Terrorisme : Le djihadiste Tyler Vilus condamné à 30 ans de réclusion

PROCES Tyler Vilus est le premier Français qui était jugé pour sa participation à deux meurtres commis en Syrie

20 Minutes avec AFP

— 

Tyler Vilus, au premier jour de son procès
Tyler Vilus, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP

Le verdict est tombé à 23h00. Le djihadiste français Tyler Vilus, émir du groupe Etat islamique, a été condamné vendredi à  30 ans de réclusion, une peine assortie d'une période de sûreté des deux tiers (20 ans) pour des crimes commis en Syrie de 2013 à 2015. L'avocat général Guillaume Michelin avait requis la perpetuité avec 22 ans de sûreté  face au « cas exceptionnel » d’un « djihadiste intégral » qui « n’a pas changé d’un iota ».

« Toutes les étapes du parcours de l’accusé, 30 ans, sont imbriquées dans celles de la construction du califat », avait asséné l’avocat général. Tyler Vilus est l’un des premiers de sa génération à gagner la Syrie, dès la fin 2012, et l’un des rares individus encore vivants à en être revenu. « Ouvrir le dossier Vilus, c’est ouvrir le bottin des personnalités djihadistes francophones. Il les connaît presque toutes », ajoute-t-il, avant d’énumérer les noms d’Omar Diaby et Mourad Fares, recruteurs d’une vaste filière, de son « frère » Rached Riahi, membre de la filière dite de Cannes-Torcy, du Belge Mehdi Nemmouche et surtout de l’équipe des attentats du 13 novembre 2015.

A côté des bourreaux sur une vidéo d’exécution

Installé dans la région d’Alep en mars 2013, il annonce dès l’été sa promotion à sa mère Christine Rivière – elle-même condamnée à dix ans pour trois séjours en Syrie auprès de son fils : « En plus d’être flic, je suis devenu émir d’un groupe de Français ». Pour l’avocat général, il est « un chef de guerre » : posté à Hraytan, dans la périphérie d’Alep, il participe à la tête d’un groupe de combattants francophones à des « opérations de nettoyage », il est « félicité pour son efficacité meurtrière ».

A partir de 2014, il s’établit comme « policier islamique » à Shaddadi (est). Il apparaît dans une vidéo diffusée en 2015 par le bureau médiatique de l’EI : deux prisonniers sont exécutés d’une balle dans la tête. Visage découvert, équipé d’un talkie-walkie et d’un pistolet automatique, Tyler Vilus se tient debout, à deux mètres des bourreaux.

« Pas acteur », selon la défense

L’accusé a dit être là un peu par hasard « à la sortie de la mosquée ». Tyler Vilus était présent « pas acteur », a réagi son avocat Me Louis-Romain Riché : il n’est « pas cagoulé comme les bourreaux », « ne bouge pas », « ne fait qu’assister » à l’exécution, a-t-il dit, appelant la cour à l’acquitter du chef de « meurtre en bande organisée », qui lui faisait encourir la perpétuité.

La défense a dénoncé un « acharnement » : « On cherche à faire de mon client, à l’instar de la fable de La Fontaine, la grenouille plus grosse que le boeuf. Il n’a pas dirigé le 13-Novembre. Il convient de rester raisonnable sur la vérité judiciaire ». Tyler Vilus a changé, regrette ce qu’il a fait, assure son avocat, plus affirmatif que ne le fut son client à l’audience. En prison, dans un isolement terrible depuis quatre ans et demi, l’accusé a écrit : « A m’enfoncer ils s’évertuent, je tue le temps, je lis Césaire ».