusion du dossier ». Karim Zeribi, ancien élu Europe Ecologie les Verts, est jugé depuis lundi par le tribunal correctionnel de Marseille, pour détournement de fonds et abus de bien sociaux. Il est soupçonné d’avoir utilisé à des fins politiques des subventions versées à des associations. Après une longue tirade comme l’ancienne Grande Gueule de RMC, avant de devenir chroniqueur à Balance ton post, sait les faire sur son parcours, la présidente Céline Ballérini s’est intéressée à deux associations : Agir pour la citoyenneté (APC) et Agir pour la Citoyenneté Recrutement (APC-R).

Fondée en 2001 dans le but d’organiser le Parlement des banlieues, APC explose sur le devant de la scène en 2005 lors des émeutes. A la fin des années 90, Karim Zeribi travaillait à la SNCF avant d’intégrer le cabinet de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur à l’époque. Lorsque Karim Zeribi décide d’embrasser une carrière politique, il se présente aux législatives en 2007, puis aux municipales en 2008 à Marseille, il quitte la présidence d’APC.

Subventions du conseil général des Bouches-du-Rhône

Mais alors qu’il n’est plus président, APC reçoit plusieurs subventions et notamment une de 50.000 euros accordée en un temps record par le département des Bouches-du-Rhône, dirigé à l’époque par Jean-Noël Guérini. Dont Karim Zeribi deviendra le porte-parole pour les municipales de 2008. « Je n’étais plus président, je n’ai pas signé cette demande de subvention », rétorque Karim Zéribi.

Sauf que de nombreux témoignages de salariés et de bénévoles de l’association évoquent une mainmise de Karim Zéribi sur les choix de l’association, malgré son départ de la présidence.

La présidente du tribunal fait notamment remarquer qu’APC a commandé un sondage sur les actions menées par l’association, mais aussi sur sa notoriété, celle du Parlement des banlieues, et celle de Karim Zeribi à quelques mois d’un scrutin. « Il y a 49 questions, une seule porte sur moi. Est ce que j’ai servi l’association ou l’association m’a servi ? J’ai plutôt porté APC. Et je n’ai ni commandé ni élaboré ce sondage », s’est défendu Karim Zeribi avec tout l’aplomb qu’on lui connaît.

Hyperpersonnalisation

« Et cette dépense de 4.933 euros pour un journal de communication réalisé en février 2007 ? Le dirigeant de Fico’graphie explique que les montants ont été négociés directement avec vous. Il y a un édito signé par Karim Zeribi, un article sur l’éducation et l’emploi avec Ségolène Royale et Karim Zeribi, un portrait de Zeribi pour Un patron pour un quartier, puis on vous voit encore en photo avec des jeunes pour les inscriptions sur les listes électorales. Vous ne trouvez pas que vous apparaissez beaucoup pour quelqu’un qui n’est plus président ? », s’interroge Céline Ballérini.

« Oui il y a une hyperpersonnalisation. Je n’étais plus président d’APC mais toujours du Parlement des banlieues, et après coup on peut refaire le scénario. J’étais sollicité pour être la locomotive de certains événements comme le Parlement des banlieues, ce support de communication relatait ces événements, c’est normal que j’y apparaisse », explique Karim Zeribi qui a décidément réponse à tout. Et tant pis si le responsable de la communication de l’association deviendra plus tard son directeur de campagne.

Associatif ou politique ?

La confusion des genres a été relevée à plusieurs reprises par la présidente. « Une de vos employées d’APC explique qu’elle travaillait en réalité pour APC-R, est ce que vous trouvez normal qu’APC paye quelqu’un qui travaille en réalité pour APC-R ? », l’a-t-elle interrogé. « C’est vrai que c’est peut-être une erreur que nous avons fait, mais la question de l’emploi émergeait et nous voulions aider au démarrage d’APC-R. Sans que personne ne s’enrichisse. C’est toujours difficile de lancer une association », a expliqué Karim Zeribi.

Et quand plusieurs employés expliquent que Karim Zeribi utilisait l’association à travers sa campagne électorale ? « Vous vous rendez compte des conséquences que ça peut avoir sur ma vie depuis cinq ans ? C’est un sac de nœuds et il y a eu beaucoup de confusion au niveau de l’enquête, le dossier est confus », s’est placé Karim Zeribi dans la position de la victime.

« C’est surtout que tout était fait pour qu’il y ait confusion », s’est énervée Céline Ballérini alors que Karim Zeribi regardait le procureur de la République et la presse plutôt qu’elle, en répondant aux questions.

« Vous ne répondez pas aux questions »

« Beaucoup de témoignages évoquent une activité réduite d’APC-R, avec peu de recrutements, et que des personnes salariées par l’association travaillaient sur votre campagne. Et ce chèque de 2.000 euros payé par APC-R pour transporter des personnes âgées pour votre campagne », a poursuivi la présidente.

« C’est faux, je n’ai pas utilisé l’association pour des avantages sur cette campagne, si c’était vrai nous n’aurions pas eu de rapport d’activité validé par certains financeurs », a-t-il répondu avant de partir dans d’autres explications sur les raisons de la présence de Nouvelle France, une structure politique qu’il a créé dans les mêmes locaux que l’association APC-R. « Vous ne répondez pas aux questions, tout est embrouillé », a une nouvelle fois soulevé la présidente, tandis que Karim Zeribi estime « apporter de la clarté par des éléments matériels, contre des témoignages ».

Pour son avocat, Michel Pezet, « on est sur des dires, sur des racontars, c’est pour cela qu’on s’énerve, ce n’est pas facile. C’est ça le procès qu’on fait toujours au politique, comment vous avez payé cette affiche ? », s’est-il énervé avant une suspension de séance. Le tribunal correctionnel de Marseille doit également se pencher sur la société K2C dirigé par le fils de Karim Zeribi, alors qu’ils sont tous les deux soupçonnés d'« abus de bien sociaux ».